Saint-Aubin

       de

Pacy-sur-Eure

Par Armelle Biclet

Agrégée ès lettres classiques

Licence canonique de théologie à l’Institut Catholique de Paris,

Spécialité de Théologie des Arts

Sommaire :

Introduction                                                                                                         p.2

  1. I.L’ancrage dans l’histoirep.4
    1. A.Pacy dans l’histoirep.4
    2. B.La construction de l’églisep.5
    3. C.Saint Aubinp.6
    4. D.Le culte des saintsp.7
  2. II.Les éléments architecturaux extérieursp.9
    1. A.L’élévationp.9
      1. La montagne sacréep.10
      2. La Montagne, le Temple, la Villep.10
      3. La montéep.11
    2. B.L’orientation de l’églisep.12
    3. C.Les porchesp.13
  3. III.L’intérieur de l’églisep.13
    1. A.L’élévation des voûtesp.13
    2. B.Un chemin vers le chœurp.14
    3. C.Plan de l’église de Pacy au solp.15
      1. La croixp.15
      2. Le corps d’un hommep.15
    4. D.Le décor architecturalp.15
      1. Des formes architecturales trinitairesp.16
      2. La clé de voûtep.16
      3. Les piliers et les chapiteauxp.16
    5. E.Les vitrauxp.17
      1. Des vitraux divers et variésp.17
      2. François Décorchemontp.19
      3. Le vitrail du chevet: Ascension et Assomptionp.22
      4. Les vitraux de la chapelle de la Viergep.26
    6. F.L’autelp.30

1. Un endroit surélevé                                                                       p.30

2. « L’autel c’est le Christ »                                                  p.30

3. Le devant de l’autel                                                                      p.31

4. Les côtés de l’autel                                                            p.34

5. L’arrière de l’autel                                                             p.35

  1. G.Les objets-signes d’une églisep.37
    1. La croix du chevetp.37
    2. La croix et les pique-cierges de l’autelp.37
    3. Le baptistèrep.38
    4. Les images de la Vierge et des Saintsp.38
    5. Autres éléments de mobilierp.39

Conclusion                                                                            p.40

Bibliographie                                                                        p.41

Annexes                                                                                p.42

Introduction : Le clocher de Pacy entre dans la constitution du lieu.

Pacy-sur-Eure a pris naissance au fond d’un vallon, entre des collines qui dominent l’Eure : l’eau abondante y permet la vie, de l’homme et du bétail. Un îlot de l’Eure pouvait aussi y constituer un refuge. [Illustration 3]

Telle est sans doute la « présence originaire » qui a incité des hommes à se regrouper à cet endroit pour y habiter. La rivière y a été aussi, par la suite, source d’énergie pour faire tourner les moulins (à moudre le grain), indispensables pour fabriquer le pain, moulins dont une rue de Pacy garde le souvenir par son nom. . [Illustration 4]

Pourquoi une église et son clocher sont-ils devenus constitutifs de la physionomie de Pacy ? L’espace premier est l’espace-paysage, c’est-à-dire « l’espace dans lequel nous sommes perdus », car, dans l’espace au sens strict, il n’y a ni coordonnées ni repères.[Illustration 1] Le seul point origine, c’est celui où nous sommes. » L’horizon se déplace avec notre marche : « Dans le paysage, nous errons de ici en ici : ici toujours au centre. » « Comme dans la forêt enchantée, nous sommes ici perdus dans le monde entier ex-inscrit à l’horizon. »

Depuis les origines, l’homme a eu besoin d’ordonner l’espace autour d’un centre, « un lieu sacré » qui constitue « le centre du monde, où se renouvelle, invieillissable, une présence originaire ou un acte fondateur. » « La sacralité de l’espace en fait un lieu. Un lieu sacré peut être un espace naturel singulier : grotte, source, sommet, bois, vallon, île ou cirque. »  

      

Le sacré, en effet, est le socle archétypique commun à toute l’humanité, que la religion n’éradique pas, mais exhausse : en effet, « habiter » n’est pas seulement se constituer un abri matériel contre les intempéries. C’est aussi constituer un environnement qui, par l’architecture, permette au groupement humain de s’ordonner en tant que corps social et de communiquer avec le cosmos. Le cosmos, ce n’est justement plus l’espace où l’on se perd, mais l’univers ordonné autour d’un centre, marqué par un repère symbolique. Ce repère est donné dans le paysage par la dimension verticale,  fortement marquée par le clocher de l’église, élément visible de loin, qui émerge au-dessus des arbres et des toits des maisons d’habitation : il nous fait signe, signe qu’il y a là plus qu’une maison ordinaire ; trait d’union entre la terre et le ciel, il fait signe que, là, se noue quelque chose entre la terre et le Ciel. [Illustrations 2 et 3]

Mais, sur ce substrat largement anthropologique, c’est l’histoire qui a construit ce ‘repère’ que sont le clocher et l’église de Passy, les façonnant au début du XIIIe siècle pour une signification chrétienne. Qu’ont donc voulu signifier les constructeurs par les formes architecturales qu’ils ont données au bâtiment, car, au Moyen Age, tout est symbole, architecture, sculptures, vitraux, mobilier, tout ce qui décore l’église, en plus de sa fonction esthétique, a un sens, est chargé de dire ce qu’est ce lieu, église ; tout est fait pour signifier. L’architecture spécialement soignée du bâtiment, avec ses hautes fenêtres en ogive, avec ses frises de pierre sculptée, font de l’église un lieu de beauté : Ici se passe quelque chose de grand et de beau, qui va rendre notre vie plus grande et plus belle. Le bâtiment est grand : il est fait pour accueillir tout le monde, l’ensemble de la cité groupée autour de l’église, pour une vie ensemble où chacun a sa place.

Le décor de l’église de Pacy, dont certains éléments sont modernes, est également porteur de sens. Au-delà des constatations et des données factuelles, c’est la signification des choses que nous voudrions interroger : pourquoi c’est comme ça, et non pas autrement. Essayons de les interroger.

  1. L’ancrage dans l’histoire

Depuis quand ce ‘repère’ est-il en place ? L’église de Pacy nous invite à interroger nos racines temporelles, notre histoire.

  1. Pacy dans l’histoire

A la limite entre royaume de France et Duché de Normandie (comme encore aujourd’hui entre Ile de France et Haute-Normandie), Pacy-sur-Eure fut à plusieurs reprises, au cours de l’histoire, l’enjeu de luttes féroces. Au milieu du IXe siècle, des pirates venus de Scandinavie, les « northmans », les Normands, pillent la région. Un château fort est construit à Pacy. En 911, Charles III le Simple offre sa fille Gisèle en mariage au Viking Rollon, tandis que celui-ci accepte de se convertir au christianisme et est baptisé à Rouen. En 924, un accord attribue Pacy au nouveau duché de Normandie. Lorsque l’arrière petit-fils de Rollon, Guillaume le Conquérant, devient roi d’Angleterre, la Normandie devient fief d’Angleterre. C’est dans cette situation que Robert II, comte de Breteuil, de Leicester et seigneur de Pacy, qui va participer à la IIIe croisade menée conjointement par Philippe-Auguste et par Richard Cœur de Lion en II90- II91, avant son départ, décide de faire construire une église dans son fief de Pacy et la dédie à saint Aubin, qui fut évêque d’Angers au VIe siècle.(Voir plus loin I. C.)

La Normandie est depuis dix ans l’enjeu d’âpres luttes entre le roi de France et le roi d’Angleterre. La croisade ouvre une courte parenthèse de trêve sacrée entre Richard Cœur de Lion et Philippe-Auguste. Mais Philippe Auguste profite de la captivité de Richard en Allemagne sur le chemin du retour  (il envoie alors l’archevêque de Reims, Guillaume, son oncle, négocier la remise de Richard aux mains des Français ou faire se prolonger sa captivité) pour attaquer ses possessions en Normandie. En 1193, il prend Gisors, Neauphles et Chateauneuf, Gournay, Aumale et Eu. Il s’empare du Neubourg, d’Evreux, du Vaudreuil. Richard, libéré par le paiement d’une énorme rançon, se hâte de reparaître en Normandie en mai 1194 et reconquiert le terrain. Philippe est surpris à Fréteval près de Vendôme et perd un important butin et ses archives. Les chevaliers et les sergents à pied se concentrent dans les châteaux au sud de la Seine, (dont Pacy) et se déplacent continuellement de l’un à l’autre.

Tous les chroniqueurs, français et anglais, rapportent qu’entre 1191 et 1203, « aux ravages de la guerre que Philippe mène contre Richard en Normandie, s’ajoutent des orages de grêle, des intempéries et de mauvaises récoltes, qui produisent à leur tour des famines et font monter les prix des denrées alimentaires. Les contemporains croient que l’époque de Pharaon est revenue et que Dieu punit le pays de la perversité de ses rois (Philippe a répudié sa femme Ingueburge, le lendemain de ses noces et de son sacre, sans raison apparente). » Une trêve signée en 1196 à Gaillon n’autorise Philippe à conserver que Gisors, Neaufles et Pacy-sur-Eure (qui appartenait à Robert de Leicester). Richard construit Château-Gaillard, « le plus spectaculaire château de toute l’Europe de l’Ouest », destiné à remplacer Gisors dans la défense de la Normandie. La mort de Richard Cœur de Lion en 1199 et la mollesse de son frère Jean-sans-Terre qui lui succède, assurent la paix dans la région et sa possession par le roi de France, jusqu’à la guerre de Cent ans.

