RENCONTRE DU PAPE FRANÇOIS
AVEC LES JOURNALISTES DURANT LE VOL PAPAL

Lundi 22 juillet 2013

Père Lombardi

ARRVEESaint-Père François, bienvenue dans cette communauté volante de journalistes, d’opérateurs des communications. Nous sommes très émus de vous accompagner dans votre premier voyage intercontinental, international, après vous avoir déjà suivi à Lampedusa avec beaucoup d’émotion ! C’est entre autre le premier voyage sur votre continent, au bout du monde. C’est un voyage avec les jeunes. Il est donc d’un grand intérêt. Comme vous le voyez, nous avons occupé toutes les places disponibles pour les journalistes sur ce vol. Nous sommes plus de 70 personnes et ce groupe est composé selon des critères d’une grande variété, c’est-à-dire que sont représentées des télévisions – des rédacteurs et des cameramen – il y a des représentants de la presse écrite, des agences de presse, de la radio, des opérateurs d’internet… Donc, pratiquement, tous les médias sont représentés de manière qualifiée. Les cultures, les différentes langues sont aussi représentées. Nous avons, sur ce vol, un bon groupe d’Italiens, puis ce sont naturellement les Brésiliens qui sont même venus du Brésil pour voyager avec vous : il y a dix Brésiliens qui sont venus spécialement pour cela. Puis, il y en a dix des États-Unis d’Amérique, neuf de France, six d’Espagne ; puis il y a des Anglais, des Mexicains, des Allemands ; et sont aussi représentés le Japon, l’Argentine – naturellement –, la Pologne, le Portugal et la Russie. C’est donc une communauté très variée. Beaucoup des personnes présentes suivent souvent les voyages du Pape à l’étranger, elles n’en sont donc pas à leur première expérience, et même certaines sont très expérimentées, elles connaissent ces voyages bien mieux que vous. D’autres, au contraire, sont là pour la première fois, parce que, comme par exemple les Brésiliens, elles suivent spécifiquement ce voyage. Alors, nous avons pensé vous accueillir dans ce groupe, avec la voix d’un de nous, ou plutôt d’une de nous, qui a été choisie – je crois sans problème particulier de concurrence – parce qu’elle est certainement la personne qui a fait le plus de voyages à l’étranger avec le Saint-Père : elle est aussi en compétition avec le Docteur Gasbarri pour le nombre de voyages effectués. Ensuite, c’est une personne qui vient de votre continent, qui donc peut vous parler en espagnol, dans votre langue ; et c’est une personne – entre autre – qui est une femme, il est donc juste que nous lui donnions la parole. Alors, je donne tout de suite la parole à Valentina Alazraki, qui est la correspondante de Televisa depuis de nombreuses années, mais elle est toujours jeune, comme vous le voyez, et entre autre nous sommes contents de l’avoir avec nous parce que il y a quelques semaines elle s’était cassé un pied et alors nous avons eut peur qu’elle ne puisse pas venir. Au contraire, elle l’a réparé à temps, on a enlevé le plâtre il y a deux ou trois jours et maintenant elle est déjà dans l’avion. C’est donc elle qui interprète les sentiments de notre communauté volante pour vous.

Valentina Alazraki : 

Pape François, bonjour ! Mon unique mérite pour avoir le privilège de vous souhaiter la bienvenue est mon très grand nombre d’heures de vol ! J’ai participé au premier voyage de Jean-Paul II au Mexique, mon pays. J’étais alors la mascotte, maintenant je suis la doyenne : 34 ans et demi après ! C’est pour cela que j’ai le privilège de vous souhaiter la bienvenue. Nous savons par vos amis et collaborateurs en Argentine que les journalistes ne sont pas précisément « des saints de votre dévotion ». Peut-être avez-vous pensé que le Père Lombardi vous a conduit dans la fosse aux lions… Mais la vérité est que nous ne sommes pas aussi féroces et nous avons le grand plaisir de pouvoir être vos compagnons de voyage. Nous aimerions que vous nous voyiez ainsi, comme compagnons de voyage au cours de celui-ci et dans beaucoup d’autres encore. Évidemment nous sommes des journalistes et si aujourd’hui, demain ou dans les jours suivants vous désirez répondre à des questions nous ne dirons pas non, parce que nous sommes journalistes. Nous avons vu que vous avez confié votre voyage à Marie, en allant à Sainte-Marie Majeure, et vous irez à Aparecida, j’ai pensé à vous faire un petit cadeau, une toute petite Vierge pèlerine pour qu’elle vous accompagne au cours de ce pèlerinage et de beaucoup d’autres encore. Par hasard il s’agit de la Vierge de Guadalupe, mais non pas parce qu’elle est la Reine du Mexique, mais parce qu’elle est la Patronne de l’Amérique, si bien qu’aucune Vierge ne s’en vexera, ni celle d’Argentine, ni celle d’Aparecida, ni aucune autre. Je vous en fais cadeau avec beaucoup d’affection de la part de nous tous et avec l’espérance qu’elle vous protègera au cours de ce voyage et de beaucoup d’autres encore.

Père Lombardi :   

Et maintenant nous donnons la parole au Saint-Père, naturellement, pour qu’il nous dise au moins quelques paroles d’introduction à ce voyage.

Pape François :     

Bonjour. Bonjour à vous tous. On a dit – j’ai entendu – des choses un peu étranges : « Vous n’êtes pas des saints de ma dévotion », « Je suis ici au milieu des lions… », mais pas si féroces, hein ? Merci. Vraiment je ne donne pas d’interview, parce que je ne sais pas, je ne peux pas, c’est comme ça. Pour moi c’est un peu fatigant de le faire, mais je vous remercie de votre compagnie. Ce premier voyage est justement pour rencontrer les jeunes, mais les rencontrer non pas isolés de leur vie, je voudrais les rencontrer dans leur tissu social, en société. Parce que quand nous isolons les jeunes, nous faisons une injustice ; nous leur enlevons leur appartenance. Les jeunes ont une appartenance, une appartenance à une famille, à une patrie, à une culture, à une foi… Ils ont une appartenance et nous ne devons pas les isoler ! Mais, surtout, ne pas les isoler de toute la société ! Ils sont – vraiment – l’avenir d’un peuple : c’est vrai ! Mais pas seulement eux : ils sont l’avenir parce qu’ils ont la force, ils sont jeunes, ils iront de l’avant. Mais à l’autre extrême de la vie aussi, les personnes âgées, sont l’avenir d’un peuple. Un peuple a un avenir s’il avance avec ces deux réalités : avec les jeunes, avec la force, pour le faire avancer ; et avec les personnes âgées parce que ce sont elles qui donnent la sagesse de la vie. Et moi, bien des fois, je pense que nous commettons une injustice à l’égard des personnes âgées, nous les laissons de côté comme si elles n’avaient rien à nous donner ; elles ont la sagesse, la sagesse de la vie, la sagesse de l’histoire, la sagesse de la patrie, la sagesse de la famille. Et nous avons besoin de cela ! C’est pourquoi je dis que je vais rencontrer les jeunes, mais dans leur tissu social, principalement avec les personnes âgées. Il est vrai que la crise mondiale ne fait pas de bien aux jeunes. J’ai lu la semaine dernière le pourcentage des jeunes sans travail. Pensez que nous courons le risque d’avoir une génération qui n’a pas eu de travail, et du travail vient la dignité de la personne de gagner son pain. En ce moment les jeunes sont en crise. Nous nous sommes un peu habitués à cette culture de la mise à l’écart : avec les personnes âgées cela se fait trop souvent ! Mais maintenant aussi avec tous ces nombreux jeunes sans travail, la culture de la mise à l’écart les atteint aussi. Nous devons en finir avec cette habitude de mettre à l’écart ! Non ! Culture de l’inclusion, culture de la rencontre, faire un effort pour insérer tout le monde dans la société ! C’est un peu cela le sens que je veux donner à cette visite aux jeunes, aux jeunes dans la société.

Je vous remercie beaucoup, très chers « saints sans dévotion » et « lions pas si féroces » ! Mais merci beaucoup, merci beaucoup. Et je voudrais saluer chacun d’entre vous. Merci.

Père Lombardi :

Merci beaucoup, Sainteté, pour cette introduction, si expressive. Et maintenant tous vont passer vous saluer : qu’ils passent par ici, ainsi ils pourront venir et chacun d’eux pourra vous connaître, se présenter ; que chacun dise d’où il vient, de quelle télévision, de quel journal. Ainsi le Pape le saluera et le connaitra...

Pape François :

Nous avons dix heures….

Les journalistes passent un par un pour saluer le Saint-Père

Père Lombardi :

Vous avez vraiment tous fini ? Oui ? Magnifique ! Nous remercions vraiment de tout cœur le Pape François parce que cela a été, je crois, pour chacun de nous, un moment inoubliable et je crois que c’est une grande introduction à ce voyage. Je crois que vous vous êtes gagné un peu le cœur de ces « lions », de façon que durant le voyage ils seront vos collaborateurs, c’est-à-dire qu’ils comprendront votre message et le répandront avec beaucoup d’efficacité. Merci, Sainteté.

Pape François :

Je vous remercie vraiment et je vous demande de m’aider et de collaborer durant ce voyage pour le bien, pour le bien ; le bien de la société : le bien des jeunes et le bien des personnes âgées ; tous les deux ensemble, n’oubliez pas ! Et moi je demeure un peu comme le prophète Daniel : un peu triste, parce que j’ai vu que les lions n’étaient pas si féroces ! Merci beaucoup, merci beaucoup ! Je vous embrasse tous ! Merci !

CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE EN LA BASILIQUE DU SANCTUAIRE
NOTRE-DAME D'APARECIDA

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Aparecida – Sanctuaire national
Mercredi 24 juillet 2013
 

Monsieur le Cardinal,
Vénérés frères dans l’
Épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs !
     

statueQuelle joie pour moi de venir dans la maison de la Mère de chaque Brésilien, le Sanctuaire de Nossa Senhora Aparecida ! Au lendemain de mon élection comme Évêque de Rome, j’ai visité la Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, afin de confier à la Vierge mon ministère. Aujourd’hui, j’ai voulu venir ici pour demander à Marie, notre Mère, le succès des Journées mondiales de la Jeunesse et pour déposer à ses pieds la vie du peuple latino-américain.

Je voudrais vous dire d’abord une chose. Dans ce sanctuaire, où s’est tenue la 5ème Conférence générale de l’Épiscopat de l’Amérique latine et des Caraïbes, il y a six ans, s’est déroulé un fait très beau dont j’ai pu m’en rendre compte personnellement : voir comment les évêques – qui ont travaillé sur le thème de la rencontre avec le Christ, le fait d’être disciple et la mission – se sentaient encouragés, accompagnés et, dans un certain sens, inspirés par les milliers de pèlerins qui venaient chaque jour confier leur vie à la Vierge : cette Conférence a été un grand moment d’Église. Et nous pouvons dire, en effet, que le Document d’Aparecida est bien connu justement à cause de ce tressage entre les travaux des pasteurs et la foi simple des pèlerins, sous la protection maternelle de Marie. Quand elle cherche le Christ, l’Église frappe toujours à la porte de la maison de sa Mère et demande : « Montre-nous Jésus ». C’est d’elle que nous apprenons à être de vrais disciples. C’est pourquoi l’Église va en mission en marchant toujours dans le sillon de Marie.

