L'église de Bretagnolles est un édifice d'assez grandes dimensions construit en moellons à l'époque romane mais remaniée aux X111e, XIVe et XVIIe siècles. k plan est rectangulaire ; une tour est accolée au flanc septentrional du chœur. La nef a conservé de son origine romane quelques étroites ouvertures cintrées au nord. La tour épaulée par des contreforts d'angle et percée de baies cintrées romanes au rez-de-chaussée de baies en cintre brisé à l'étage supérieur, a été terminée au XIIIe siècle, elle a reçu au XVIle une toiture quadrangulaire (cloche de 1582). Un porche en pierres du X Vile siècle précède la porte occidentale du X Ille siècle. Le chœur, édifié en pierre, présente une corniche moulurée en bois de Ici fin du XVe siècle et des baies cintrées du. XVIe siècle. A l'intérieur de la nef on remarquera une corniche en quart-de-rond soutenant les poutres de la charpente apparente dont les chandelles reposent sur le sol.


Le grand intérêt de l'église de Bretagnolles réside dans les boiseries de fin des XVe et XVIe siècles, sorites du même atelier que les fameuses clôtures des chapelles de la cathédrale d'Evreux. Ce sont la balustrade des fonts baptismaux et leur baldaquin octogonal porté par quatre colonnes (XVIe), le dais du maître-hôtel (XVe) et c'était aussi la balustrade de l'escalier de la tour. La décoration de l'ensemble est de la plus charmante élégance, le style, en général flamboyant annonce déjà la Renaissance par certains détails. Curieuses statues des XIVe, XVe et XVIe siècles. Bonnes toiles du XVIIe. Contretable Louis XIII

En 1249, Bouchard de Marly, époux d'une Carencières qui lui avait apporté Bretagnolles en dot, vendit à Blanche de Castille la baronnie de Bretagnolles. Celle-ci la donna à l'Abbaye de Maubuisson et obtint que l'Abbaye d'Abbécourt (de l'Ordre des Prémomtés, commune d'Orgeval dans les Yvelines) qui possédait le patronage de la paroisse, la concéda par échange à l'Abbaye de Maubuisson, près de Pontoise (Val d'Oise), qu'elle avait fondée en 1236. En 1237, Luc, évêque d'Evreux, confirma cet échange. Plus tard, saint Louis confirme ces donations en 1256 et les abbesses du couvent de Maubuisson furent dès lors baronnes de Bretagnolles.

Inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, l'église de Bretagnolles, dédiée à Notre Dame, est un magnifique édifice construit en moellons de plan rectangulaire d'origine romane. L'ensemble, a été remanié aux Xllle, XVe, XVIe, XVlle siècles. Du XIlème siècle subsiste le côté septentrional de la nef, percé d'étroites ouvertures cintrées, aujourd'hui murées et la base de la tour accolée au flanc septentrional du choeur, qui a été achevé au XIlle siècle, elle est épaulée par de puissants contre forts à cinq glacis et éclairée de baies cintrées romanes à la base et de baies en cintre brisé à l'étage supérieur. Au XVIle siècle, la tour a reçu une toiture quadrangulaire surmontée d'un élégant campanile qui lui donne tout son charme ; celui-ci a été restauré en 1958, le dôme a été recouvert à cette époque de cuivre plombé et la lanterne mise en valeur par la suppression des planches qui obstruaient les ouvertures. Le clocher ressemble beaucoup à celui de l'église Saint-Evroult de Damville, de la même époque. La charpente du clocher, du )(Vie siècle est soutenue par des chandelles moulurées. Le clocher conserve une cloche de 1582 (classée Monument Historique) portant l'inscription : «1582 M.V. Moullard, curé M.I. Chefdeville n. V.M.F.», et une autre de 1843. La façade occidentale de l'édifice, du XVème siècle, présente une porte à cintre surbaissé, encadrée par deux puissants contreforts à deux glacis, abritée par un porche en moellons et pierre du XVlle siècle. Les portes ouest et nord s'ornent de vantaux en bois sculpté du )(Ville siècle. Sous le porche, au-dessus de la porte de la nef, se devinent des fresques du XVe siècle (?) entourées d'hermines de Bretagne noires sur fond grisâtre, peut-être une fantaisie de l'artiste par rapport au nom du village.