Le château de Pacy protège la frontière normande au nord-est avec Vernon, Evreux, Grosoeuvre , Le Goulet et Gaillon, sous le contrôle du prévôt de Vernon. Chevaliers et arbalétriers ne sont pas fournis par le service féodal, mais sont payés à l’année par le trésor royal, de même que l’approvisionnement en blé, lard et vin de ces châteaux. Le prévôt de Vernon engage en outre des fonds importants (connus par le registre de comptes de 1202-1203) pour compenser la perte des chevaux engagés dans des actions militaires. A Pacy, dans l’inventaire royal, se trouvent des dépôts d’arbalètes lourdes et de cottes de mailles. Il ne reste rien du château de Pacy, mais l’église demeure, qui a pu être construite au XIIIe siècle quand la paix et la prospérité sont revenues.

Cette construction se heurtait aux intérêts de l’abbaye de Lyre, puisqu’elle devait céder une partie de ses dîmes au nouveau curé de la paroisse, qui restait sous sa juridiction. L’abbaye de Lyre avait été fondée vers 1045 par Guillaume Fitz-Osbern, qui lui avait donné comme revenu la dîme de Pacy sur les forêts (qui comprennent la forêt de Breteuil), le poisson et le vin. Elle se trouvait probablement sur les bords de la rivière, entre la rue des Moulins et l’impasse de la Cité. [Illustration 4] Au XVIIe siècle, la dîme sur les grains, les moulins et les vins de Pacy ne sont plus perçus en nature mais en argent, moyennant 500 livres. Au début du XVIIIe siècle, l’église de Pacy subit de grosses réparations (notamment le clocher et les piliers de la nef), aux frais de l’abbaye de Lyre.

Pacy avait une autre abbaye sur son territoire : vers 1204, Richard, fils de Guillaume de Croisy, avait fondé dans le faubourg de Boudeville un prieuré dédié à saint Antonin, dont il avait fait don quelques années plus tard à l’abbaye de saint-Taurin, et que le pape Innocent III avait pris sous sa protection spéciale.

  1. La construction

L’église de Pacy a vu l’essentiel de sa construction dans les quarante premières années du XIIIe siècle, avec des pierres provenant des carrières de Vernon.

On a commencé par les deux travées orientales de la nef, en pierre de taille et blocage de silex, sans doute de 1200 à 1210 : on peut y remarquer l’influence de Chartres (dont les porches du transept sud sont alors en construction), qui  apparaît dans la forme des gros piliers cylindriques à l’intertransept , flanqués de quatre colonnes octogonales appliquées et de trois fûts circulaires. [Illustration 18 ]

Les deux premières travées de la nef sont terminées vers 1220 ; les parties basses du chœur et le transept sont construits entre 1230 et 1240 : on peut y noter une influence rouennaise, dans les gorges séparant les colonnettes des piliers.

Seules les croisées d’ogives des voûtes des bas-côtés de la nef et du chœur et les croisillons du transept datent de l’origine de l’édifice. Les voûtes du chœur et du carré du transept ont été montées au XVe siècle. Celles de la nef, en 1869. La voûte du croisillon nord est percée d’un trou pour la corde des cloches, ce qui laisse supposer que le clocher primitif s’élevait au-dessus de ce croisillon. Au XVIIIe siècle, l’église de Pacy a été réparée aux frais de l’abbaye de Lyre (notamment le clocher et les piliers de la nef). Le clocher actuel, petite construction octogonale en charpente, surmontée d’une courte flèche, également octogonale, s’élève maintenant au carré du transept.

L'église fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis 1927.

On peut imaginer que la construction de l’église de Pacy, au XIIIe siècle, a eu lieu dans la même atmosphère spirituelle que celle dans laquelle ont été construites les tours de la façade Ouest, à la cathédrale de Chartres, au milieu du XIIe siècle, atmosphère qui, selon l’historien de l’art Emile Mâle (1862 – 1954), a présidé à la construction de beaucoup d’autres églises, notamment en Normandie :

« Ces deux hauts clochers, rapporte-t-il, qui s’élevaient en l’honneur de Notre-Dame excitèrent, dans la région de Chartres, un enthousiasme qui nous semblerait incroyable s’il n’était attesté par plusieurs témoignages contemporains :

En 1144, Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel, écrit dans sa Chronique : « On vit cette année-là, à Chartres, les fidèles s’atteler à des chariots chargés de pierres, de bois, de blé et de tout ce qui pouvait servir aux travaux de la cathédrale, dont les tours s’élevaient alors comme par enchantement. L’enthousiasme gagna la Normandie et la France : partout on voyait des hommes et des femmes traîner de lourds fardeaux à travers les marais fangeux ; partout on faisait pénitence, partout on pardonnait à ses ennemis. »

Une lettre écrite l’année suivante par Haimon, abbé de Saint-Pierre-sur-Dives, en fait le récit aux moines anglais de Tutbury : « Des confréries viennent de se former, à l’imitation de celle qui a pris naissance à la cathédrale de Chartres. On voit des milliers de fidèles, hommes et femmes, s’atteler à de pesants chariots chargés de tout ce qui est nécessaire aux ouvriers : bois, chaux, vin, blé, huile. Il y a au nombre de ces serviteurs volontaires des seigneurs puissants et des femmes de noble naissance. Il règne parmi eux une discipline parfaite et un profond silence. Pendant la nuit, ils forment un camp avec leurs chars, les illuminent avec des cierges et chantent des cantiques. Ils emmènent leurs malades avec eux dans l’espoir qu’ils seront guéris. L’union des cœurs est établie ; s’il se trouve quelqu’un d’assez endurci pour ne pas pardonner à ses ennemis, son offrande est retirée de son char comme impure, et lui-même est chassé avec ignominie de la société du peuple saint. »

En cette même année 1145, une lettre d’Hugues, archevêque de Rouen, fait connaître à Thierry, archevêque d’Amiens, des faits tout semblables. Cette dévotion est aussi pratiquée dans d’autres diocèses : beaucoup d’autres églises, dont les noms nous sont inconnus, ont été bâties de cette manière. La fécondité artistique de ce XIIe siècle tient du prodige : il y a en France de vastes régions où il n’est presque pas une église de village qui ne remonte au XIIe siècle. »

Un vitrail de Chartres garde le souvenir de cet élan de foi du XIIe siècle, la verrière 38 des Miracles de Notre-Dame, où des paysans apportent des dons en nature, en tirant des chariots lourdement chargés de sacs de blé (venant de la gauche) et d’un tonneau de vin (venant de la droite), convergeant vers l’image d’une Vierge en majesté (au centre) que vénèrent de nombreux pèlerins, de part et d’autre. [Illustration 5]. C’est la représentation émouvante de cet élan de ferveur historique qui a permis la construction de la cathédrale : le choix de ces dons en nature, le blé et le vin, bien symétriques de part et d’autre de la statue de la Vierge, n’est pas non plus indifférent, car le blé et le vin ont une forte connotation eucharistique. Le vin y est transporté sur le même genre de chariot que dans le vitrail de saint Lubin, un simple plateau à roues sur lequel il faut soigneusement arrimer le tonneau par un savant entrelacs de cordes et de nœuds. La corde est d’un bon diamètre pour que les deux hommes attelés à la charrette, la tirent à grand effort, exactement comme dans les récits contemporains rapportés par Emile Mâle.

Les pierres qui ont servi à construire Chartres venaient justement des carrières de la Seine, des Andelys et de Vernon ; cependant la route pour les acheminer vers Chartres ne passait pas par Pacy et la vallée de l’Eure, mais par le plateau. Il n’est pas absurde d’imaginer que les gens de Pacy, comme en témoignent les écrits du temps, aient participé à la construction de Chartres, et ensuite, au début du XIIIe, à la construction de leur propre église, dans ce grand élan de la foi populaire des XIIe- XIIIe siècles. Les gens, à cette époque, vivaient dans la boue, dans des maisons au sol de terre battue et aux murs de torchis. Les murs en pierre de l’église, élevée à la gloire de Dieu, bien au-dessus de leurs pauvres masures, et la splendeur du bâtiment étaient leur fierté : pour eux, rien n’était trop beau pour Dieu.

  1. Saint Aubin

L’église de Pacy a été dès l’origine placée sous le patronage de saint Aubin, comme environ 83 communes et 110 églises en France - il est notamment le saint patron d'Angers et de Guérande - , ce qui atteste la notoriété et la popularité de ce saint.

Sa vie (468 ou 469 - 550 : il avait donc une trentaine d’années lorsque Clovis a été baptisé en 496) nous est connue par La vie de saint Aubin de Fortunat (567-576), qui écrit un peu plus de 15 ans après sa mort ; par les Histoires de Grégoire de Tours (593-594) et son Liber in gloria confessorum, un peu plus de 50 ans plus tard ; par les Chroniques du Pseudo-Frédégaire (4 livres, le 4ème de 584 à 642 ); par les Poèmes de Venance Fortunat, († après 600).