Aujourd’hui, le regard tourné vers les Journées mondiales de la Jeunesse qui m’ont conduit au Brésil, je viens moi aussi frapper à la porte de la maison de Marie – qui a aimé et éduqué Jésus – afin qu’elle nous aide tous, pasteurs du Peuple de Dieu, parents et éducateurs, à transmettre à nos jeunes les valeurs qui les rendront artisans d’une Nation et d’un monde plus justes, plus solidaires et plus fraternels. En ce sens, je voudrais rappeler trois attitudes simples, trois attitudes simples : garder l’espérance, se laisser surprendre par Dieu, et vivre dans la joie.

1. Garder l’espérance. La deuxième lecture de la Messe présente une scène dramatique : une femme – figure de Marie et de l’Église – est persécutée par un Dragon – le diable – qui veut dévorer son enfant. Toutefois la scène ne porte pas à la mort, mais à la vie, car Dieu intervient et sauve l’enfant (cf. Ap 12, 13a.15-16). Que de difficultés dans la vie de chacun de nous, dans l’existence des personnes, dans nos communautés, mais pour aussi énormes que ces difficultés puissent sembler, Dieu ne nous laisse jamais en être submergés. Face au découragement qui pourrait être dans la vie et qui pourrait gagner ceux qui œuvrent pour l’évangélisation ou qui font l’effort de vivre la foi en tant que père et mère de famille, je voudrais dire avec force : ayez toujours dans vos cœurs cette certitude : Dieu marche à vos côtés, il ne vous abandonne en aucun moment ! Ne perdez jamais l’espérance ! Ne l’éteignez jamais dans vos cœurs! Le « dragon », le mal, est présent dans notre histoire, mais il n’est pas le plus fort. Dieu est le plus fort ! Dieu est notre espérance ! C’est vrai que de nos jours, tous, un peu, et nos jeunes aussi, se sentent séduits par beaucoup d’idoles qui substituent Dieu et semblent donner espérance : l’argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. Une sensation de solitude et de vide gagne souvent le cœur de beaucoup et les pousse à la recherche de compensations, de ces idoles éphémères. Chers frères et sœurs, soyons des lumières d’espérance! Ayons un regard positif sur la réalité. Encourageons la générosité qui caractérise les jeunes, accompagnons-les dans leur recherche à devenir les protagonistes de la construction d’un monde meilleur : ils sont un moteur puissant pour l’Église et pour la société. Ils n’ont pas besoin seulement de choses, ils ont besoin avant tout que leur soient proposées les valeurs immatérielles qui sont le cœur spirituel d’un peuple, la mémoire d’un peuple. Dans ce sanctuaire, inscrit dans la mémoire du Brésil, nous pouvons presque lire ces valeurs : spiritualité, générosité, solidarité, persévérance, fraternité, joie ; ces valeurs trouvent leurs plus profondes racines dans la foi chrétienne.

2- La deuxième attitude : se laisser surprendre par Dieu. L’homme ou la femme d’espérance – la grande espérance que la foi nous donne – sait que, même au milieu des difficultés, Dieu agit et nous surprend. L’histoire de ce sanctuaire en est un exemple : trois pêcheurs, après une journée sans rien pêcher, trouvent dans les eaux du fleuve Parnaíba quelque chose d’inattendu : une image de Nossa Senhora da Conceição. Qui aurait jamais imaginé que le lieu d’une pêche infructueuse serait devenu le lieu où tous les Brésiliens peuvent se sentir fils d’une même Mère ? Dieu surprend toujours, comme le vin nouveau dans l’Évangile que nous venons d’entendre. Dieu réserve toujours ce qu’il y a de meilleur pour nous. Mais il nous demande de nous laisser surprendre par son amour et d’accueillir ses surprises. Ayons confiance en Dieu ! Si nous nous éloignons de lui, le vin de la joie, le vin de l’espérance finit. Si nous nous approchons de lui, si nous restons avec lui, nos froideurs, nos difficultés, nos péchés se transforment en vin nouveau d’amitié avec lui.

3. La troisième attitude : vivre dans la joie. Chers amis, si nous marchons dans l’espérance, nous laissant surprendre par le vin nouveau que Jésus nous offre, il y aura de la joie en nos cœurs et nous ne pourrons être que des témoins de cette joie. Le chrétien est joyeux, il n’est jamais triste. Dieu nous accompagne. Nous avons une Mère qui intercède toujours pour la vie de ses enfants, pour nous, comme la reine Esther dans la première lecture (cf. Est 5, 3). Jésus nous a montré que le visage de Dieu est celui d’un Père qui nous aime. Le péché et la mort ont été vaincus. Le chrétien ne peut pas être pessimiste ! Il n’a pas le visage d’une personne qui semble être en deuil permanent. Si nous sommes vraiment amoureux du Christ et si nous sentons combien il nous aime, notre cœur s’« enflammera » d’une joie telle qu’elle contaminera tous nos voisins. Comme le disait Benoît XVI, ici, dans ce sanctuaire : « Le disciple sait que sans le Christ il n’y a pas de lumière, pas d’espérance, pas d’amour, pas d’avenir » (Discours d’inauguration de la Conférence d’Aparecida [13 mai 2007], p. 861).

Chers amis, nous sommes venus frapper à la porte de la maison de Marie. Elle nous a ouvert, elle nous a fait entrer et nous a montré son Fils. Elle nous demande maintenant : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Oui, Mère, nous nous engageons à faire ce que Jésus nous dira ! Et nous le ferons avec espérance, sûrs des promesses de Dieu et pleins de joie. Ainsi soit-il.

VISITE À LA "COMMUNAUTÉ" DE VARGINHA (MANGUINHOS)

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Rio de Janeiro – Varginha
Jeudi 25 juillet 2013

Chers frères et sœurs, bonjour !

papamobileIl est beau de pouvoir être ici avec vous ! C’est beau ! Dès le début, en programmant ma visite au Brésil, mon désir était de pouvoir visiter tous les quartiers de cette Nation. J’aurai voulu frapper à chaque porte, dire " bonjour ", demander un verre d’eau fraîche, prendre un " cafezinho ",– pas un verre de grappa ! –, parler comme à des amis de la maison, écouter le cœur de chacun, des parents, des enfants, des grands-parents… Mais le Brésil est si grand ! Et il n’est pas possible de frapper à toutes les portes ! Alors j’ai choisi de venir ici, de visiter votre ‘Communauté’ ; cette communauté qui représente aujourd’hui tous les quartiers du Brésil. Qu’il est beau d’être accueillis avec amour, avec générosité, avec joie ! Il suffit de voir comment vous avez décoré les rues de cette ‘Communauté’ ; cela aussi est un signe d’affection, il naît de votre cœur, du cœur des Brésiliens qui est en fête ! Merci beaucoup à chacun de vous pour le bel accueil ! Je remercie les époux Rangler et Joana pour leurs chaleureuses paroles.

1. Dès le premier moment où j’ai mis pied sur la terre brésilienne et aussi ici, au milieu de vous, je me sens accueilli. Et il est important de savoir accueillir ; c’est encore plus beau que tout embellissement ou décoration. Lorsque nous sommes généreux dans l’accueil d’une personne, je vous le dis, et que nous partageons quelque chose avec elle – un peu de nourriture, une place dans notre maison, notre temps – non seulement nous ne restons pas plus pauvres, mais nous nous enrichissons. Lorsqu’une personne qui a besoin de manger frappe à votre porte, je sais bien que vous trouvez toujours une façon de partager la nourriture ; comme dit le proverbe, on peut toujours " ajouter plus d’eau aux haricots " ! On peut ajouter plus d’eau aux haricots ?... Toujours ?... Et vous le faites avec amour, montrant que la véritable richesse n’est pas dans les choses, mais dans le cœur !

Et le peuple brésilien, en particulier les personnes plus simples, peut offrir au monde une précieuse leçon de solidarité, une parole – cette parole solidarité – souvent oubliée ou tue, parce qu’elle gêne. Elle semble presque une mauvaise parole … solidarité. Je voudrais faire appel à celui qui possède plus de ressources, aux autorités publiques et à tous les hommes de bonne volonté engagés pour la justice sociale : ne vous lassez pas de travailler pour un monde plus juste et plus solidaire ! Personne ne peut rester insensible aux inégalités qu’il y a encore dans le monde ! Que chacun, selon ses possibilités et ses responsabilités, sache offrir sa contribution pour mettre fin à beaucoup d’injustices sociales. Ce n’est pas, ce n’est pas la culture de l’égoïsme, de l’individualisme qui souvent régule notre société, celle qui construit et mène vers un monde plus habitable ; ce n’est pas celle-là, mais la culture de la solidarité ; la culture de la solidarité c’est voir dans l’autre non un concurrent ou un numéro, mais un frère. Et nous sommes tous frères !

Je désire encourager les efforts que la société brésilienne fait pour intégrer toutes ses composantes, même les plus souffrantes et nécessiteuses, dans la lutte contre la faim et la misère. Aucun effort de “pacification” ne sera durable, il n’y aura ni harmonie, ni bonheur pour une société qui ignore, qui met en marge et abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même. Une telle société s’appauvrit ainsi simplement et perd même quelque chose d’essentiel pour elle-même. Ne laissons pas, ne laissons pas entrer dans notre cœur la culture de l’exclusion ! Ne laissons pas entrer dans notre cœur la culture de l’exclusion, parce que nous sommes frères. Personne n’est à exclure ! Rappelons-nous-le toujours : c’est seulement quand nous sommes capables de partager que nous nous enrichissons vraiment ; tout ce qui se partage se multiplie ! Pensons à la multiplication des pains de Jésus ! La mesure de la grandeur d’une société est donnée par la façon dont elle traite celui qui est le plus nécessiteux, qui n’a rien d’autre que sa pauvreté !

2. Je voudrais vous dire aussi que l’Église, “avocate de la justice et défenseur des pauvres contre les inégalités sociales et économiques intolérables qui crient vers le ciel” (Document d’Aparecida, p. 395), désire collaborer à toute initiative ayant le sens du vrai développement de tout homme et de tout l’homme. Chers amis, il est certainement nécessaire de donner du pain à celui qui a faim ; c’est un acte de justice. Mais il y a aussi une faim plus profonde, la faim d’un bonheur que seul Dieu peut rassasier. Faim de dignité. Il n’y a ni de véritable promotion du bien commun, ni de véritable développement de l’homme quand on ignore les piliers fondamentaux qui soutiennent une Nation, ses biens immatériels : la vie, qui est don de Dieu, valeur à préserver et à promouvoir toujours ; la famille, fondement de la vie ensemble et remède contre l’effritement social ; l’éducation intégrale, qui ne se réduit pas à une simple transmission d’informations dans le but de produire du profit ; la santé, qui doit chercher le bien-être intégral de la personne, aussi dans sa dimension spirituelle, essentielle pour l’équilibre humain et pour une saine vie en commun ; la sécurité, dans la conviction que la violence peut être vaincue seulement à partir du changement du cœur humain.