Le côté méridional de la nef, en silex et le choeur, en pierre, ont été édifiés à la fin du XVe siècle et percés au XVIIe siècle de larges et hautes baies cintrées. Accolée au chevet, la sacristie a été édifiée au XVllle siècle en silex et chaînage de briques. Le choeur présente une corniche de bois moulurée de la fin du XVe siècle, et la nef, une corniche en quart-de-rond soutenant les poutres de la charpente apparente, dont les chandelles reposent sur le sol le long des murs. Elles ont gardé, sous un badigeon, un décor peint d'arabesques, comme en l'église Saint-Pierre de Quessigny.

L'intérêt de cette église réside aussi dans son sompteux mobilier, dont les fameuses boiseries de la fin du XVe siècle et du début du XVIe qui seraient l'oeuvre du même atelier de huchiers que les clôtures des chapelles du choeur de la cathédrale Notre-Dame d'Evreux. Ces boiseries, d'époque François 1er, de la plus charmante élégance, de style flamboyant, annoncent déjà la Renaissance par certains détails, Les fonts baptismaux du XVIe siècle, en pierre, ornés de feuillages sculptés, sont abrités par un baldaquin en bois du »le siècle, décoré de figurines, d'arabesques et de feuillage, porté par quatre colonnes richement ciselées. Au centre du plafond de ce baldaquin, un bas-relief représente le baptême du Christ au Jourdain, cette pièce de bois a malheureusement été volée en 1961. Une longue inscription latine se déroule en frise «NISI QVIS RENATVS EVERIT EXAQUA ET SPIRITV SANTO NON POTEST INTROIRE INRECNUM DEI... Joan III

«Aucun homme s'il ne renaît de l'eau et de l'esprit Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu...».

Les quatre colonnes sont closes à hauteur d'appui par une balustrade ajourée(réseaux flamboyants) reposant sur un
soubassement décoré de losanges. L'oeuvre était autrefois peinte ; une visite avant la dernière guerre la décrit ainsi : «Le monument a heureusement (!) conservé sa décoration azur, pourpre avec rechampis* de blanc». Au-dessus du maître-autel, un baldaquin en bois monumental de la fin du XVe siècle dont le dais est orné de réseaux finement sculptés et d'un décor peint représentant, sur fond azur, un semis de fleurs de lys. Ce dais fut-il exécuté pour cette église, ou provient-il de l'abbaye royale de Maubuisson ? L'édifice conservait un rare escalier elliptique, dans la tour-clocher, avec une balustrade du XVlème siècle richement sculptée qui fut vendue par le Conseil Municipal en 1906, approuvé par les autorités préfectorales, à un antiquaire d'Evreux, qui s'était aussi proposé généreusement pour acheter le baptistère, qui est un des plus beaux de France !

Le mur du chevet s'orne d'un fastueux maître-autel du Xllle siècle, de style Louis XIII, qui n'a pas dû être fait à l'origine pour Bretagnolles, il provient certainement de l'église abbatiale de Maubuisson, une abbesse a dû faire élever un nouvel autel au XVIlle siècle pour l'abbatiale et envoya celui-ci dans l'une de ses propriétés normandes. L'autel tombeau peint en faux marbre gris et bleu, et doré, orné de l'agneau couché sur le livre des 7 sceaux, est surmonté d'un élégant tabernacle à cinq niches ne contenant plus

* RECHAMPIR : Marquer les contours d'un ornement par l'opposition de couleurs différentes.


que quatre statuettes. La contretable encadrée par quatre colonnes torsadées à pampres de vigne, à chapiteaux corinthiens surmontés d'un fronton brisé, est ornée d'une belle toile du XVIlle siècle, non signé représentant la Présentation au Temple, surmontée d'une tête d'angelot dorée. Le fronton représentant le triangle trinitaire dans les nuées est encadré de deux petits anges adorateurs, en bois doré et de deux urnes enflammées. Encadrant la contretable, les deux ailes ont dû s'adapter à un chevet trop petit, en effet il manque les volutes, niais toutefois l'ensemble ne manque pas d'équilibre. Dans des niches à coquille surmontant les portes d'accès à la sacristie, deux statues du XVIle siècle, Notre-Dame la Royale (très belle Vierge à l'Enfant en bois polychrome), patronne de Maubuisson et saint Louis, fils de Blanche de Castille, fondatrice de l'abbaye dont il fut un généreux bienfaiteur, sont encadrés par des pilastres, supportant un fronton brisé, orné de trois urnes ; dont seule celle centrale est enflammée. L'ensemble, classé Monument Historique, fut restauré après la dernière guerre, à cette occasion l'identité de saint Louis fut connue : la couronne avait été sciée ainsi que les attributs royaux qu'il tenait : le sceptre et la main de justice, probablement lors des troubles

 

bel ensemble de bois sculpté du XVIe siècle ; le Christ crucifié surmonte une tête de mort (symbole de Golgotha) encoure de la Vierge de Pitié, saint Jean et sainte Madeleine à genoux. Deux statues du XVIIe siècle : saint Jean-Baptiste, en bois, du sculpteur rouennais Michel Lourdel, surmontant une gracieuse piscine sculptée et tin Saint Sébastien enterre cuite seule statue de l'édifice non classée.