Saint Aubin naquit au diocèse de Vannes, d'une très noble et illustre famille établie à Languidic près d'Hennebont (entre Auray et Lorient). Son enfance, marquée de toutes les grâces du Seigneur, pouvait laisser entrevoir sa sainteté future : il n’eut ni la légèreté, ni les défauts du jeune âge, et, dès qu'il put marcher, ce fut pour aller à Dieu et Le prier à l'écart, loin du bruit, dans la compagnie des Anges.

De tels débuts montraient assez que le pieux Aubin n'était point fait pour le monde ; au grand désespoir de sa noble famille, on le vit un jour quitter le foyer paternel et prendre le chemin du monastère de Tincillac, sous la règle de saint Augustin. Là, ses veilles, ses jeûnes, ses oraisons l'élevèrent bientôt à une telle perfection qu'il fut élu abbé du monastère (vers 504 ; il avait un peu plus de 30 ans) et exerça cette charge pendant 25 ans.

A la mort de l'évêque d'Angers, le clergé et le peuple de ce diocèse, auxquels était parvenue sa renommée de sainteté, le choisirent unanimement, en 529, pour remplir cette charge, et, bien malgré lui, à 60 ans, il dut courber ses épaules sous ce lourd fardeau. La charge épiscopale lui fut conférée par son ami et parent saint Melaine, évêque de Rennes, par saint Lô de Coutances, saint Victor II du Mans et saint Marc de Nantes.

Sa vertu dominante était la charité, une charité sans bornes pour les malheureux, pour les prisonniers, pour les malades, pour les pauvres. Il se rendit un jour aux prisons de la ville pour en retirer une très belle jeune fille de noble condition, poursuivie par les assiduités du roi Childebert, le fils ainé de Clovis, qui l'avait fait garder à vue. Les gardiens s'écartèrent pour lui laisser passage ; sauf un seul, qui lui refusa obstinément l'entrée en vociférant et en proférant d'immondes et répugnantes injures. Saint Aubin souffla sur le visage de cet insolent, qui tomba mort à ses pieds ; puis il alla délivrer la prisonnière.

Saint Aubin se faisait souvent l'avocat des prisonniers. Il les visitait personnellement et visitait aussi les juges afin d'aménager leurs peines, voire de les faire élargir lorsque leur conversion était bien réelle et profonde.

Saint Aubin obtint de Dieu des résurrections, des guérisons, rendit la vue à des aveugles, délivra des possédés. [Illustration 8] Sa réputation de sainteté dépassa bientôt largement les limites de son diocèse. Childebert ne s'y trompa jamais. Il vint lui-même accueillir notre saint évêque aux portes de Paris pour l'envoi puis la tenue du IIIe concile d'Orléans, en l’an 26 du roi Childebert, soit en l’an 535 du Christ, concile où il fut très actif et qu'il co-présida avec d'autres saints prélats. A ce concile fut décidé entre autres que :

- les Juifs, qui se moquaient des saintes cérémonies de Pâques, seraient enfermés chez eux depuis le jeudi saint jusqu'au lundi de Pâques,

- les prêtres concubinaires seraient excommuniés, et pour ceux qui persévèreraient, dégradés et enfermés dans un monastère,

- seraient déclarés nuls les mariages à un trop proche degré de parenté. [Illustration 7]

Il participa aussi au Concile d'Angers en 540, où, parlant Breton, Latin et Roman, il servit d'interprète à Saint Tugdual auprès du roi Childebert (Saint Tugdual ou Tudual, fondateur du monastère de Tréguier et neveu du premier prince de Domnonée se serait réfugié auprès de lui à Angers après avoir fui Conomore qui s'était emparé du pouvoir avec l'appui de Childebert)

Un puissant seigneur le requit pour bénir une union illicite et lui envoyer des eulogies (les eulogies étaient des objets bénis qui étaient adressés par les prêtres et les prélats en signe de charité). Saint Aubin se refusa à bénir cette union mais lui adressa néanmoins les eulogies. Avant que celles-ci ne lui parviennent, ce seigneur fut frappé par la mort.

Saint Aubin fit alors un long et fatiguant voyage pour consulter saint Césaire sur la faute d'avoir manqué de fermeté dont il s'accusait et sur d'autres points touchant au gouvernement des âmes. On ne sait ce qui se dit entre les saints pontifes, mais au retour de ce voyage, il rendit son âme à Dieu, en 550, à plus de 80 ans, après un labeur incessant et dans une réputation unanime de grande sainteté.

Il fut enterré dans l'église de son prédécesseur saint Maurille, puis ses reliques furent transférées dans une église sous sa dédicace à Angers. Une part importante de ces reliques se trouvent toujours à Angers.

Son corps déposé dans l'abbaye d'Angers, fut dispersé par deux fois, la première, peu de temps après sa mort par son successeur à l'évêché d'Angers, Eutrope, vers 575-580, et la seconde fois en 873. On rapporte des miracles qu'auraient produits ses reliques, dont une apparition miraculeuse du saint, sur un cheval lumineux selon certains auteurs, qui provoqua la fuite des Northmans (Normands, Vikings) qui assiégeaient Guérande (entre Nantes et Vannes) en 919. [Illustration 6] La ville de Guérande le choisit pour saint patron de la collégiale Saint-Aubin, qui existe toujours.

Le culte qui entoura ensuite le tombeau du saint exigea qu'on lui ménage un sanctuaire à sa mesure. L'évêque de Paris, Germain, et le successeur d'Aubin au siège épiscopal d'Angers, Eutrope, semblent avoir joué dans cette fondation un rôle décisif.

Sa fête est au 1er mars, jour de la translation de ses reliques.

  1. Le culte des saints

Comment lire au XXIe siècle une « Vie de saint »  médiévale comme celle de saint Aubin ? Quel était le rôle des saints au Moyen Age ? Le culte des saints relève-t-il de la superstition, ou a-t-il encore quelque chose à nous apprendre pour nourrir notre vie chrétienne à l’heure actuelle?

André Vauchez a profondément étudié cette question dans plusieurs ouvrages. « En tant qu’ils participent par leur nature de l’humanité et en même temps sont investis d’une force surnaturelle qu’attestent leurs exploits ascétiques, écrit-il[1], les saints, comme dépositaires, témoins ou messagers de la toute-puissance divine, sont garants de l’équilibre délicat entre le monde terrestre et l’autre, ou préposés à le rétablir. (…) Il est exclu que Dieu y intervienne en personne. C‘est à la relique qu’est promis le vœu qui répondra au miracle. Les saints ne font pas de miracle : c’est la puissance divine qui agit par leur intermédiaire – aucun texte, savant ou populaire, ne peut être apporté pour réfuter cette donnée fondamentale de la religion chrétienne –  ».

Manifestation de la puissance divine, les Saints le sont, selon Grégoire le Grand (qui exerça une influence majeure sur tous les théologiens médiévaux), en ce qu’ils restaurent l’ordre altéré par le péché. « Les saints, écrit Françoise Monfrin, dans une étude sur saint Grégoire[2], sont l’instrument de la restauration de la création abîmée par le péché originel. Par l’ascèse, l’âme peut revenir à la condition de sa création, en mourant au monde, en se libérant de la prison de son corps de péché, en se libérant des images corporelles » : « Autant qu’il est possible, par la pureté et la simplicité de leur pensée, [les saints] s’accordent à [Dieu] comme par déjà une sorte de ressemblance.[3] » Le moine saint Aubin, en se retirant du monde, cherche à remplir la vocation première du saint qui est de refléter pour les autres la lumière divine qui l’illumine. Vu en image parfaite dans le Christ, Dieu se donne à voir dans les images qui sont l’image de l’image, en ceux qui, ayant déjà échappé, autant que faire se peut, à la corruption, cheminent par la foi dans l’image de Dieu, vers la ressemblance de Dieu.

La fonction première du miracle d’un saint est de révéler, par la recréation que constituent la guérison ou la résurrection, la restauration d’un ordre troublé par le péché. Il manifeste, par le dévoilement soudain et parfois brutal d’une causalité transcendante dans toute sa transparence, Dieu comme Créateur, maître d’une Création toujours en devenir.

La question du culte des saints et de leurs reliques est intimement liée à l’eschatologie chrétienne. Dans la tradition théologique des Pères, la sainteté permet de manifester comme une anticipation de la résurrection des corps. Une des nouveautés les plus saillantes du Nouveau Testament par rapport à l’Ancien, est que, - par la solidarité entre la tête et les membres du Corps du Christ -, les saints puissent intercéder auprès de Dieu au-delà de leur mort individuelle et avant le second avènement du Christ et la résurrection universelle. Grégoire de Nysse (mort en 394) évoque la promesse de Jésus au bon larron : si ce larron, qui s’est repenti sur la croix, a eu accès immédiat (« ce soir même », lui a dit Jésus) au paradis, cela vaut a fortiori pour les martyrs[4] ; Saint Jérôme, quant à lui, reproche au prêtre Vigilance de Calagurris de rejeter le principe de l’intercession des saints après leur trépas : pour un peu, il les donnerait comme morts, ce qui équivaudrait à un blasphème, car « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants [5]» ; Grégoire le Grand affirme que « les miracles et les apparitions attestent de la vie de l’âme des saints après la mort du corps[6] » ; pour Cyrille de Jérusalem, » le Christ a opéré la résurrection de son corps par son âme pour que nous ne nous contentions pas d’honorer les âmes des justes, mais pour que nous croyions à la force qui réside en leur corps »[7].