3. Je voudrais dire une dernière chose, une dernière chose. Ici, comme dans tout le Brésil, il y a beaucoup de jeunes. Hein les jeunes ! Vous, chers jeunes, vous êtes particulièrement sensibles aux injustices, mais souvent vous êtes déçus par des faits qui parlent de corruption, de personnes qui, au lieu de chercher le bien commun, cherchent leur propre intérêt. À vous aussi et à tous, je répète : ne vous découragez jamais, ne perdez pas confiance, ne laissez pas s’éteindre l’espérance. La réalité peut changer, l’homme peut changer. Cherchez, vous les premiers, à apporter le bien, à ne pas vous habituer au mal, mais à le vaincre par le bien. L’Église vous accompagne, vous apportant le bien précieux de la foi, de Jésus Christ qui est « venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10).

Aujourd’hui à vous tous, en particulier aux habitants de cette ‘Communauté’ de Varginha je dis : vous n’êtes pas seuls, l’Église est avec vous, le Pape est avec vous. Je porte chacun de vous dans mon cœur et je fais miennes les intentions que vous avez au fond de vous-mêmes : les remerciements pour les joies, les demandes d’aide dans les difficultés, le désir de consolation dans les moments de peine et de souffrance. Je vous confie tous à l’intercession de Nossa Senhora Aparecida, Mère de tous les pauvres du Brésil, et je vous donne avec grande affection ma Bénédiction. Merci !

FÊTE D'ACCUEIL DES JEUNES

SALUT ET HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Bord de mer de Copacabana, Rio de Janeiro
Jeudi 25 juillet 2013

SALUT

Chers jeunes,

Bonsoir !

fouleJe vous remercie tout d’abord pour le témoignage de foi que vous donnez en ce momente au monde. J’ai toujours entendu dire que les Cariocas n’aiment ni le froid, ni la pluie, mais vous êtes en train de démontrer que votre foi est plus forte que le froid et la pluie. Félicitations ! Vous êtes de véritables héros !

Je vois en vous la beauté du visage jeune du Christ et mon cœur est plein de joie ! Je me souviens des premières Journées mondiales de la Jeunesse au niveau international. Elles furent célébrées en 1987 en Argentine, dans ma ville de Buenos Aires. Je garde vivantes en mémoire ces paroles du bienheureux Jean-Paul II aux jeunes : « J’attends beaucoup de vous ! J’attends surtout que vous renouveliez votre fidélité à Jésus Christ et à sa croix rédemptrice » (Discours aux jeunes (11 avril 1987) : Insegnamenti, X/1 (1987), p. 1261).

Avant de continuer, je voudrais rappeler le tragique accident en Guyane française, dont ont souffert les jeunes qui venaient à ces Journées. La jeune Sophie Morinière y a perdu la vie, et d’autres jeunes y ont été blessés.

Je vous invite à un moment de silence et de prière à Dieu, notre Père, pour Sophie, pour les blessés et pour leurs familles.

Cette année les Journées reviennent pour la seconde fois en Amérique latine. Et vous, jeunes, vous avez répondu si nombreux à l’invitation du Pape Benoît XVI qui vous avait convoqués pour la célébrer. Nous le remercions de tout cœur ! A lui qui nous a convoqués aujourd’hui, ici, nous adressons un salut et un grand applaudissement. Vous savez que j’ai conversé avec lui avant de venir au Brésil, et je lui ai demandé de m’accompagner par la prière dans mon voyage. Et il m’a dit : je vous accompagne par la prière et je serai près du téléviseur. Ainsi, en ce moment-même, il nous regarde. Mon regard s’étend sur cette grande foule : vous êtes si nombreux ! Vous venez de tous les continents ! Vous êtes souvent éloignés non seulement géographiquement, mais aussi du point de vue existentiel, culturel, social, humain. Mais aujourd’hui vous êtes ici, ou plutôt aujourd’hui nous sommes ici, ensemble, unis pour partager la foi et la joie de la rencontre avec le Christ, dans le fait d’être ses disciples. Cette semaine, Rio devient le centre de l’Église, son cœur vivant et jeune, parce que vous, vous avez répondu avec générosité et courage à l’invitation que Jésus vous a faite pour demeurer avec lui, pour être ses amis.

Le train de ces Journées mondiales de la Jeunesse est venu de loin et a traversé tout le Brésil en suivant les étapes du projet « Botta FéMets la foi ». Aujourd’hui, il est arrivé à Rio de Janeiro. Du Corcovado, le Christ Rédempteur nous ouvre ses bras et nous bénit. En regardant la mer, la plage et vous tous, il me revient à l’esprit le moment où Jésus a appelé les premiers disciples à le suivre sur la rive du lac de Tibériade. Aujourd’hui, Jésus demande à chacun de nous encore : veux-tu être mon disciple ? Veux-tu être mon ami ? Veux-tu être un témoin de mon Évangile ? Au cœur de l’Année de la Foi ces questions nous invitent à renouveler notre engagement de chrétiens. Vos familles et les communautés locales vous ont transmis le don immense de la foi, le Christ a grandi en vous. Aujourd’hui, Le Christ veut venir ici pour vous confirmer dans cette foi, la foi au Christ vivant qui demeure en vous, mais je suis venu moi aussi pour être confirmé par l’enthousiasme de votre foi ! Vous savez que dans la vie d’un évêque, il y a beaucoup de problèmes qui demandent à être résolus. Et avec ces problèmes et ces difficultés, la foi d’un évêque peut devenir triste. Que c’est laid d’être un évêque triste ! Que c’est laid ! Pour que ma foi ne soit pas triste, je suis venu ici pour être contaminé par votre enthousiasme à tous !

Je vous salue tous avec affection. Vous, ici présents, venus des cinq continents, et à travers vous, je salue tous les jeunes du monde, spécialement ceux qui désiraient venir à Rio de Janeiro et n'ont pas pu venir. A ceux qui sont reliés par la radio, la télévision ou internet, à tous je dis : bienvenue à cette  fête de la foi ! En ce moment même, dans les diverses parties du monde, tant de jeunes nous ont rejoints pour vivre avec nous cet événement : sentons-nous unis les uns aux autres dans la joie, l’amitié et la foi. Et soyez-en sûrs : mon cœur vous étreint tous avec une affection sans limite. Car la chose la plus importante, aujourd’hui, c’est votre rencontre et la rencontre de tous les jeunes qui nous suivent en ce moment par les moyens de communication ! Le Christ Rédempteur, du sommet du Corcovado vous accueille et vous embrasse dans cette magnifique ville de Rio !

Je salue particulièrement le Président du Conseil pontifical pour les Laïcs, le cher et infatigable Cardinal Stanisław Ryłko, et tous ceux qui travaillent avec lui. Je remercie Monseigneur Orani João Tempesta, Archevêque de São Sebastião do Rio de Janeiro, de la cordialité par laquelle il m’a accueilli – et je désir dire ici que les Cariocas savent bien accueillir, ils savent offrir un grand accueil – et je le remercie du grand travail accompli avec ses évêques auxiliaires et avec les divers diocèses de cet immense Brésil pour la réalisation de ces Journées mondiales de la Jeunesse. J’exprime ma reconnaissance à toutes les autorités nationales, gouvernementales et locales, et à tant d’autres qui se sont impliqués pour permettre ce moment unique de célébration de l’unité, de la foi et de la fraternité. Merci à mes frères Évêques, aux prêtres, aux séminaristes, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs qui accompagnent les jeunes, des diverses parties de notre planète, dans leur pèlerinage vers Jésus. À tous et à chacun j’offre mon affection en Jésus et avec Jésus.

Frères et amis, bienvenue aux XXVIIIe Journées mondiales de la Jeunesse, dans cette merveilleuse ville de Rio de Janeiro !


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Jeunes amis,

montageAprès avoir vu le Seigneur Jésus transfiguré, revêtu de gloire, Pierre s’est écrié : « Il est bon pour nous d’être ici ! » Est-ce que nous pouvons, nous aussi, redire cette parole ? Je pense que oui, puisque pour nous tous, aujourd’hui, il est beau d’être ici réunis autour de Jésus ! C’est lui qui nous accueille et se rend présent au milieu de nous, ici, à Rio. Et dans l’Évangile nous avons aussi écouté les paroles de Dieu le Père : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le » (Lc 9, 35). Si d’une part, c’est Jésus qui nous accueille, de l’autre nous pouvons, nous aussi, l’accueillir, nous mettre à l’écoute de sa parole, parce que c’est en accueillant Jésus Christ, Parole incarnée, que le Saint-Esprit nous transforme, illumine la route de l’avenir et fait grandir en nous les ailes de l’espérance pour marcher avec joie (Cf. Lettre enc. Lumen fidei, n. 7).

Mais que pouvons-nous faire ? « Bota fé - Mets la foi ». La croix des Journées mondiales de la Jeunesse a crié ces paroles tout au long de son pèlerinage à travers le Brésil. « Mets la foi » : qu’est-ce que cela signifie ? Quand se prépare un bon plat, si tu vois qu’il manque le sel, alors tu y « mets » du sel ; s’il manque l’huile, alors tu y « mets » de l’huile… « Mettre », c’est placer, verser. Il en est ainsi dans notre vie, chers jeunes ; si nous voulons qu’elle ait vraiment sens et plénitude, comme vous-mêmes le désirez et le méritez, je dis à chacun et à chacune d’entre vous : « mets la foi » et la vie aura une saveur nouvelle, la vie aura une boussole qui donne la direction ; « mets l’espérance » et chacune de tes journées sera illuminée, ton horizon ne sera plus sombre, mais lumineux ; « mets l’amour » et ton existence sera comme une maison construite sur le roc, ton chemin sera joyeux, parce que tu rencontreras beaucoup d’amis qui marchent avec toi. Mets la foi, mets l’espérance, mets l’amour ! Tous ensemble : « mets la foi ! », « mets l’espérance ! », « mets l’amour ! ».

Mais qui peut nous donner tout cela ? Dans l’Évangile nous entendons la réponse : le Christ. « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ! » Jésus nous porte Dieu et nous porte à Dieu, avec lui toute notre vie se transforme, se renouvelle et nous pouvons regarder la réalité avec un regard nouveau, du point de vue de Jésus, avec ses yeux à lui (Cf. Lettre enc. Lumen fidei, n. 18). C’est pourquoi je vous dis aujourd’hui, à chacun de vous: « mets le Christ » dans ta vie, et tu trouveras un ami en qui te fier toujours ; « mets le Christ » et tu verras croître les ailes de l’espérance pour parcourir avec joie la route de l’avenir ; « mets le Christ » et ta vie sera pleine de son amour, elle sera une vie féconde. Car tous nous désirons une vie féconde, une vie qui parle de la vie aux autres !