 

La peinture est représentée par une toile du XVIIe siècle, l'Annonciation, dans un cadre dore ovale ; une autre Annonciation du XVIIIe siècle, toile donnée par Renos Chéron et Madeleine Tieu, sa femme et deux tableaux du XIXe siècle (sous la Restauration) Vierge et saint Louis, roi de France, en prière devant la croix, Plusieurs pierres tombales du XVIe siècle et XVIIe siècle garnissent le pavé de l'église. Dans le choeur, pierre tombale de l'écuyer, seigneur de... et de Flexanville, décédé en 1650 ; celle près des fonts baptismaux est intéressante à plus d'un titre. La dalle est ornée simplement d'arabesques, l'inscription est en latin, seuls quelques mots sont effacés : «ci-gît le corps du Très Noble seigneur Charles Azias de Préssensé, chevalier... des troupes du Roi de France. Quelque fallacieux que fut l'enseignement de l'hérésie, il confessa la vrai Foi et mourut d'une illustre mort, l'an de Jésus-Christ 1590». Charles Azias de Préssensé devait être un huguenot fraîchement converti, se battant derrière le panache blanc d'Henri IV. Il a dû trouver la mort dans un des combats qui se déroulèrent à moins de 2 km de Bretagnolles, entre Epieds et Serez, contre les Ligueurs du duc de Mayenne. L'emplacement de la pierre tombale, non loin du baptistère, est tout à fait symbolique et la sentence de la frise illustre bien les dangers de l'hérésie ! Le pavé de cette église contient d'autres dalles funéraires et des dalles du XVIe siècle qu'il faut à tout prix préserver,

 Cet édifice est bien sûr l'objet de tous les soins de la municipalité qui mérite amplement nos félicitations, aidée par l'Association de sauvegarde de l'église, qui par des manifestations culturelles : concerts, visites,brochures, cartes postales... oeuvrent à la connaisance de ce joyau d'art et d'architecture ! Après avoir restauré les vitraux du côté sud, la voûte du choeur, la toiture de la sacristie, la commune envisage la restauration du vitrail nord du choeur et à plus longue échéance : la restauration de la voûte de la nef qui en a besoin. En 1981, la commune a fait protéger le mobilier par la fixation de la statuaire et l'installation d'un système d'alarme, sur les conseils de la Conservation des Antiquités et Objets d'Arts.

 Cet édifice se trouve très bien entretenu, desservi de temps en temps et dans un environnement des plus soigné : du côté nord l'ancien presbytère a été admirablement restauré par un particulier qui s'offre une magnifique vue sur le sanctuaire ; du côté nord, le cimetière, impeccable, s'orne d'un calvaire qui présente quelques fissures (!), la municipalité va entreprendre l'agrandis­sement en conservant le caractère ancien par la sauvegarde de vieux murs.

 

Non loin de l'église, se dressent les vestiges du château des baronnes de Bretagnolles, il n'en subsiste plus qu'une porte cintrée et voûtée d'époque Henri IV surmontée d'un écusson mutilé à la Révolution et d'un fronton triangulaire et une grange à pans de bois sur solins de silex vient d'être transformée en résidence. Près de la petits mairie, édifiée en 1905, subsiste le prétoire avec une porte d'entrée en cintre brisé et la prison. Ce bâtiment à pans de bois, dont la charpente est soutenue par des chandelles comme dans l'église, possède à l'étage la chambre de justice et au rez-de-chaussée la prison. Racheté récemment, sa restauration est envisagée, on ne peut que s'en réjouir car c'est un des rares témoignages de l'architecture civile du XVIe siècle dans les environs de Saint-André.

 

Sources :

 

- Archives de l'Eure

 

- Conservation des Antiquités et Objets d'Art de l'Eure

 

- Notes de M. Foubert, un ancien maire de Bretagnolles qui s'était intéressé à l'histoire locale. - L'église de Brelagnolles, notice par l'Association de sauvegarde de l'église.

 

- Courrier de l'Eure (30 septembre 1898),Paris­Normandie, Nouvelles - Pacy,

 

- Nouvelles de l'Eure n°1.

 

Photographies et maquette Christian Julia.

 

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