St Jean Chrysostome pose[8] que Dieu aurait pu directement transporter le martyr au ciel, à l’instar d’Henoch et d’Elie, mais qu’il nous laisse les reliques des saints pour inciter à l’imitation ceux qui les regardent. L’âme des saints est au ciel, et, précise-t-il ailleurs[9], ceux-ci ne souffrent pas du tout de l’ajournement de leur résurrection. Mais leurs reliques sont des ‘membres du Christ’, membra Christi : chaque fragment de leur corps est « attaché par un lien à toute l’envergure de l’éternité », comme le dit Victrice de Rouen (mort vers 407) dans son De laude sanctorum[10]. « Aux tombeaux des saints, l’éternité du Paradis et la première note de la résurrection viennent s’insérer dans le présent : les miracles opérés par l’intercession d’un saint, dont l’âme vit chez Dieu, se produisent matériellement près de sa dépouille corporelle »[11]. Selon lui, l’acceptation de miracles contemporains par saint Augustin, après de longues hésitations, traduirait, chez cet homme formé par le courant le plus austère et non matérialiste de la pensée néo-platonicienne, une valorisation assez révolutionnaire de la corporéité : à cause des miracles opérés par le corps des saints, « Augustin commençait à penser le concept impensable d’une intégration future de la chair et de l’esprit ».

Le martyr anticipe, dans son propre corps glorieux, la résurrection de la fin des temps. Le culte des saints s’articule toujours autour de leur corps relique, destiné à la résurrection future, comme le manifeste la tradition chrétienne de la sépulture ad sanctos, ’près des saints’, c’est-à-dire dans un cimetière qui jouxte l’église où reposent les corps des saints (les reliques).

Pourquoi un « saint Patron » ?

La psychologie collective concernant les saints a marqué un tournant au milieu du Ve siècle : avant l’invasion des Huns en 451, les martyrs illustraient une eschatologie individuelle garantie par le Christ ; mais, après cette date, on assiste, « sous la houlette des évêques, à  l’émergence du culte des martyrs qui assument un rôle dans la cité ». L’évêque en effet est devenu le premier personnage de la cité. C’est un puissant par ses fonctions et par son origine sociale. Sidoine, petit-fils et fils de préfet du prétoire, porté à la tête de l’Eglise arverne en 471 est représentatif de ces ‘très illustres’, clarissimi, fortunés et cultivés, pénétrés de l’idéal municipal romain et de ses traditions d’évergétisme, élus évêques parce que « l’Etat peut trouver en [eux] de quoi admirer et l’Eglise de quoi chérir[12] ». L’évêque devient le patronus de la cité, procédant à des distributions alimentaires en cas de disette comme Patiens, négociant des dégrèvements fiscaux comme Constance de Lyon le rapporte de Germain à Auxerre, s’interposant quand la guerre menace la cité, comme Sidoine à Clermont, âme de la résistance contre les Wisigoths et exilé quand la cité tombe entre leurs mains, comme Mamert à Vienne.

Comme l’évêque, le martyr est un patron (patronus, suffragator, advocatus, mediator), un puissant, (potens), capable d’apporter une sauvegarde, (praesidium). D’ailleurs, en protégeant la cité, les martyrs s’acquittent d’un devoir à son égard, car ils en sont les membres : leur cité, leur patrie, n’est pas celle où ils sont nés de leur mère, mais celle où ils ont été exécutés et où ils reposent : c’est là qu’a eu lieu leur naissance à la vie éternelle. La cité qui possède leur dépouille peut ainsi à juste titre avoir le sentiment que le martyr lui appartient. L’habitude se prend de parler de Genès d’Arles, de Symphorien d’Autun … comme s’ils étaient les nouveaux fondateurs de la cité où ils reposent.  « La piété martyriale s’enracine dans un sol et devient un élément du patriotisme municipal.[13]  » « Désormais les martyrs assument aussi le patronage collectif de leur cité. (…) Cette transformation acceptée et voulue par les évêques renforce la puissance épiscopale. C’est en effet l’évêque qui préside au culte qui lui est rendu. En cas de danger, c’est lui qui transmet au saint la prière du peuple. (…) Il est un intermédiaire privilégié entre le peuple, la cité, le martyr et Dieu. Son intercession est d’autant plus efficace que lui-même est un ami du saint et du Christ. Ainsi se constitue une pyramide de patronages qui culminent en Dieu et dont le martyr dans l’au-delà et l’évêque sur terre sont les degrés. Le système social du patronage auquel les évêques participent par leur origine sociale est ainsi transposé dans l’éternité et le martyr est lié à un espace et à un peuple dont l’évêque est le pasteur.[14] »

Choisir saint Aubin comme saint patron, c’est donc, au Moyen Age, se mettre sous sa protection, tant pour la vie matérielle que pour la vie spirituelle : saint Aubin a protégé Angers de la destruction matérielle par les Vikings ; il est un exemple dans son souci évangélique des petits et des exclus, dans son souci de restaurer dans sa plénitude la dignité de l’homme qui a commis une faute, dans son souci pastoral de fonder le mariage des couples sur des bases saines (confirmées par la génétique moderne) au lieu de le fonder sur des intérêts patrimoniaux de regroupement des biens familiaux par des mariages consanguins : il s’est montré un vrai pasteur soucieux du bien des hommes.

Par son nom, qui indique le « patronage » d’un saint, l’église ancre le lieu dans une relation privilégiée avec le monde invisible de Dieu, établit une communication avec lui grâce à l’intermédiaire du saint qui vit auprès de Dieu

  1. Les éléments architecturaux extérieurs
  1. L’élévation

Au pied du mur de l’église surmonté du clocher, rue aristide Briand ou rue de Lyre [Illustrations 9 et 10], on se sent un peu écrasé, tout petit : l’église, par sa taille imposante, nous fait pressentir quelque chose de plus grand que notre petite personne. Tout, dans l’architecture extérieure de l’édifice, appelle le regard à monter vers le ciel : le plan incliné du toit qui couvre les bas-côtés conduit à ceux des toits de la nef et du transept, qui conduisent eux-mêmes au clocher à la pointe effilée surmontée d’un coq, en plein ciel. [Illustrations 11 et 12]

« L’église elle-même, prise de façon globale, en constituant un massif hétérogène au milieu d’alentour et en suscitant une rupture, dresse un paysage sinaïtique. Le chevet des églises romanes, l’étagement de leurs toitures, reconstituent souvent, de façon saisissante les contreforts et les escarpements de la Montagne sainte. La ligne dressée du clocher marque l’axe du monde, qui est celui des relations terre-ciel.»[15]

Le symbolisme ascensionnel est universel et exceptionnellement riche de possibilités religieuses. « Toute ascension, a pu écrire Mircea Eliade, (T 96) est une rupture de niveau, un passage dans l’au-delà, un dépassement de l’espace et de la condition humaine… La consécration par des rituels d’ascension et d’escalade des monts et des échelles doit sa validité au fait qu’elle insère le pratiquant dans une région supérieure céleste. »

En songe (Genèse 28, 12-19), Jacob a vu l’échelle mystérieuse sur laquelle des anges montaient et descendaient en une incessante communication de la terre au ciel. Le Christ reprend l’image à son compte pour faire entendre qu’il est l’échelle qui rétablit les communications entre l’humanité pécheresse et le ciel enfin rouvert : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (Jn 1

Les ascensions spirituelles sont un lieu commun de la littérature mystique.

L’opposition marquée entre l’ascension ‘spirituelle et la platitude charnelle ou la chute’ est, selon Gilbert Durand, une ‘structure anthropologique de l’imaginaire’.

  1. La montagne sacrée

Le temple est assimilé à la montagne sacrée, dont le sommet est le haut-lieu où la divinité descend et rencontre l’homme qui monte vers elle. C’est le premier et le plus sacré des sanctuaires, l’archétype de tous les temples car la montagne sacrée fait la jonction entre la terre et le ciel.

Il n’est pas rare qu’en pays de plaine des travaux gigantesques aient été entrepris pour faire surgir de véritables montagnes artificielles : « Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel » se proposent les entrepreneurs de la tour de Babel (dont le nom signifie ‘Porte de Dieu’). On peut penser à la cathédrale de Chartres, construite sur une butte escarpée et dont les tours dominent la plaine…

La montagne sacrée est au centre du monde. Le mont Garizim, lieu sacré des Samaritains est appelé dans la Bible (Juges 9,37) ‘nombril de la terre’, de même que le mont Thabor (tabur = nombril). Un tel centre peut se trouver n’importe où, et tout lieu sacré est un centre. Leur pluralité ne fait pas plus de difficulté que celle des églises qui, toutes, actualisent le mystère rédempteur accompli sur le Golgotha. Parce que cette montagne s’élève au centre du monde, elle coïncide avec l’axe du monde. La rotation du firmament a suggéré que la coupole céleste prenait appui sur une montagne centrale comme sur un immense pilier et tournait comme un parapluie sur son manche. La colonne-arbre du monde domine la symbolique orientale.