Aujourd’hui, il serait bien que chacun se demande avec sincérité : en qui mettons-nous notre confiance ? En nous-mêmes, dans les choses, ou bien en Jésus ? Tous, nous sommes souvent tentés de nous mettre au centre, de croire que nous sommes l’axe de l’univers, de croire que nous sommes seuls, nous, à construire notre vie, ou de penser que celle-ci est rendue heureuse par la possession, par l’argent, par le pouvoir. Mais tous, nous savons qu'il n’en n’est pas ainsi ! Certes, l’avoir, l’argent, le pouvoir peuvent donner un moment d’ébriété, l’illusion d’être heureux ; mais, à la fin, ce sont eux qui nous possèdent et nous poussent à avoir toujours plus, à ne jamais être rassasiés. À la fin, nous sommes « remplis », mais pas nourris, et c’est très triste de voir une jeunesse « remplie », mais faible. La jeunesse doit être forte, elle doit se nourrir de sa foi et ne pas se remplir d’autres choses. « Mets le Christ » dans ta vie, mets en lui ta confiance et tu ne seras jamais déçu ! Voyez chers amis, la foi accomplit dans notre vie une révolution que nous pourrions appeler copernicienne, elle nous enlève du centre et met Dieu au centre. La foi nous immerge dans son amour qui nous donne sécurité, force, espérance. En apparence rien ne semble changer, mais au plus profond de nous-mêmes tout change. Quand Dieu y est présent, dans notre cœur demeurent la paix, la douceur, la tendresse, le courage, la sérénité et la joie, qui sont les fruits du Saint-Esprit (cf. Ga 5, 22), alors notre existence se transforme, notre façon de penser et d’agir se renouvelle, elle devient la façon de penser et d’agir de Jésus, de Dieu. Chers amis, la foi est révolutionnaire et moi je demande à chacun de vous aujourd’hui : es-tu prêt, es-tu prête à entrer dans cette onde révolutionnaire de la foi ? C’est en y entrant seulement que ta vie de jeune aura un sens et sera ainsi féconde !

Cher jeune : « mets le Christ » dans ta vie. En ces jours, il t’attend : écoute-le avec attention et sa présence enthousiasmera ton cœur. « Mets le Christ » : Il t’accueille dans le Sacrement du Pardon, par sa miséricorde, il soigne toutes les blessures du péché. N’aie pas peur de demander pardon à Dieu. Il ne se fatigue jamais de nous pardonner, comme un père qui nous aime. Dieu est pure miséricorde ! « Mets le Christ » : Il t’attend  dans l’Eucharistie, Sacrement de sa présence, de son sacrifice d’amour, et il t’attend aussi dans l’humanité de tant de jeunes qui t’enrichiront de leur amitié, qui t’encourageront de leur témoignage de foi, qui t’apprendront le langage de l’amour, de la bonté, du service. Toi aussi, cher jeune, tu peux être un témoin joyeux de son amour, un témoin courageux de son Évangile pour porter dans ce monde un peu de lumière. Laisse-toi aimer par Jésus, il est un ami que ne déçoit pas.

« Il est bon pour nous d’être ici », de mettre le Christ dans notre vie, de mettre la foi, l’espérance, l’amour qu’il nous donne. Chers amis, dans cette célébration nous avons accueilli l’image de Nossa Senhora Aparecida. Nous lui demandons de nous enseigner à suivre Jésus. Qu’elle nous enseigne à être des disciples et des missionnaires. Comme elle, nous voulons dire « oui » à Dieu. Demandons à son cœur de mère d’intercéder pour nous, pour que nos cœurs soient disponibles pour aimer Jésus et pour le faire aimer. Chers jeunes, Jésus nous attend. Jésus compte sur nous ! Amen.

CHEMIN DE CROIX AVEC LES JEUNES

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Rio de Janeiro – Copacabana
Vendredi 26 juillet 2013

Très chers jeunes !       

croixNous sommes venus ici aujourd’hui pour accompagner Jésus tout au long de son chemin de douleur et d’amour, le chemin de la Croix, qui est un des moments forts des Journées mondiales de la Jeunesse. Au terme de l’Année Sainte de la Rédemption, le bienheureux Jean-Paul II a voulu confier la Croix à vous, les jeunes, en vous disant : « Portez-la dans le monde comme le signe de l’amour de Jésus pour l’humanité et annoncez à tous que seul dans le Christ mort et ressuscité, il y a le salut et la rédemption » (Paroles aux jeunes [21 avril 1984] : Insegnamenti VII,1 [1984], p. 1105). Depuis lors, la Croix a parcouru tous les Continents et a traversé les secteurs les plus variés de l’existence humaine, en restant presqu’imprégnée des situations de vie de beaucoup de jeunes, qui l’ont vue et l’ont portée. Chers frères, personne ne peut toucher la Croix de Jésus sans y laisser quelque chose de lui-même et sans porter quelque chose de la Croix de Jésus dans sa vie. Alors que vous accompagnez le Seigneur, ce soir, je voudrais que trois questions résonnent dans vos cœurs : qu’avez-vous laissé sur la Croix, vous, chers jeunes du Brésil, en ces deux ans durant lesquels elle a sillonné votre immense pays ? Et qu’est-ce que la Croix de Jésus a laissé en chacun de vous ? Et, enfin, qu’est-ce que cette croix enseigne à notre vie ?

1. Une tradition ancienne de l’Église de Rome raconte que l’Apôtre Pierre, sortant de la ville pour fuir la persécution de Néron, vit Jésus qui marchait dans la direction opposée et étonné, il lui demanda : « Seigneur, où vas-tu ? ». La réponse de Jésus fut : « Je vais à Rome pour être de nouveau crucifié ». à ce moment-là, Pierre comprit qu’il devait suivre le Seigneur avec courage, à fond, mais il comprit surtout qu’il n’était jamais seul dans sa marche ; avec lui il y avait toujours ce Jésus qui l’avait aimé jusqu’à mourir. Voilà ! chargé de sa Croix, Jésus parcourt nos routes et prend sur lui nos peurs, nos problèmes, nos souffrances, même les plus profondes. Avec sa Croix, Jésus s’unit au silence des victimes de la violence qui ne peuvent plus crier, surtout les innocents et ceux qui sont sans défense ; avec la Croix, Jésus s’unit aux familles qui sont en difficulté, et qui pleurent la mort tragique de leurs enfants, comme dans le cas des 242 jeunes victimes de l'incendie dans la ville de Santa Maria, au début de cette année. Prions pour eux. Avec la Croix, Jésus s’unit à toutes les personnes qui souffrent de la faim dans un monde qui, d'autre part, se permet le luxe de jeter, chaque jour, des tonnes de nourriture; avec la Croix, Jésus est uni aux nombreuses mères et aux nombreux pères qui soffrent en voyant leurs senfants victimes de paradis artificiels comme la drogue; avec la Croix, Jésus s'unit à celui qui est persécuté à cause de sa religion, de ses idées, ou simplement pour la couleur de sa peau ; dans la Croix, Jésus est uni aux nombreux jeunes qui ne mettent plus leur confiance dans les institutions politiques, car ils y voient l'égoïsme et la corruption, ou qui ont perdu la foi en l’Église, et même en Dieu, à cause de l’incohérence des chrétiens et des ministres de l’Évangile. Combien nos incohérences font souffrir Jésus! Dans la Croix du Christ, il y a la souffrance, le péché de l’homme, aussi le nôtre, et lui accueille tout avec les bras ouverts, prend sur ses épaules nos croix et nous dit : courage ! Tu n’es pas seul à les porter ! Je les porte avec toi, j’ai vaincu la mort et je suis venu te donner espérance, te donner la vie (cf. Jn 3, 16).

2. Maintenant, nous pouvons répondre à la deuxième question : qu’est-ce que la Croix a laissé en ceux qui l’ont vue et en ceux qui l’ont touchée ? Qu'est-ce que la Croix laisse en chacun de nous ? Voyez: elle laisse le bien que personne ne peut nous donner : la certitude de l’amour fidèle de Dieu pour nous. Un amour tellement grand qu’il entre dans notre péché et le pardonne, qu’il entre dans notre souffrance et nous donne la force de la porter ; qu’il entre même dans la mort pour la vaincre et nous sauver. Dans la Croix du Christ, il y a tout l’amour de Dieu, il y a son immense miséricorde. Et c’est un amour auquel nous pouvons nous fier, auquel nous pouvons croire. Chers jeunes, ayons confiance en Jésus, en remettons-nous à lui (cf. Lettre enc. Lumen fidei, n. 16), car lui ne déçoit jamais personne ! Seul dans le Christ mort et ressuscité nous trouvons le salut et la rédemption. Avec lui, le mal, la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot, parce que lui nous donne espérance et vie : il a transformé la Croix, d’instrument de haine, de défaite et de mort en un signe d’amour, de victoire, de triomphe et de vie.

Le premier nom donné au Brésil a été justement celui de « Terre de la Sainte Croix ». La Croix du Christ a été plantée non seulement sur la plage, il y a plus de cinq siècles, mais aussi dans l’histoire, dans le cœur et dans la vie du peuple brésilien et en de nombreux autres peuples. Nous sentons le Christ souffrant proche de nous, un de nous qui partage à fond notre marche. Il n’y a pas de croix, aussi petite ou grande qu'elle soit, de notre vie que le Seigneur ne partage pas avec nous.

3. Mais la Croix du Christ invite aussi à nous laisser contaminer par cet amour, elle nous enseigne alors à regarder toujours l’autre avec miséricorde et amour, surtout la personne qui souffre, qui a besoin d’aide, qui attend une parole, un geste, la Croix nous invite à sortir de nous-mêmes pour aller à leur rencontre et leur tendre la main. Nous avons vu de nombreux visages dans le Chemin de la Croix, de nombreux visages ont accompagné Jésus dans sa marche vers le Calvaire : Pilate, le Cyrénéen, Marie, les femmes … Moi, aujourd'hui, je te demande: toi, comme lequel d'entre eux veux-tu être? Veux-tu être Pilate qui n’a pas le courage d’aller à contre-courant pour sauver la vie de Jésus ; il s’en lave les mains. Dis-moi: es-tu un de ceux qui se lavent les mains, es-tu celui qui joue l'innocent et regarde de l'autre côté? Ou es-tu comme le Cyrénéen, qui aide Jésus à porter ce bois pesant, comme Marie et les femmes, qui n’ont pas peur d’accompagner Jésus jusqu’au bout, avec amour, avec tendresse. Et toi, comme lequel d'entre eux veux-tu être? Comme Pilate, comme le Cyrénéen, comme Marie ? Jésus te regarde en ce moment et te dit: veux-tu m'aider à porter la Croix? Frères et sœurs : toi, avec toute ta force de jeune, qu’est-ce que tu lui réponds ?

Chers jeunes, sur la Croix du Christ déposons nos joies, nos souffrances, nos succès ; nous y trouverons un Cœur ouvert qui nous comprend, nous pardonne, nous aime et nous demande de porter ce même amour dans notre vie, d’aimer chacun de nos frères et de nos sœurs avec le même amour.

MESSE AVEC LES ÉVÊQUES DE LA XXVIIIe JMJ
ET AVEC LES PRÊTRES, LES RELIGIEUX ET LES SÉMINARISTES

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

 Cathédrale Saint-Sébastien, Rio de Janeiro
Samedi 27 juillet 2013
 

Bien-aimés frères dans le Christ !

evequeEn regardant cette cathédrale remplie d’Évêques, de prêtres, de séminaristes, de religieux et religieuses venus du monde entier, je pense aux paroles du Psaume de la messe d’aujourd’hui : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce » (Ps 66). Oui, nous sommes ici pour rendre grâce au Seigneur, et nous le faisons en réaffirmant notre volonté d’être ses instruments afin que non seulement quelques peuples rendent grâce à Dieu, mais tous. Avec la même parresia de Paul et Barnabé, nous voulons annoncer l’Évangile à nos jeunes, pour qu’ils rencontrent le Christ et deviennent constructeurs d’un monde plus fraternel. En ce sens, je voudrais réfléchir avec vous sur trois aspects de notre vocation : appelés par Dieu ; appelés pour annoncer l’Évangile ; appelés pour promouvoir la culture de la rencontre.

1. Appelés par Dieu. Je crois qu’il est important de raviver toujours en nous cette réalité, que souvent nous tenons pour acquise au milieu de tant d’engagements quotidiens : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis », nous dit Jésus (Jn 15, 16). C’est retourner à la source de notre appel. C’est pourquoi un évêque, un prêtre, un consacré, une consacrée, un séminariste, ne peut pas être « amnésique » : il perd la référence essentielle au moment initial de son cheminement. Demandez la grâce, demandez-la à la Vierge, elle qui avait une bonne mémoire ; demandez la grâce d’être des personne qui gardent la mémoire de ce premier appel. Nous avons été appelés par Dieu et appelés pour demeurer avec Jésus (cf. Mc 3, 14), unis à lui. En réalité, ce fait de vivre, ce fait de demeurer dans le Christ marque tout ce que nous sommes et faisons. C’est précisément cette « vie en Christ » qui garantit notre efficacité apostolique, la fécondité de notre service :  Je vous ai établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit soit authentique  (cf. Jn 15, 16). Ce n’est pas la créativité aussi pastorale qu’elle soit, ce ne sont pas les rencontres ou les planifications qui assurent les fruits, même si elles aident et beaucoup, mais ce qui assure le fruit, c’est le fait d’être fidèles à Jésus, qui nous dit avec insistance : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4). Et nous savons bien ce que cela signifie : le contempler, l’adorer et l’embrasser dans notre rencontre quotidienne avec lui, dans l’Eucharistie, dans notre vie de prière, dans nos moments d’adoration ; et aussi le reconnaître présent et l’embrasser dans les personnes les plus nécessiteuses. Le fait de « demeurer » avec le Christ ne signifie pas s’isoler, mais c’est demeurer pour aller à la rencontre des autres. Je veux rappeler ici quelques paroles de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta. Elle disait ainsi : « Nous devons être très fiers de notre vocation qui nous donne l’opportunité de servir le Christ dans les pauvres. C’est dans les ‘favellas’, dans …, dans les ‘villas miseria’, que l’on doit aller chercher et servir le Christ. Nous devons aller chez eux comme le prêtre se rend à l’autel, avec joie » (Mother Instructions, I, p. 80). Jésus est le Bon Pasteur, est notre vrai trésor ; s’il vous plaît, ne l’effaçons pas de notre vie !  à Fixons toujours plus en lui notre cœur (cf. Lc 12, 34).

2. Appelés pour annoncer l’Évangile. Beaucoup d’entre vous, chers Évêques et prêtres, sinon tous, êtes venus pour accompagner vos jeunes à leurs Journées mondiales. Eux aussi ont entendu les paroles du mandat de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19). C’est notre engagement de pasteurs de les aider à faire brûler dans leur cœur le désir d’être des disciples missionnaires de Jésus. Certes, beaucoup pourraient se sentir un peu effrayés face à cette invitation, pensant qu’être missionnaire signifie laisser nécessairement son pays, sa famille et ses amis. Dieu demande que nous soyons missionnaires. Où sommes-nous ? Là où lui-même nous place, dans notre pays ou là où lui nous met. Aidons les jeunes ! Prêtons-leur une oreille attentive pour écouter leurs illusions – ils ont besoin d’être écoutés –, pour écouter leurs succès, pour écouter leurs difficultés. Il faut s’asseoir, écoutant, peut-être, le même livret, mais avec une musique différente, avec des identités différentes. La patience d’écouter ! C’est ce que je vous demande de tout mon cœur ! Au confessionnal, dans la direction spirituelle, dans l’accompagnement. Sachons perdre du temps avec eux. Semer coûte et fatigue, fatigue beaucoup ! Et c’est beaucoup plus gratifiant de jouir de la récolte ! Quelle fourberie ! Tous nous jouissons plus de la récolte ! Pourtant, Jésus nous demande de semer sérieusement.

N’économisons pas nos forces dans la formation des jeunes ! S’adressant à ses chrétiens, saint Paul utilise une expression, qu’il a fait devenir réalité dans sa vie: « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ ait pris forme chez vous » (Ga 4, 19). Nous aussi faisons-la devenir réalité dans notre ministère ! Aider nos jeunes à redécouvrir le courage et la joie de la foi, la joie d’être aimés personnellement de Dieu, c’est très difficile, mais quand un jeune le comprend, quand un jeune le sent par l’onction que lui donne l’Esprit Saint, ce fait d’« être aimé personnellement de Dieu » l’accompagne ensuite toute sa vie ; redécouvrir la joie que Dieu a donné son Fils Jésus pour notre salut. Les éduquer, dans à la mission, à sortir, à partir, à être « callejeros de la fe » [nomades de la foi]. Jésus a fait ainsi avec ses disciples : il ne les a pas tenus attachés à lui comme une mère poule avec ses poussins ; il les a envoyés ! Nous ne pouvons pas rester enfermés dans la paroisse, dans nos communautés, dans notre institution paroissiale ou dans notre institution diocésaine, quand tant de personnes attendent l’Évangile ! Sortir, envoyés. Ce n’est pas simplement ouvrir la porte, pour qu’ils viennent, pour accueillir, mais c’est sortir par la porte pour chercher et rencontrer ! Poussons les jeunes pour qu’ils sortent ! C’est sûr qu’ils feront des stupidités. N’ayons pas peur ! Les Apôtres les ont faites avant nous. Poussons-les à sortir. Pensons avec décision à la pastorale en partant de la périphérie, en partant de ceux qui sont les plus loin, de ceux qui d’habitude ne fréquentent pas la paroisse. Ils sont les invités VIP. Allez les chercher aux carrefours des routes.

3. Etre appelés par Jésus, être appelés pour évangéliser, et troisièmement : être appelés à promouvoir la culture de la rencontre. Dans beaucoup de milieux, et en général dans cet humanisme économiste qui nous a été imposé dans le monde, s’est développée une culture de l’exclusion, une « culture du rebut ». Il n’y a de place ni pour l’ancien ni pour l’enfant non voulu ; il n’y a pas de temps pour s’arrêter avec ce pauvre dans la rue. Parfois il semble que pour certains, les relations humaines soient régulées par deux “dogmes” modernes : efficacité et pragmatisme. Chers Évêques, prêtres, religieux, religieuses et vous aussi séminaristes qui vous préparez au ministère, ayez le courage d’aller à contre-courant de cette culture Avoir le courage ! Rappelez-vous d’une chose, ça me fait beaucoup de bien et je le médite fréquemment : prenez le Premier Livre des Maccabées, rappelez-vous quand beaucoup [pas les Maccabées, NDR] voulurent se modeler sur la culture de l’époque : « Non… ! Laissons, non… ! Mangeons tout, comme tout le monde… Bien, la loi oui, mais pas trop… ». Et ils finirent par laisser la foi pour se mettre dans le courant de cette culture. Ayez le courage d’aller à contre-courant de cette culture maniaque de l’efficacité, de cette culture du rebut. La rencontre et l’accueil de tous, la solidarité – un mot qu’on cache dans cette culture, comme si c’était un gros mot –, la solidarité et la fraternité, sont les éléments qui rendent notre civilisation vraiment humaine.

Être serviteurs de la communion et de la culture de la rencontre ! Je veux que vous soyez comme obsédés en ce sens. Et soyez-le sans être présomptueux, en imposant “nos vérités”, mais au contraire guidés par l’humble et heureuse certitude de celui qui a été trouvé, rejoint et transformé par la Vérité qui est le Christ et qui ne peut pas ne pas l’annoncer (cf. Lc 24, 13-35).

Chers frères et sœurs, nous sommes appelés par Dieu, par notre prénom et notre nom, chacun de nous, appelés à annoncer l’Évangile et à promouvoir avec joie la culture de la rencontre. Que la Vierge Marie est notre modèle ! Dans sa vie elle a été « le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l'Église, travaillent à la régénération des hommes » (Conc. oecum. Vat. II, Const. dogm.Lumen gentium, n. 65).  Nous lui demandons de nous enseigner à nous retrouver chaque jour avec Jésus. Et quand nous faisons semblant de rien, parce que nous avons beaucoup de choses à faire, et que le tabernacle est abandonné, qu’elle nous prenne par la main. Demandons-le-lui ! Regarde, Mère, quand je suis désorienté, prends-moi par la main. Qu’elle nous pousse à sortir à la rencontre de tants de frères et sœurs qui sont à la périphérie, qui ont soif de Dieu et n’ont personne pour le leur annoncer. Qu’elle ne nous jette pas hors de chez nous, mais qu’elle nous pousse à sortir de chez nous, et qu’ainsi nous soyons des disciples du Seigneur. Qu’elle nous accorde à tous cette grâce.

 

VEILLÉE DE PRIÈRE AVEC LES JEUNES

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

 

Rio de Janeiro – Copacabana
Samedi 27 juillet 2013
 

 

Chers jeunes,

 

clotureEn vous regardant présents ici, me vient à l’esprit l’histoire de saint François d’Assise. Devant le Crucifix il entend la voix de Jésus qui lui dit : « François, va et répare ma maison ». Et le jeune François répond avec rapidité et générosité à cet appel du Seigneur : réparer sa maison. Mais quelle maison ? Peu à peu il s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas de faire le maçon et de réparer un édifice de pierres, mais de donner sa contribution à la vie de l’Église ; il s’agissait de se mettre au service de l’Église, en l’aimant et en travaillant, pour qu’en elle se reflète toujours davantage le Visage du Christ.