« Le temple naturel du Sinaï réalise déjà une véritable promotion par rapport au temple cosmique qu’il est appelé à transcender de toute la hauteur de la Révélation. C’est en effet sur son sommet que Dieu révèle à Moïse le détail du sanctuairequ’il lui ordonne de construire. Désormais le peuple de la Bible superpose deux images : celle de la montagne historique de la Rencontre et celle du Temple, modèle révélé par Dieu à Moïse avec ordre de le réaliser, prototype de tous les temples et sanctuaires tant hébreux que chrétiens. »[16] Moïse, l’homme de la Montagne, est aussi l’homme du Rocher, doublet à échelle réduite de la montagne, qui participe de sa sacralité, duquel, sur l’ordre du Seigneur, Moïse fait jaillir de l’eau pour le peuple assoiffé (Exode, 17), préfiguration du Christ, fontaine de Vie, du côté duquel, comme du Rocher, jailliront du sang et de l’eau.

« Sanctuaire de la rencontre », la montagne est, dans la Bible le lieu des théophanies divines ; c’est en haut du mont Moriah qu’Abraham a l’intention de sacrifier au Dieu Très-Haut son fils Isaac ; Elie, à un moment de doute, va se ressourcer à l’Horeb (autre nom du Sinaï, où une nouvelle théophanie ratifie la première et renouvelle l’Alliance (Rois, 19) et c’est sur le mont Carmel qu’il confond les prêtres de Baal en faisant descendre le feu du ciel sur l’holocauste préparé par lui. C’est encore en haut d’une très haute montagne que le Christ est transfiguré sous les yeux des trois disciples qu’il a choisis ; et c’est le ‘sermon sur la montagne’ qui enseigne la Loi Nouvelle du Royaume, c’est sur le mont du Calvaire qu’il est mort, et au mont des Oliviers qu’eut lieu son Ascension. Mais c’est Jérusalem que Yahvé « a placée au centre des nations » (Ez. 5, 5) et c’est sur le mont Sion, nouveau Sinaï, que se dressera le Temple unique, que Yahvé descendra sur l’Arche déposée dans le Saint des Saints, et demeurera au milieu de son peuple pour y consommer son Alliance.

  1. La Montagne, le Temple, la Ville

« Il est significatif que les textes célèbrent de façon équivalente la Ville sainte, la Montagne sainte, et le Temple : c’est qu’ils appartiennent au même complexe symbolique, au sein duquel ils sont interchangeables. »[17]

Le psaume 48 (Vulgate 47) en est un bon exemple :

« 2 Grand, Yahvé, et louable hautement dans la Ville de notre Dieu, le Mont sacré, 3 superbe d'élan, joie de toute la terre; le mont Sion, coeur de l'Aquilon, cité du Grand Roi :

4 Dieu, du milieu de ses palais, s'est révélé citadelle.(…)9. La ville de Yahvé Sabaot; Dieu l'affermit à jamais. 10 Nous méditons, Dieu, ton amour au milieu de ton Temple!

11 Comme ton nom, Dieu, ta louange, jusqu'au bout de la terre! Ta droite est remplie de justice, 12 le mont Sion jubile; les filles de Juda exultent devant tes jugements.

13 Longez Sion, parcourez-la, dénombrez ses tours 14 (…) pour raconter aux âges futurs 15 que lui est Dieu, notre Dieu aux siècles des siècles, lui, il nous conduit! »

Dans les Psaumes, la montagne symbolise le séjour divin ; si l’homme veut l’atteindre, il lui faut monter, « gravir » la montagne, par exemple, dans le Psaume 24, 3-6 : « Qui gravira la montagne de Yahvé? Et qui se tiendra dans son lieu saint? 4 L'homme aux mains nettes, au coeur pur : son âme ne se porte pas vers des riens, il ne jure pas pour tromper. 5 Il emportera la bénédiction de Yahvé et la justice du Dieu de son salut. 6 C'est la race de ceux qui Le cherchent, qui recherchent ta face, Dieu de Jacob. » ‘Gravir la montagne’ est l’image littéraire qui symbolise la quête de Dieu et de la rectitude morale.

  1. La Montée

C’est pourquoi le peuple élu se rendait périodiquement en pèlerinage au Temple du mont Sion, pèlerinages que chantent les Psaumes dits ‘graduels’ ou ‘des montées’ (Psaumes 120 à 134).

 Le prophète Isaïe, au début du chap. 2, utilise le symbole de la montagne pour exprimer une vision eschatologique de la ‘Cité-Temple idéale des derniers temps’ : « 1 Vision d'Isaïe, fils d'Amoç, au sujet de Juda et de Jérusalem. 2 Il arrivera dans la suite des temps que la Montagne du Temple de Yahvé sera établie en tête des montagnes et s'élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle, 3 alors viendront des peuples nombreux qui diront: ‘Venez, montons à la Montagne de Yahvé, au Temple du Dieu de Jacob, qu'il nous enseigne ses voies et que nous suivions ses sentiers. »

L’Apocalypse de saint Jean, au chap.21, nous dépeint la vision de la nouvelle Jérusalem, conçue comme un vaste temple, qui adviendra aux derniers temps : « 1 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n'y en a plus. 2 Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu (…) 9 Alors, l'un des sept Anges s'en vint me dire: "Viens, que je te montre la Fiancée, l'Epouse de l'Agneau." 10 Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu,11 avec en elle la gloire de Dieu. »

« Ainsi l’axe de la Montagne sacrée est celui du trajet des hommes montant à la rencontre de Dieu qui les appelle ; l’axe dressé au cœur de la ville sainte, et sur lequel s’opère la jonction des deux Jérusalem, celle de la terre en tension vers le ciel, et celle préparée dans le ciel pour être le modèle transcendant et le terme final qui l’accomplira définitivement et par grâce le jour venu ; il est le Temple où s’opèrent quotidiennement, par les mystères de la liturgie, les étapes de cette transformation ; il passe par l’autel. »[18]

  1. L’ orientation de l’église.

Comme toutes les églises du Moyen Age, l’église de Pacy est « orientée », c’est-à-dire à la fois qu’elle est tournée dans une direction, et que cette direction est l’Orient, c’est-à-dire, étymologiquement, le côté où le soleil se lève      ( oriens, orientis, en latin, de orior = je me lève, j’apparais). [Illustration 4 : plan orienté de Pacy]

Les prophètes d’Israël, qui annonçaient qu’un Messie viendrait sauver Israël, l’avaient annoncé comme un « Soleil de Justice ». Malachie, au début du VIe siècle avant Jésus-Christ[19], un peu après le rétablissement du culte dans le Temple, dénonce le relâchement des Israëlites, et annonce le Jour de Dieu (3, 19-20a)  (lecture de l’avant-dernier dimanche de l’année liturgique C): « Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme ue fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, déclare le Seigneur de l’Univers, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de Justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement ».

Zacharie se souvient certainement de ce texte dans son Cantique (Luc 1, 68-79). Lorsque, à la naissance de son fils, son acceptation du nom de « Jean », proposé par l’Ange Gabriel, (accepter le nom, c’est accepter sa vocation) montre qu’il a appris à « craindre le Seigneur », sa langue se délie et il annonce lui-même la mission de son enfant : « Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, pour préparer ses chemins ». « Devant », c’est devant un autre enfant mystérieux qui n’est pas encore né, Jésus, qu’il annonce comme le Messie d’Israël. Zacharie chante « la tendresse, l’amour de notre Dieu » qui se manifeste dans le salut qui vient, en ce « Soleil levant venu nous visiter,  pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort et conduire nos pas au chemin de la paix. »

La liturgie de l’Eglise continue à chanter le cantique de Zacharie tous les matins aux Laudes, premier office de prière de la journée, quand le soleil se lève.

Jésus dit clairement à ses contemporains (et à nous à travers les évangélistes) qu’Il est le Messie, lorsqu’Il proclame à la fête des Tentes (fête de l’attente du Messie d’Israël) : « Je suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. (Jean, 8, 12) ».

La thématique du « soleil invaincu » a aussi présidé au choix de la date du 25 décembre pour célébrer Noël. Comme on ignorait le jour exact de la naissance de Jésus, on a choisi une date symbolique, le 25 décembre, juste après le solstice d’hiver, au moment où le « soleil invaincu » reprend sa course, au plus ‘noir’ de l’hiver, lorsque les jours commencent tout juste à rallonger. Cette pratique est déjà attestée en 336. Or c’est justement le 25 décembre qu’on célébrait l’anniversaire de Mithra et aussi la « naissance du soleil invaincu » (Natalis Solis invicti). Les Chrétiens y ont vu une pierre d’attente, dans les religions païennes, de la révélation du Christ ressuscité, qui vient accomplir les attentes gravées au plus profond du cœur de tout homme, la lumière triomphant des ténèbres. Le Noël chrétien est substitué à ce  culte qui, dans les premiers siècles de notre ère, dans tout l’Empire romain, rassemblait les adeptes de beaucoup de religions païennes : c’est bien le Natalis Solis invicti, mais la fête du Christ, le Verbe incarné, vainqueur de la mort par sa résurrection, illuminant le monde.