 

Aujourd’hui aussi, le Seigneur continue à avoir besoin de vous, les jeunes, pour son Église. Chers jeunes, le Seigneur a besoin de vous ! Aujourd’hui aussi, il appelle chacun de vous à le suivre dans son Église et à être missionnaire. Chers jeunes, le Seigneur vous appelle aujourd’hui ! Non pas en désordre ! À toi, à toi, à toi, à chacun. Écoutez dans votre cœur ce qu’il vous dit. Je pense que nous pouvons apprendre quelque chose de ce qui s’est passé ces jours-ci, du comment nous avons dû annuler, à cause du mauvais temps, la réalisation de cette veillée sur le « Campus Fidei », à Guaratiba. Le Seigneur ne voudrait-il pas nous dire que le vrai champ de la foi, le vrai « Campus Fidei », n’est pas un lieu géographique, mais que nous le sommes nous-mêmes ? Oui ! C’est vrai ! Chacun de nous, chacun de vous, moi, tout le monde ! Et être disciple missionnaire signifie savoir que nous sommes le Champ de la Foi de Dieu ! C’est pourquoi, en partant de l’image du Champ de la Foi, j’ai pensé à trois images qui peuvent nous aider à mieux comprendre ce que signifie être disciple-missionnaire : la première image, le champ qui est le lieu dans lequel on sème ; la seconde, le champ comme lieu d’entraînement ; et la troisième, le champ comme chantier.

 

1. Tout d’abord : Le champ comme lieu dans lequel on sème. Nous connaissons tous la parabole de Jésus qui parle d’un semeur parti jeter les semences dans son champ. Quelques unes d’entre elles tombent sur la route, au milieu des pierres, parmi les épines et ne parviennent pas à se développer. Mais d’autres tombent sur la bonne terre et produisent beaucoup de fruits (Cf. Mt 13, 1-9). Jésus lui-même explique le sens de la parabole : la semence est la Parole de Dieu qui est jetée dans nos cœurs (Cf. Mt 13, 18-23). Aujourd’hui… tous les jours, mais aujourd’hui particulièrement, Jésus sème. Lorsque nous acceptons la Parole de Dieu, alors nous sommes le Champ de la Foi ! S’il vous plaît, laissez le Christ et sa Parole entrer dans votre vie, laissez la semence de la Parole de Dieu y entrer, laissez-la germer, laissez-la grandir. Dieu fait tout, mais vous, laissez-le agir, laissez-le travailler dans cette croissance !

 

Jésus nous dit que les semences tombées au bord de la route, ou entre les pierres, ou au milieu des épines n’ont pas porté de fruit. Je crois que, honnêtement, nous pouvons nous demander : Quel type de terrain sommes-nous, quel type de terrain voulons-nous être ? Peut-être sommes-nous parfois comme la route : nous écoutons le Seigneur, mais rien ne change dans notre vie, parce que nous nous laissons étourdir par beaucoup d’attraits superficiels que nous écoutons ; moi, je vous demande, mais ne répondez pas maintenant, que chacun réponde dans son cœur : suis-je un jeune, une jeune, distrait ? Ou nous sommes comme le terrain pierreux : nous accueillons avec enthousiasme Jésus, mais nous sommes inconstants, devant les difficultés nous n’avons pas le courage d’aller à contre-courant. Que chacun de nous réponde dans son cœur : Suis-je courageux ou suis-je un lâche ? Ou nous sommes comme le terrain avec les épines : les choses, les passions négatives étouffent en nous les paroles du Seigneur (cf. Mt 13, 18-22). Dans mon cœur, ai-je l’habitude de jouer deux rôles : faire bonne figure avec Dieu et faire bonne figure avec le Diable ? Vouloir recevoir la semence de Jésus et arroser en même temps les épines et les mauvaises herbes qui se cachent dans mon cœur ? Mais aujourd’hui, je suis certain que la semence peut tomber dans la bonne terre. Écoutons ces témoins, écoutons comment la semence est tombée dans la bonne terre. « Non, Père, je ne suis pas de la bonne terre, je suis une calamité, je suis plein de pierres, d’épines, de tout ». Oui, c’est possible que cela soit en superficie, mais libère une portion, une petite portion de bonne terre, et laisse la semence y tomber et tu verras comment elle germera. Je sais que vous voulez être un bon terrain, vraiment des chrétiens, non pas des chrétiens part-time, non des chrétiens « empesés », hautains et distants, de façon à ressembler à des chrétiens mais, au fond, au fond, sans rien faire ; non pas des chrétiens de façade, ces chrétiens qui le sont simplement en apparence, mais des chrétiens authentiques. Je sais que vous ne voulez pas vivre dans l’illusion d’une liberté inconsistante qui se laisse entraîner par les modes et les convenances du moment. Je sais que vous visez haut, vous voulez faire des choix définitifs qui donnent plein sens. C’est ainsi ou bien je me trompe ? C’est ainsi ? Bien ! si c’est ainsi, faisons une chose : tous en silence, regardons notre cœur et que chacun dise à Jésus qu’il veut recevoir la semence. Dites à Jésus : regarde, Jésus, les pierres qu’il y a, regarde les épines, regarde les mauvaises herbes, mais regarde cette petite portion de terre que je t’offre pour que la semence y entre. En silence, laissons entrer la semence de Jésus. Souvenez-vous de ce moment, chacun de nous connaît le nom de la semence qui y est entrée. Laissez-la grandir, et Dieu en prendra soin.

 

2. Le champ. En plus d’être un lieu dans lequel on sème, le champ est un lieu d’entraînement. Jésus nous demande de le suivre toute la vie, il nous demande d’être ses disciples, de « jouer dans son équipe ». La majorité d’entre vous aime le sport. Et ici, au Brésil, comme en d’autres pays, le football est une passion nationale. Oui ou non ? Et bien, que fait un joueur quand il est appelé à faire partie d’une équipe ? Il doit s’entraîner, et s’entraîner beaucoup ! Il en est ainsi de notre vie de disciple du Seigneur. Saint Paul, en décrivant les chrétiens, nous dit : « Tous les athlètes s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour gagner une couronne qui va se faner, et nous pour une couronne qui ne se fane pas » (1 Co 9, 25). Jésus nous offre quelque chose de supérieur à la Coupe du monde ! Quelque chose de supérieur à la Coupe du monde ! Jésus nous offre la possibilité d’une vie féconde, d’une vie heureuse, et il nous offre aussi un avenir avec lui qui n’aura pas de fin, dans la vie éternelle. C’est ce que nous offre Jésus. Mais il nous demande de payer l’entrée, et l’entrée c’est que nous nous entrainions pour « être en forme », pour affronter sans peur toutes les situations de la vie, en témoignant de notre foi. Par le dialogue avec lui : la prière. Père, maintenant, tu nous fais prier tous ? Non ? Je te demande… mais répondez dans votre cœur, pas à haute voix, mais dans le silence : est-ce que je prie ? Que chacun réponde. Est-ce que je parle avec Jésus ou bien ai-je peur du silence ? Est-ce que je laisse l’Esprit Saint parler dans mon cœur ? Je demande à Jésus : que veux-tu que je fasse, que veux-tu de ma vie ? C’est cela s’entraîner. Demandez à Jésus, parlez avec Jésus. Et si vous commettez une erreur dans la vie, si vous faites une glissade, si vous faites quelque chose de mal, n’ayez pas peur. Jésus, regarde ce que j’ai fait ! Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? Mais parlez toujours avec Jésus, dans le bien comme dans le mal, quand vous faites une chose bonne ou quand vous faites une chose mauvaise. N’ayez pas peur de lui ! C’est cela la prière. Et avec cela, vous vous entrainez dans le dialogue avec Jésus, dans ce fait d’être disciple missionnaire ! Par les sacrements, qui font grandir en nous sa présence. Par l’amour fraternel, par l’écoute, la compréhension, le pardon, l’accueil, l’aide de l’autre, de toute personne, sans exclure, sans mettre en marge. Chers jeunes, soyez de vrais « athlètes du Christ ».

 

3. Enfin : le champ comme chantier. Ici, nous voyons comment on a pu construire ceci, précisément ici : les jeunes ont commencés à bouger, ils se sont engagés et ils ont construit l’Église. Quand notre cœur est une bonne terre qui accueille la Parole de Dieu, quand « on mouille le maillot» en cherchant à vivre comme chrétiens, nous expérimentons quelque chose de grand : nous ne sommes jamais seuls, nous faisons partie d’une famille de frères qui parcourent le même chemin, nous faisons partie de l’Église. Ces jeunes n’étaient pas seuls, mais ils ont cheminé ensemble et ils ont construit l’Église, ils ont réalisé ensemble ce qu’a fait saint François ; construire, réparer l’Église. Je te demande : voulez-vous construire l’Église ? [Oui…] Vous mettez-vous en mouvement pour le faire ? [Oui…] Et demain, oublieriez-vous ce « oui » que vous avez dit ? [Non…]. Cela me plaît ! Nous faisons partie de l’Église, ou plutôt nous devenons les constructeurs de l’Eglise et les protagonistes de l’histoire. S’il vous plaît, chers jeunes : ne vous mettez pas à la « queue » de l’histoire. Soyez-en les protagonistes. Jouez en attaque ! Tirez en avant, construisez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité, de solidarité. Jouez toujours en attaque ! Saint Pierre nous dit que nous sommes pierres vivantes qui forment un édifice spirituel (Cf. 1 P 2, 5). Et nous regardons cette estrade, on voit qu’elle a la forme d’une église construite avec des pierres vivantes. Dans l’Église de Jésus nous sommes, nous, les pierres vivantes, et Jésus nous demande de construire son Église ; chacun de nous est une pierre vivante, est un élément de la construction, et, quand vient la pluie, s’il manque cet élément, il y a des infiltrations, et l’eau pénètre dans la maison. Et ne construisons pas une petite chapelle qui ne peut contenir qu’un petit groupe de personnes. Jésus nous demande que son Église vivante soit grande au point de pouvoir accueillir l’humanité entière, qu’elle soit la maison de tous ! Il dit à toi, à moi, à chacun : « Allez, et de tous les peuples faites des disciples ». Ce soir, répondons-lui : Oui, Seigneur, moi aussi je veux être une pierre vivante ; ensemble, nous voulons édifier l’Église de Jésus ! Je veux aller et être constructeur de l’Église du Christ ! Êtes-vous prêts à le répéter ? Je veux aller et être constructeur de l’Église du Christ, voyons maintenant … [les jeunes le répètent]. Vous devez vous rappeler ensuite que vous l’avez dit ensemble.

 

Ton cœur, cœur jeune, veut construire un monde meilleur. Je suis les nouvelles du monde et je vois que  de nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. Les jeunes sur les routes. Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement ! Vous, vous êtes ceux qui ont l’avenir ! Vous… Par vous l’avenir entre dans le monde. Je vous demande aussi d’être protagonistes de ce changement. Continuez à vaincre l’apathie, en donnant une réponse chrétienne aux inquiétudes sociales et politiques, présentes dans diverses parties du monde. Je vous demande d’être constructeurs du monde, de vous mettre au travail pour un monde meilleur. Chers jeunes, s’il vous plaît, ne regardez pas la vie « du balcon », mettez-vous en elle, Jésus n’est pas resté au balcon, il s’est immergé ; ne regardez pas la vie « du balcon », immergez-vous en elle comme l’a fait Jésus.

 

Demeure cependant une question : par où commençons-nous? à qui demandons-nous de commencer cela ? Par où commençons-nous ? Une fois on a demandé à Mère Theresa de Calcutta ce qui devait changer dans l’Église, si nous voulons commencer, par quel mur ? Par où – a-t-on demandé à Mère Theresa – faut-il commencer ? Par toi et par moi ! répondit-elle.  Elle avait de la poigne cette femme ! Elle savait par où commencer. Aujourd’hui, moi aussi, je vole la parole à Mère Theresa, et je te dis : commençons ? Par où ? Par toi et par moi ! Que chacun, une fois encore en silence, se demande : si je devais commencer par moi, par où commencerais-je ? Que chacun ouvre son cœur pour que Jésus lui dise par où commencer.

 

Chers amis, n’oubliez pas : vous êtes le champ de la foi ! Vous êtes les athlètes du Christ ! Vous êtes les constructeurs d’une Église plus belle et d’un monde meilleur. Levons les yeux vers la Madone. Elle aide à suivre Jésus, elle nous donne l’exemple par son « oui » : « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Nous le disons nous aussi, ensemble avec Marie, à Dieu : Que tout se passe pour moi selon ta parole. Ainsi soit-il.

VEILLÉE DE PRIÈRE AVEC LES JEUNES

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Rio de Janeiro – Copacabana
Samedi 27 juillet 2013
 

Chers jeunes,

veilléeEn vous regardant présents ici, me vient à l’esprit l’histoire de saint François d’Assise. Devant le Crucifix il entend la voix de Jésus qui lui dit : « François, va et répare ma maison ». Et le jeune François répond avec rapidité et générosité à cet appel du Seigneur : réparer sa maison. Mais quelle maison ? Peu à peu il s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas de faire le maçon et de réparer un édifice de pierres, mais de donner sa contribution à la vie de l’Église ; il s’agissait de se mettre au service de l’Église, en l’aimant et en travaillant, pour qu’en elle se reflète toujours davantage le Visage du Christ.

Aujourd’hui aussi, le Seigneur continue à avoir besoin de vous, les jeunes, pour son Église. Chers jeunes, le Seigneur a besoin de vous ! Aujourd’hui aussi, il appelle chacun de vous à le suivre dans son Église et à être missionnaire. Chers jeunes, le Seigneur vous appelle aujourd’hui ! Non pas en désordre ! À toi, à toi, à toi, à chacun. Écoutez dans votre cœur ce qu’il vous dit. Je pense que nous pouvons apprendre quelque chose de ce qui s’est passé ces jours-ci, du comment nous avons dû annuler, à cause du mauvais temps, la réalisation de cette veillée sur le « Campus Fidei », à Guaratiba. Le Seigneur ne voudrait-il pas nous dire que le vrai champ de la foi, le vrai « Campus Fidei », n’est pas un lieu géographique, mais que nous le sommes nous-mêmes ? Oui ! C’est vrai ! Chacun de nous, chacun de vous, moi, tout le monde ! Et être disciple missionnaire signifie savoir que nous sommes le Champ de la Foi de Dieu ! C’est pourquoi, en partant de l’image du Champ de la Foi, j’ai pensé à trois images qui peuvent nous aider à mieux comprendre ce que signifie être disciple-missionnaire : la première image, le champ qui est le lieu dans lequel on sème ; la seconde, le champ comme lieu d’entraînement ; et la troisième, le champ comme chantier.

1. Tout d’abord : Le champ comme lieu dans lequel on sème. Nous connaissons tous la parabole de Jésus qui parle d’un semeur parti jeter les semences dans son champ. Quelques unes d’entre elles tombent sur la route, au milieu des pierres, parmi les épines et ne parviennent pas à se développer. Mais d’autres tombent sur la bonne terre et produisent beaucoup de fruits (Cf. Mt 13, 1-9). Jésus lui-même explique le sens de la parabole : la semence est la Parole de Dieu qui est jetée dans nos cœurs (Cf. Mt 13, 18-23). Aujourd’hui… tous les jours, mais aujourd’hui particulièrement, Jésus sème. Lorsque nous acceptons la Parole de Dieu, alors nous sommes le Champ de la Foi ! S’il vous plaît, laissez le Christ et sa Parole entrer dans votre vie, laissez la semence de la Parole de Dieu y entrer, laissez-la germer, laissez-la grandir. Dieu fait tout, mais vous, laissez-le agir, laissez-le travailler dans cette croissance !

Jésus nous dit que les semences tombées au bord de la route, ou entre les pierres, ou au milieu des épines n’ont pas porté de fruit. Je crois que, honnêtement, nous pouvons nous demander : Quel type de terrain sommes-nous, quel type de terrain voulons-nous être ? Peut-être sommes-nous parfois comme la route : nous écoutons le Seigneur, mais rien ne change dans notre vie, parce que nous nous laissons étourdir par beaucoup d’attraits superficiels que nous écoutons ; moi, je vous demande, mais ne répondez pas maintenant, que chacun réponde dans son cœur : suis-je un jeune, une jeune, distrait ? Ou nous sommes comme le terrain pierreux : nous accueillons avec enthousiasme Jésus, mais nous sommes inconstants, devant les difficultés nous n’avons pas le courage d’aller à contre-courant. Que chacun de nous réponde dans son cœur : Suis-je courageux ou suis-je un lâche ? Ou nous sommes comme le terrain avec les épines : les choses, les passions négatives étouffent en nous les paroles du Seigneur (cf. Mt 13, 18-22). Dans mon cœur, ai-je l’habitude de jouer deux rôles : faire bonne figure avec Dieu et faire bonne figure avec le Diable ? Vouloir recevoir la semence de Jésus et arroser en même temps les épines et les mauvaises herbes qui se cachent dans mon cœur ? Mais aujourd’hui, je suis certain que la semence peut tomber dans la bonne terre. Écoutons ces témoins, écoutons comment la semence est tombée dans la bonne terre. « Non, Père, je ne suis pas de la bonne terre, je suis une calamité, je suis plein de pierres, d’épines, de tout ». Oui, c’est possible que cela soit en superficie, mais libère une portion, une petite portion de bonne terre, et laisse la semence y tomber et tu verras comment elle germera. Je sais que vous voulez être un bon terrain, vraiment des chrétiens, non pas des chrétiens part-time, non des chrétiens « empesés », hautains et distants, de façon à ressembler à des chrétiens mais, au fond, au fond, sans rien faire ; non pas des chrétiens de façade, ces chrétiens qui le sont simplement en apparence, mais des chrétiens authentiques. Je sais que vous ne voulez pas vivre dans l’illusion d’une liberté inconsistante qui se laisse entraîner par les modes et les convenances du moment. Je sais que vous visez haut, vous voulez faire des choix définitifs qui donnent plein sens. C’est ainsi ou bien je me trompe ? C’est ainsi ? Bien ! si c’est ainsi, faisons une chose : tous en silence, regardons notre cœur et que chacun dise à Jésus qu’il veut recevoir la semence. Dites à Jésus : regarde, Jésus, les pierres qu’il y a, regarde les épines, regarde les mauvaises herbes, mais regarde cette petite portion de terre que je t’offre pour que la semence y entre. En silence, laissons entrer la semence de Jésus. Souvenez-vous de ce moment, chacun de nous connaît le nom de la semence qui y est entrée. Laissez-la grandir, et Dieu en prendra soin.

2. Le champ. En plus d’être un lieu dans lequel on sème, le champ est un lieu d’entraînement. Jésus nous demande de le suivre toute la vie, il nous demande d’être ses disciples, de « jouer dans son équipe ». La majorité d’entre vous aime le sport. Et ici, au Brésil, comme en d’autres pays, le football est une passion nationale. Oui ou non ? Et bien, que fait un joueur quand il est appelé à faire partie d’une équipe ? Il doit s’entraîner, et s’entraîner beaucoup ! Il en est ainsi de notre vie de disciple du Seigneur. Saint Paul, en décrivant les chrétiens, nous dit : « Tous les athlètes s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour gagner une couronne qui va se faner, et nous pour une couronne qui ne se fane pas » (1 Co 9, 25). Jésus nous offre quelque chose de supérieur à la Coupe du monde ! Quelque chose de supérieur à la Coupe du monde ! Jésus nous offre la possibilité d’une vie féconde, d’une vie heureuse, et il nous offre aussi un avenir avec lui qui n’aura pas de fin, dans la vie éternelle. C’est ce que nous offre Jésus. Mais il nous demande de payer l’entrée, et l’entrée c’est que nous nous entrainions pour « être en forme », pour affronter sans peur toutes les situations de la vie, en témoignant de notre foi. Par le dialogue avec lui : la prière. Père, maintenant, tu nous fais prier tous ? Non ? Je te demande… mais répondez dans votre cœur, pas à haute voix, mais dans le silence : est-ce que je prie ? Que chacun réponde. Est-ce que je parle avec Jésus ou bien ai-je peur du silence ? Est-ce que je laisse l’Esprit Saint parler dans mon cœur ? Je demande à Jésus : que veux-tu que je fasse, que veux-tu de ma vie ? C’est cela s’entraîner. Demandez à Jésus, parlez avec Jésus. Et si vous commettez une erreur dans la vie, si vous faites une glissade, si vous faites quelque chose de mal, n’ayez pas peur. Jésus, regarde ce que j’ai fait ! Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? Mais parlez toujours avec Jésus, dans le bien comme dans le mal, quand vous faites une chose bonne ou quand vous faites une chose mauvaise. N’ayez pas peur de lui ! C’est cela la prière. Et avec cela, vous vous entrainez dans le dialogue avec Jésus, dans ce fait d’être disciple missionnaire ! Par les sacrements, qui font grandir en nous sa présence. Par l’amour fraternel, par l’écoute, la compréhension, le pardon, l’accueil, l’aide de l’autre, de toute personne, sans exclure, sans mettre en marge. Chers jeunes, soyez de vrais « athlètes du Christ ».