Le Soleil est donc, dans l’Eglise, un symbole très fort du Christ. Pour le chrétien, en effet, c’est le Christ ressuscité, vainqueur de la mort, qui est le véritable Sol invictus. Sur leplafond du mausolée des Julii, à la nécropole romaine chrétienne, située sous la basilique St Pierre de Rome, une mosaïque du début du IIIe siècle montre le Christ, représenté comme Hélios, le dieu Soleil, au milieu d’une vigne qui entoure le motif principal en une figure à huit côtés. [Illustration 13] Ce motif du Sol invictus est la proclamation du kérygme par l’image, une belle image du matin de Pâques et du Credo : il est monté aux cieux. Le Christ se présente dans l’art chrétien des premiers siècles sous les traits d’Hélios, le Soleil invaincu, sur son char. De même que le soleil est au centre des douze signes dans les représentations de la roue zodiacale, le Christ préside le collège des douze apôtres qu’il illumine de sa lumière.

Le Christ est le soleil qui illumine la nouvelle création. Le Christ, explique Clément d’Alexandrie, c’est « le soleil de justice qui, passant partout dans sa chevauchée, visite également toute l’humanité, imitant son père qui fait lever sur tous les hommes son soleil. (…) C’est lui qui a transplanté la corruption dans l’incorruptibilité. »

Par le baptême, il fait du chrétien une créature nouvelle, toute illuminée de la lumière de la vie éternelle, un « néophôtistos », un « nouvellement illuminé » (terme beaucoup plus fréquemment employé dans la catéchèse des premiers siècles que « néophyte = une plantation nouvelle»).

Selon saint Eusèbe d’Alexandrie, les Chrétiens, pour prier, se tournaient vers le soleil levant. Pour la messe du Dimanche, ils se réunissaient au lever du soleil (lettre de Pline le Jeune à Trajan). ( C’est la raison pour laquelle le prêtre, avant Vatican II, célébrait tourné vers l’Est, comme les fidèles.) Le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine, appelé « jour du Soleil », (Sunday, Sontag), qui deviendra le « jour du Seigneur », Dominicus dies => dimanche. C’est toujours un Dimanche, « jour du soleil », que l’Eglise célèbre la fête de Pâques, jour de la résurrection du Seigneur, et non le 14 nisan selon la tradition juive.

Le symbole solaire et christique s’est inscrit jusque dans la pierre, puisqu’on a pris l’habitude, au cours des IVe et Ve siècles, habitude devenue générale à partir du VIIe siècle, d’orienter les églises vers l’Orient, pour que les fidèles prient tournés vers le « soleil levant »(sens étymologique d’’orient’) : « L’Orient, c’est la figure du Christ » disait Tertullien (Les temples païens ont l’entrée à l’est et la cella du dieu, la partie la plus sacrée, à l’ouest ; les synagogues sont orientées vers Jérusalem ; les mosquées vers La Mecque).

Si le coq orne souvent nos clochers, c’est parce qu’il annonce le lever du jour ; il symbolise la vigilance de l’âme qui attend la venue de la Grande Aurore, à la fin des temps. C’est bien par une image cosmique à thème oriental que saint Matthieu annonce le retour du Christ à la fin des temps : « Comme l’éclair part de l’orient et brille jusqu’au couchant, ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’Homme. (XXIV, 27)»

Les Eglises, depuis le IVe siècle, sont « orientées », c’est-à-dire tournées vers l’est, côté du soleil levant, d’une part pour que l’assemblée soit tournée vers le Christ, soleil levant, quand elle prie, et d’autre part dans l’attente de la Parousie, lorsque le Christ reviendra à la fin des temps.

  1. Les porches

Contrairement aux temples païens, demeure du dieu entièrement close, sans fenêtre, où seuls les prêtres pouvaient entrer (les sacrifices avaient lieu dehors, devant le temple), et contrairement au Temple de Jérusalem, où le Grand-Prêtre n’entrait qu’une fois par an dans le Saint des Saints, l’église des Chrétiens est un lieu qui s’ouvre largement sur l’extérieur, à Pacy par une porte à deux vantaux : elle invite le peuple à y entrer.

Le nom du bâtiment l’indique clairement : ecclesia est un mot grec, qui désigne, à Athènes, l’assemblée de tous les citoyens, et ensuite, le lieu spécialement aménagé pour accueillir cette assemblée. Le nom « église » indique donc un lieu de rassemblement, celui de l’Eglise du Christ, assemblée du peuple de Dieu.

Saint Cyrille de Jérusalem (+ en 386 ou 387), à partir de l’étymologie du mot (kaléô = j’appelle), souligne l’initiative de Dieu dans ce rassemblement, et sa finalité cultuelle, dans le rôle liturgique qu’y tient le prêtre : « Le nom d’Ecclesia lui vient de qu’elle convoque tous les hommes et les rassemble, comme dit le Seigneur dans le Lévitique (8, 33) : ‘Rassemble toute la communauté à l’entrée de la tente de la réunion’. Or il est à noter que le mot rassemble (ecclêsiason) s’emploie ici pour la première fois dans les Ecritures au moment où le Seigneur installe Aaron dans la charge de grand-prêtre ».

Les premiers portails monumentaux des églisent apparaissent aux environs de 1090 et s’apparentent aux portes et aux arcs de triomphe des villes romaines. C’est généralement le Christ en majesté (dans une forme en amande, la mandorle, qui indique qu’il n’est plus sur terre, mais dans les cieux) qui trône au centre du tympan (à Saint-Jacques de Compostelle, à Moissac, à Conques, à Beaulieu-sur-Dordogne, à Vézelay). La symbolique en est très clairement exprimée par les auteurs du Moyen Age, Honorius d’Autun ou Guillaume Durand, pour qui « la porte de l’église représente le Christ qui ouvre l’entrée vers la Jérusalem céleste», selon la parole de l’Ecriture, en saint Jean : « Je suis la Porte. Qui passera par moi sera sauvé. »

A Pacy, les constructeurs se sont contentés de la symbolique des formes et des nombres pour indiquer Celui qui nous accueille dans Sa maison :

L’emplacement du tympan est occupé par des vitraux enchâssés dans des remplages en pierre, seuls visibles de l’extérieur : au centre, une croix inscrite dans un cercle signifie bien comment nous avons été sauvés, par le Fils envoyé par le Père (le cercle signifie Dieu, qui n’a ni commencement ni fin), pour triompher du mal par la Passion = la Croix. De part et d’autre de ce motif central, des trèfles à trois lobes évoquent la Trinité par leur adjonction au motif central : la Rédemption est bien l’œuvre de la Trinité, Père, Fils et Esprit Saint.

Les deux fenêtres, qui ouvrent le mur au-dessus du tympan, indiquent vraisemblablement aussi le Christ, mais évoqué maintenant dans la double nature de son Incarnation, à la fois pleinement homme, car né d’une femme, et pleinement Dieu, Fils Unique du Père de toute éternité, comme l’a attesté l’évènement de la Résurrection.

Deux autres portes en tiers point s’ouvraient, l’une dans le croisillon nord, l’autre surmontée d’un sourcil de dents de scies reposant sur des bustes humains dans le bas-côté sud du chœur. Ces portes ont été murées (on en voit les traces) et leur embrasure est maintenant occupée, à l’intérieur, par les anciens confessionnaux.

Des portes nouvelles ont été percées au fond de l’église dans les murs sud et nord.

  1. L’intérieur de l’église
  2. Elévation des voûtes :

La nef de l’église de Pacy est à triple élévation : un premier étage de trois grandes arcades fait communiquer largement les bas-côtés avec la nef centrale ; le deuxième étage est constitué par un triforium, dont les ouvertures à trois arcatures épousent le rythme du premier étage ; le troisième niveau est simplement percé de deux fenêtres hautes qui donnent de la lumière à la nef. [Illustration 18]

Nous y retrouvons la symbolique des nombres déjà analysée pour le porche extérieur : l’Unicité de la divinité, qui est en même temps Trinité des Personnes, révélée par l’Incarnation du Fils en ses deux natures humaine et divine.

Les demi-colonnes qui flanquent les piliers du côté de la nef s’élancent d’un seul élan jusqu’en haut du triforium pour soutenir la voûte qui couvre la nef : elles invitent le regard à suivre leur irrésistible mouvement ascensionnel.

Notre regard est aspiré vers le haut. Les voûtes disent à notre sensibilité, comme le prêtre au début du canon de la messe : « - Elevons notre cœur ! » pour que nous répondions avec elles : «- Nous le tournons vers le Seigneur ! »

Pour le Moyen Age, l’église est à l’image du Temple de Jérusalem, dont Salomon dit, (Sagesse, 9, 8) : « Tu m’as ordonné de bâtir un Temple sur ta sainte montagne, (…), image de la Tente sacrée (soit le Ciel, véritable temple de Dieu ) que tu préparas dès l’origine. » Et Isaïe (40, 22) : « Le Seigneur a tendu les cieux comme une toile, Les a déployés comme une tente où l’on habite. » ou le Psaume 11, 4, qui invoque : « Yahvé dans son palais de sainteté, Yahvé dans les cieux est son trône.»

Pour être temple sacré, symbole de l’Univers, (et pas seulement lieu de réunion pour des fidèles), l’église doit observer des lois strictes, fondées sur les proportions mathématiques et le nombre d’or, elle doit refléter l’harmonie de l’Univers. Sa paix est l’effet d’un ordre cosmique divin.

La coupole des basiliques imite avec évidence la voûte céleste, le cosmos ; les voûtes de l’église romane ou gothique, ont la même fonction, mise en évidence par les puissants piliers qui les soutiennent. En même temps, « l’église est un lieu d’accueil où Dieu reçoit ceux qui viennent à Lui : elle doit être vaste, claire et accueillante. Elle doit suggérer en même temps l’immensité, le mystère et la lumière. La ligne droite monte vers l’infini, vers l’éternité et la transcendance[20] ».

« La maison de prière en tant que lieu où les mystères s’accomplissent est la « Maison de Dieu ». Elle circonscrit l’espace et l’oriente en le sacralisant. Elle est vaisseau et arche dans lesquels l’invisible et le visible entament un dialogue, l’éternité transfigurant le temps[21] ».

  1. Un chemin vers le chœur

La succession des piliers et des arcs gothiques qui ponctuent l’allongement de la nef nous invite à un mouvement de déambulation et de progression vers le chœur [Illustration 19] qui, plus élevé que la nef, est largement percé de baies pour être inondé de lumière [Illustration 17] : cette disposition architecturale nous indique que dans cette partie du bâtiment, quelque chose nous vient du ciel, Dieu lui-même va se donner à nous. Une église chrétienne conjugue donc un double mouvement : celui du peuple qui marche pour s’avancer à la rencontre de Dieu, et celui de Dieu qui vient se donner à son peuple.

Ainsi l’élévation verticale se conjugue avec ‘la dynamique axiale du lieu rituel’, en une ’étrange conjonction locus/iter’. [22]

« Polarisé architecturalement par la conque absidiale et liturgiquement par l’autel majeur, le lieu intérieur se caractérise par une dynamique axiale (procédant d’ouest en est), résultant d’une évolution historique remarquable. Si les premières grandes basiliques romaines et ravennates bénéficient d’emblée d’un modèle fortement axialisé (bien souligné par la représentation de cortèges de saints et de saintes à Sant-Apollinare Nuovo), l’époque carolingienne se caractérise par la complexité des dispositifs liturgiques associés à une multiplication des autels dans l’espace ecclésial (avec une bipolarité entre l’abside orientale dédiée à un saint et le massif occidental très amplifié où se trouve l’autel du Sauveur (éventuellement celui de la Vierge dans la crypte et celui de saint Michel dans les tribunes). Aux X-XIe siècles, la plupart des autels se regroupent dans la partie orientale de l’édifice, tandis que le pôle occidental perd de son importance. Ainsi, l’axialité dynamique du bâtiment, polarisé essentiellement par l’autel majeur et l’abside, devient une caractéristique majeure des édifices occidentaux.[23] »  Le décor de piliers et d’arcs brisés rend sensible cette dynamique axiale, par sa ponctuation de l’espace, où les arcs sont comme autant de pas.

Sicard de Crémone, grand liturgiste du XIIIe siècle, dans son commentaire sur l’édifice ecclésial, associe la longueur de la nef à la patience « qui supporte les épreuves jusqu’à parvenir dans la patrie céleste[24] ». L’axialité (longitudinale) de l’édifice est assimilée au cheminement de l’homo viator, l’homme voyageur, c’est-à-dire au pèlerinage de la vie humaine tendue dans l’espérance du salut. Les propos de Sicard nous autorisent à poser que la dynamique axiale de l’édifice relève du schème de l’iter (le cheminement), qui joue un rôle si décisif dans les conceptions médiévales de l’espace.

Cet iter intérieur au locus (lieu) sacré est de surcroît marqué par une série de seuils réitérés, sans cesse à franchir comme autant d’épreuves (adversa) : La terre des morts, c’est-à-dire le cimetière qui jouxte l’église, est « une première enveloppe de sacralité[25] » ; puis la ou les portes notifient l’entrée dans l’enceinte sacrée ; le chancel ou arc triomphal (marqué par un grand crucifix suspendu aux voûtes, Cf Illustration 17) rejoue le passage vers une sacralité plus éminente ; enfin le sanctuaire abrite l’autel majeur, point de sacralité maximale et pôle ordonnant de l’édifice.

A chaque fois, le locus qui polarise l’iter s’ouvre à son tour pour faire place à un nouvel iter attiré par un locus plus plein. A chaque fois se répète une situation liminale[26] , au point qu’on serait tenté d’attribuer à l’église dans son ensemble le statut de ‘lieu liminal’. (p.194)

Une formule importante du rite de dédicace qualifie l’édifice de ‘domus Dei et porta caeli’ (Gn 28,17 : conclusion de Jacob sur le lieu où il se trouve, après le songe où il a eu la vision d’une échelle entre terre et ciel, que parcourent des anges), qu’on retrouve souvent dans les inscriptions ornant la porte de l’édifice (par ex. : ‘Est domus hic Domini, via celi’, « Cette demeure est celle du Seigneur : c’est le chemin du ciel », à Saint-Pé-de Bigorre[27]). S’exprime ainsi la dualité d’un lieu pleinement sacré et néanmoins traversé par la tension d’une quête.

Enfin, à l’autel même, opère un ultime paradoxe : le lieu le plus intérieur échappe aux limites du lieu ; il s’ouvre à son tour en devenant le lieu de la pleine Présence de Dieu. Il relève finalement du hors-lieu, pour opérer une conjonction verticale de la terre et du ciel, une coprésence de la liturgie terrestre et de la liturgie céleste. (p.194)

  1. Plan de l’église de Pacy au sol :

Le plan au sol de l’église de Pacy opère un croisement entre l’église romane à trois absides orientées, puisqu’elle est constituée d’une nef flanquée de bas-côtés qui se prolongent par des chapelles latérales de chaque côté du chœur et l’église de type cistercien à chevet plat.[Illustration 20]

« L’ordre cistercien, dès le début de sa constitution, marqua une très nette opposition à la richesse et à l’ampleur des monuments clunisiens et souhaita appliquer à l’architecture de ses abbayes les principes de rigueur ascétique, d’authenticité, de retour à la pauvreté et à la simplicité qu’il prônait comme règle de vie pour ses moines.[28] »

L’abbaye de Fontenay, en Bourgogne, construite entre 1119 et 1147, du vivant de saint Bernard (mort en 1153), reste un modèle de dépouillement cistercien : elle présente justement une abside à chevet plat, éclairée par de larges baies. Le triplet de fenêtres sur le mur oriental de l’abside est aussi une caractéristique de l’art cistercien, dans lequel elles sont toujours dépourvues de verrières de couleur.

  1. La croix

La montagne sacrée, située au centre du monde, est une image du monde. C’est pourquoi elle croise les axes du monde, nord-sud et est-ouest.

L’église de Pacy n’a pas de transept débordant qui lui donne réellement, au sol, une forme de croix. Et cependant, on a, à l’intérieur, l’impression que l’église comporte un transept et qu’elle a la forme d’une croix, grâce à l’ouverture en hauteur des bas-côtés au niveau du chœur. [Illustration 21]

« L’église, telle qu’elle se présente au Moyen Age, accorde le cosmos et la croix puisqu’elle imite la voûte céleste et qu’elle épouse un plan cruciforme » : elle affirme ainsi la réalité de l’Incarnation de la divinité en un homme, qui, par sa mort et sa résurrection fait habiter la plénitude de la divinité là où il demeure : « Détruisez ce Temple et je le relèverai le troisième jour ». Le Christ lui-même est le nouveau temple des chrétiens, et la Croix le lieu où il révèle sa divinité et sa « gloire ».

Comme l’enseigne Honorius Augustodunensis, au XIIe siècle : « Les églises que l’on construit en forme de croix nous montrent que nous devons être crucifiés pour le monde et que nous devons suivre la croix selon la parole ‘Celui qui veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.’[29] »

  1. Le corps d’un homme

Image de l’homme cosmique, « en correspondant à cet ordre, en enseignant ‘ les lois de Genèse’, l’église initie l’homme à une vie nouvelle. C’est là que l’homme apprend la seule notion essentielle : qu’il est lui-même un temple et que les saints mystères qui s’accomplissent dans l’enceinte de pierre se réalisent en lui ».

La nef ( du latin navis = navire, bateau, ‘nef’ au Moyen Age) représente la barque de l’Eglise qui est sur terre (Luc 8, 22-25). Les premières voûtes d’église, en bois, étaient construites sur le modèle des coques de navire : nous sommes embarqués pour une sacrée aventure et l’aventure sacrée qu’est notre vie : rien moins que découvrir peu à peu le visage de Dieu, à travers l’amour des frères ( Cf. les 2 dimensions de la croix, verticale et horizontale).

« On assiste ainsi à une transformation de l’espace antique des basiliques, espace à la fois politique et juridique, en espace où l’ecclesia apparaît comme le théâtre du mystère divin, le lieu où la multitude reçoit l’appel de l’Un. Le culte est une rencontre de l’unité divine et de la pluralité humaine [30]».