3. Enfin : le champ comme chantier. Ici, nous voyons comment on a pu construire ceci, précisément ici : les jeunes ont commencés à bouger, ils se sont engagés et ils ont construit l’Église. Quand notre cœur est une bonne terre qui accueille la Parole de Dieu, quand « on mouille le maillot» en cherchant à vivre comme chrétiens, nous expérimentons quelque chose de grand : nous ne sommes jamais seuls, nous faisons partie d’une famille de frères qui parcourent le même chemin, nous faisons partie de l’Église. Ces jeunes n’étaient pas seuls, mais ils ont cheminé ensemble et ils ont construit l’Église, ils ont réalisé ensemble ce qu’a fait saint François ; construire, réparer l’Église. Je te demande : voulez-vous construire l’Église ? [Oui…] Vous mettez-vous en mouvement pour le faire ? [Oui…] Et demain, oublieriez-vous ce « oui » que vous avez dit ? [Non…]. Cela me plaît ! Nous faisons partie de l’Église, ou plutôt nous devenons les constructeurs de l’Eglise et les protagonistes de l’histoire. S’il vous plaît, chers jeunes : ne vous mettez pas à la « queue » de l’histoire. Soyez-en les protagonistes. Jouez en attaque ! Tirez en avant, construisez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité, de solidarité. Jouez toujours en attaque ! Saint Pierre nous dit que nous sommes pierres vivantes qui forment un édifice spirituel (Cf. 1 P 2, 5). Et nous regardons cette estrade, on voit qu’elle a la forme d’une église construite avec des pierres vivantes. Dans l’Église de Jésus nous sommes, nous, les pierres vivantes, et Jésus nous demande de construire son Église ; chacun de nous est une pierre vivante, est un élément de la construction, et, quand vient la pluie, s’il manque cet élément, il y a des infiltrations, et l’eau pénètre dans la maison. Et ne construisons pas une petite chapelle qui ne peut contenir qu’un petit groupe de personnes. Jésus nous demande que son Église vivante soit grande au point de pouvoir accueillir l’humanité entière, qu’elle soit la maison de tous ! Il dit à toi, à moi, à chacun : « Allez, et de tous les peuples faites des disciples ». Ce soir, répondons-lui : Oui, Seigneur, moi aussi je veux être une pierre vivante ; ensemble, nous voulons édifier l’Église de Jésus ! Je veux aller et être constructeur de l’Église du Christ ! Êtes-vous prêts à le répéter ? Je veux aller et être constructeur de l’Église du Christ, voyons maintenant … [les jeunes le répètent]. Vous devez vous rappeler ensuite que vous l’avez dit ensemble.

Ton cœur, cœur jeune, veut construire un monde meilleur. Je suis les nouvelles du monde et je vois que  de nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. Les jeunes sur les routes. Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement ! Vous, vous êtes ceux qui ont l’avenir ! Vous… Par vous l’avenir entre dans le monde. Je vous demande aussi d’être protagonistes de ce changement. Continuez à vaincre l’apathie, en donnant une réponse chrétienne aux inquiétudes sociales et politiques, présentes dans diverses parties du monde. Je vous demande d’être constructeurs du monde, de vous mettre au travail pour un monde meilleur. Chers jeunes, s’il vous plaît, ne regardez pas la vie « du balcon », mettez-vous en elle, Jésus n’est pas resté au balcon, il s’est immergé ; ne regardez pas la vie « du balcon », immergez-vous en elle comme l’a fait Jésus.

Demeure cependant une question : par où commençons-nous? à qui demandons-nous de commencer cela ? Par où commençons-nous ? Une fois on a demandé à Mère Theresa de Calcutta ce qui devait changer dans l’Église, si nous voulons commencer, par quel mur ? Par où – a-t-on demandé à Mère Theresa – faut-il commencer ? Par toi et par moi ! répondit-elle.  Elle avait de la poigne cette femme ! Elle savait par où commencer. Aujourd’hui, moi aussi, je vole la parole à Mère Theresa, et je te dis : commençons ? Par où ? Par toi et par moi ! Que chacun, une fois encore en silence, se demande : si je devais commencer par moi, par où commencerais-je ? Que chacun ouvre son cœur pour que Jésus lui dise par où commencer.

Chers amis, n’oubliez pas : vous êtes le champ de la foi ! Vous êtes les athlètes du Christ ! Vous êtes les constructeurs d’une Église plus belle et d’un monde meilleur. Levons les yeux vers la Madone. Elle aide à suivre Jésus, elle nous donne l’exemple par son « oui » : « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Nous le disons nous aussi, ensemble avec Marie, à Dieu : Que tout se passe pour moi selon ta parole. Ainsi soit-il.

MESSE DE CLOTURE DE LA XXVIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Rio de Janeiro – Copacabana
Dimanche 28 juillet 2013

Chers frères et sœurs,
Chers jeunes !

autel« Allez, et de toutes les nations faites des disciples ». Par ces mots, Jésus s’adresse à chacun de vous en disant : « cela a été beau de participer aux Journées mondiales de la Jeunesse, de vivre la foi avec des jeunes provenant des quatre coins du monde, mais maintenant tu dois aller et transmettre cette expérience aux autres ». Jésus t’appelle à être disciple en mission ! Aujourd’hui, à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons entendue, que nous dit le Seigneur ? Que nous dit le Seigneur ? Trois paroles : Allez, sans peur, pour servir.

1. Allez. Ces jours-ci, à Rio, vous avez pu faire la belle expérience de rencontrer Jésus, et de le rencontrer ensemble ; vous avez senti la joie de la foi. Mais l’expérience de cette rencontre ne peut rester renfermée dans votre vie ou dans le petit groupe de votre paroisse, de votre mouvement, de votre communauté. Ce serait comme priver d’oxygène une flamme qui brûle. La foi est une flamme qui est d’autant plus vivante qu’elle se partage, se transmet, afin que tous puissent connaître, aimer et professer Jésus Christ qui est le Seigneur de la vie et de l’histoire (Cf. Rm 10, 9).

Cependant attention ! Jésus n’a pas dit : si vous voulez, si vous avez le temps, allez, mais il a dit : « Allez, et de toutes les nations faites des disciples ». Partager l’expérience de la foi, témoigner la foi, annoncer l’Évangile est le mandat que le Seigneur confie à toute l’Église, et aussi à toi. Mais c’est un commandement, qui ne vient pas d’un désir de domination, d’un désir de pouvoir, mais de la force de l’amour, du fait que Jésus en premier est venu parmi nous et ne nous a pas donné quelque chose de lui, mais il nous a donné lui-même tout entier ; il a donné sa vie pour nous sauver et nous montrer l’amour et la miséricorde de Dieu. Jésus ne nous traite pas en esclaves, mais en personnes libres, en amis, en frères ; et non seulement il nous envoie, mais il nous accompagne, il est toujours à nos côtés dans cette mission d’amour.

Où nous envoie Jésus ? Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Évangile est pour tous et non pour quelques uns. Il n’est pas seulement pour ceux qui semblent plus proches, plus réceptifs, plus accueillants. Il est pour tous. N’ayez pas peur d’aller, et de porter le Christ en tout milieu, jusqu’aux périphéries existentielles, également à celui qui semble plus loin, plus indifférent. Le Seigneur est à la recherche de tous, il veut que tous sentent la chaleur de sa miséricorde et de son amour.

Plus particulièrement, je voudrais que ce mandat du Christ : « Allez » résonne en vous, jeunes de l’Église d’Amérique Latine, engagés dans la mission continentale promue par les Évêques. Le Brésil, l’Amérique Latine, le monde a besoin du Christ ! Saint Paul dit : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16). Ce continent a reçu l’annonce de l’Évangile, qui a fait son chemin et a porté beaucoup de fruits. Maintenant cette annonce est confiée aussi à vous, pour qu’elle résonne avec une force renouvelée. L’Église a besoin de vous, de l’enthousiasme, de la créativité et de la joie qui vous caractérisent. Un grand apôtre du Brésil, le bienheureux José de Anchieta, est parti en mission quand il avait seulement dix neuf ans. Savez-vous quel est le meilleur instrument pour évangéliser les jeunes ? Un autre jeune. Voilà la route que tous vous devez parcourir.

2. Sans peur. Quelqu’un pourrait penser : « je n’ai aucune préparation spéciale, comment puis-je aller et annoncer l’Évangile ? » Cher ami, ta peur n’est pas très différente de celle de Jérémie, venons-nous d’entendre dans la lecture, quand il a été appelé par Dieu pour être prophète. « Oh ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je ne suis qu’un enfant ». Dieu dit, à vous aussi, ce qu’il a dit à Jérémie : « ne crains pas […] car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 7.8). Il est avec nous !

« N’aie pas peur ! » Quand nous allons annoncer le Christ, c’est Lui-même qui nous précède et nous guide. En envoyant ses disciples en mission, il a promis : « Je suis avec vous tous les jours » (Mt28, 20). Et cela est vrai aussi pour nous ! Jésus ne laisse jamais personne seul ! Il nous accompagne toujours.

De plus, Jésus n’a pas dit : « Va », mais « allez » : nous sommes envoyés ensemble. Chers jeunes, percevez la présence de l’Église tout entière et de la communion des Saints dans cette mission. Quand nous affrontons ensemble les défis, alors nous sommes forts, nous découvrons des ressources que nous ne pensions pas avoir. Jésus n’a pas appelé les Apôtres pour qu’ils vivent isolés, il les a appelés pour former un groupe, une communauté. Je voudrais m’adresser aussi à vous, chers prêtres, qui concélébrez avec moi cette Eucharistie : vous êtes venus accompagner vos jeunes, et cela est beau de partager cette expérience de foi ! Elle vous a certainement rajeunis tous. Le jeune transmet la jeunesse. Mais c’est seulement une étape du chemin. S’il vous plaît, continuez à les accompagner avec générosité et avec joie, aidez-les à s’engager activement dans l’Église ; qu’ils ne se sentent jamais seuls. Et je désire remercier ici, de tout cœur, les groupes chargés de la pastorale des jeunes, les mouvements et les communautés nouvelles qui accompagnent les jeunes dans leur expérience d’être Église, si créatifs et si audacieux. Avancez et n’ayez pas peur !

3. La dernière parole : pour servir. Au début du Psaume que nous avons proclamé il y a ces mots : « Chantez au Seigneur un chant nouveau » (95, 1). Quel est ce chant nouveau ? Ce ne sont pas des paroles, ce n’est pas une mélodie ; c’est le chant de votre vie, c’est le fait de laisser votre vie s’identifier à celle de Jésus, c’est avoir ses sentiments, ses pensées, ses actions. Et la vie de Jésus est une vie pour les autres, la vie de Jésus est une vie pour les autres. C’est une vie de service.

Saint Paul, dans la lecture que nous venons d’entendre disait : « Je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible » (1 Co 9, 19). Pour annoncer Jésus, Paul s’est fait « serviteur de tous ». Évangéliser, c’est témoigner en premier l’amour de Dieu, c’est dépasser nos égoïsmes, c’est servir en nous inclinant pour laver les pieds de nos frères comme a fait Jésus.

Trois paroles : Allez, sans peur, pour servir. Allez, sans peur, pour servir. En suivant ces trois paroles vous expérimenterez que celui qui évangélise est évangélisé, celui qui transmet la joie de la foi, reçoit davantage la joie. Chers jeunes, en retournant chez vous n’ayez pas peur d’être généreux avec le Christ, de témoigner de son Évangile. Dans la première lecture quand Dieu envoie le prophète Jérémie, il lui donne pouvoir « pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter » (Jr 1, 10). Il en est de même pour vous. Porter l’Évangile c’est porter la force de Dieu pour arracher et démolir le mal et la violence ; pour détruire et abattre les barrières de l’égoïsme, de l’intolérance et de la haine ; pour édifier un monde nouveau. Chers jeunes : Jésus Christ compte sur vous ! L’Église compte sur vous ! Le Pape compte sur vous ! Marie, la Mère de Jésus et notre Mère vous accompagne toujours de sa tendresse : « allez et de toutes les nations faites des disciples ». Amen.

 

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