Le plan au sol manifeste ce qui se passe dans une église : par l’Eucharistie, l’assemblée des fidèles va former un seul corps, le Corps du Christ. Cf le cantique de communion, inspiré de saint Augustin :

« Devenez ce que vous recevez, Devenez le Corps du Christ.                                                            

Devenez ce que vous recevez : vous êtes le Corps du Christ. »

Un corps appelé à vivre de la vie même du Christ dans le don de sa vie, mystère de mort et de résurrection.

  1. Le décor architectural

 «  D’une manière générale, la richesse du décor exalte la sacralité du lieu rituel par la chatoyance (sic) des couleurs, la beauté des formes et la surabondance des figures. En entrant dans un tel lieu d’images, fidèles et clercs sont transportés hors du monde de l’expérience commune. Ils se retrouvent pris entre les cercles de l’histoire sainte, immergés dans la temporalité référentielle qui fonde la communauté chrétienne et ses rites constitutifs. Le décor, pris dans sa globalité, contribue ainsi au passage du matériel vers le spirituel. Il rend sensible le fait que l’édifice ecclésial n’est pas seulement un bâtiment de pierre, puisque le rituel de dédicace l’a transfiguré en une ‘demeure spirituelle’ capable d’abriter Dieu, les anges et les saints.

Les images ne constituent pas un simple reflet du rite et ne sont pas seulement un marqueur mémoriel de la fonction rituelle du lieu qu’elles occupent. L’image contribue activement au fonctionnement du lieu rituel ; elle est démonstration plus qu’illustration ; elle dévoile l’efficacité du geste liturgique, en explicite le sens en matérialisant visiblement ce que la liturgie fait surgir aux seuls ‘yeux de l’esprit’ »[31].

  1. Des formes architecturales trinitaires :

L’église est l’image visible de l’Eglise : « L’église de pierre est le symbole de l’Eglise qui se rassemble pour le service de Dieu. »

Le ciment de l’édifice invisible dont nous sommes les pierres vivantes (Ephésiens, 2, 20 ; 4, 16), c’est l’Esprit d’Amour qui nous est donné, pour aimer Dieu, qu’on ne voit pas, en aimant nos frères, que nous voyons : c’est cela former ensemble le Corps du Christ (I Cor 12, 12-21 et 27-30), que nous sommes par l’eucharistie. Comment l’Esprit est-il signifié dans les formes architecturales de l’église ?

Il y a une véritable insistance architecturale sur le chiffre 3, qui exprime symboliquement la Trinité : Dieu est présent, qui est Père, Fils (à la fois homme et Dieu = récurrence du chiffre 2) et Esprit Saint.

Les trois arcs au fond du chœur, bien visibles de toute l’assemblée (Cette décoration d’arcatures de pierre adossée contre le mur du chevet a été ajoutée en 1873).

Le triplet des trois vitraux, sur le mur du fond, au-dessus de l’autel

Les trois arcs du triforium au deuxième niveau.

La forme de certains vitraux, tripartites [voir plus loin, III. E.].

  1. La clef de voûte

Les arcs qui réunissent tous les points de la voûte sont aussi l’image de l’amour par l’unité.

  1. Les piliers et les chapiteaux

Les piliers de la nef sont très différents les uns des autres, mais les piliers symétriques de part et d’autre de la nef sont toujours semblables (Cf ci-dessus : construction, I.B.).[Illustration 23]

Les chapiteaux de la première et de la deuxième travées de la nef, les plus proches du chœur, réalisés dès l’origine, sont particulièrement travaillés. Leur décor de feuilles de vigne et de grappes exprime que, par l’Eucharistie, le peuple chrétien est constitué sarments de la Vigne dont le Christ est le Cep, pour qu’il porte du fruit. (Jean, 15, 1-17, où il est question tout au long de « porter du fruit »). C’est par l’Eucharistie, reçue à l’autel, que le Christ demeure en nous et nous en Lui : « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit. » (Jean, 15, 5)

Au fur et à mesure que l’on s’éloigne du chœur, les chapiteaux se simplifient (les budgets ont dû se restreindre au fil de la construction…), ne portant plus que des feuilles de lierre, symbole de vie (le lierre reste vert en hiver et ne perd pas ses feuilles), et deviennent plus grêles à la troisième travée …

Le chapiteau de la deuxième travée dans le bas-côté nord est le seul des bas-côtés à être sculpté ; il montre la tête d’un homme du peuple pauvre ( sa tête est recouverte d’un pan de son manteau, ce qui est le couvre-chef du pauvre), burinée par la vie, sous un motif stylisé de feuille d’acanthe ; cette tête en position de caryatide (qui soutient un élément d’architecture, ici le haut du chapiteau) évoque ceux ‘qui ploient sous le poids du fardeau’, à qui le Christ promet soulagement, s’ils portent son ‘joug’ : « car je suis doux et humble de cœur ». La feuille d’acanthe répond au motif du chapiteau central de ce bloc de colonnes, motif qui indique la Vie : l’Eglise est le lieu où, par les sacrements, notre finitude et notre mortalité ont part à la Vie, où le Christ porte notre fardeau, lorsque nous portons son ‘joug’ en obéissant à ses commandements.

  1. Les vitraux

Dans le décor de l’église, les vitraux jouent un rôle privilégié. Avec les mpultiples réfections, ils constituent en quelque sorte une histoire de la forme des fenêtres et de l’art du vitrail au cours du temps.

  1. Des vitraux divers et variés

-Les fenêtres primitives du XIIIe siècle [Illustration 24], avaient toutes la forme d’une lancette, plus larges aux bas-côtés du chœur que dans la nef. Elles sont encore percées dans un mur épais, au fond d’un ébrasement du mur.

-A la fin du XIVe siècle, elles ont été remaniées, pour la plupart :

o fenêtre double du bas-côté du chœur, côté nord, terminée par un double trilobe et surmontée d’un autre trilobe, à vitrail moderne, de Jean-Pierre Tisserand, maître verrier d’Evreux, représentant vraisemblablement la Création du Livre de la Genèse : au sommet, la main de Dieu surmonte le soleil, le haut du vitrail suggère la colombe de l’Esprit planant sur les eaux, dont on distingue des poissons sur fond bleu, et l’ensemble du vitrail, la mer (fragments à  tons bleus ou transparents) encore toute mélangée avec la terre (fragments marron), dans le tohu-bohu primitif précédant la séparation de la mer et de la terre ferme [Illustration 25] ;

o fenêtres doubles du mur latéral des croisillons, terminées par une forme arrondie et surmontée d’un cercle en surimpression sur un trilobe, avec décor géométrique du début du XXe siècle [Illustration 26].

-A la fin du XVe siècle, les baies terminales des croisillons s’ornent d’un remplage[32] flamboyant :

o Celle du croisillon sud a été équipée d’un vitrail moderne de J.P. Tisserand, dans les tons surtout bleutés à gauche, plus transparents à à droite, tandis que le personnage central, davantage dans les tons marron, indiquerait plutôt le Fils incarné sur la Terre. La forme humaine de chaque panneau vitré surmonté d’une sorte de tête, et leur nombre (trois) suggèrant la Trinité sainte. [Illustration 27]. Le remplage flamboyant, orné d’un vitrage assorti, en forme de gouttellettes lumineuses, suggère le débordement d’amour de la Trinité, qui s’exprime par la Création jaillissante.

o Celle du croisillon nord est équipée de vitraux d’époques différentes.[Illustration 28] Il subsiste un fragment de verrière polychrome du XVIe siècle représentant saint Nicolas, dans le panneau central de la baie, tripartite comme celle du sud, tandis que le vitrage des panneaux latéraux est une ‘grisaille’, entourée d’une bordure à motifs jaunes, destinée à mieux laisser passer la lumière que les vitraux de couleur. Le remplage du haut de la fenêtre est aggressivement moderne, dans ses couleurs, comme dans ses dessins, difficilement identifiables, de végétaux divers (?).

Saint Nicolas [Illustration 28]

Saint Nicolas devient un saint très populaire dans toute l’Europe au XIIe siècle. Né à Patare/Patara (Lycie) en 280, [Illustration 28, carte] Nicolas devint évêque de Myre/Myra, où il mourut entre 345 et 352.

Les reliques du saint, populaire grâce à sa grande et généreuse bonté, furent volées par des marins et transportées dans leur ville de Bari (Italie), où il fut appelé "Nabulione" (... d'où le prénom "Napoléon"!). Le bateau transportant ses reliques ayant essuyé une terrible tempête, les marins auraient alors fait le vœu de ne pas vendre les reliques (pratique alors très fréquente) comme ils en avaient l'intention, mais de les apporter dans leur ville et de les y offrir à l'Eglise locale. Aussitôt, la tempête se calma... Bari et Bénévent se les disputèrent.

Sa vie : « Saint Nicolas de Patare, en Lycie, fut le fruit des prières de ses pieux parents. Il eut l'esprit ouvert aux choses divines dès sa plus petite enfance ; à peine sut-il manger, qu'il sut jeûner. Il avait un oncle évêque, qui, voyant avec admiration les vertus de Nicolas, l'ordonna prêtre dès qu'il eut l'âge requis et fit de lui cette prédiction : "Il sera la consolation des affligés, le sauveur des âmes en péril, le bon pasteur qui rassemble ses brebis égarées au bercail de Jésus-Christ." [33]

Après un pèlerinage aux Lieux saints, Nicolas se retira à Myre, espérant échapper aux honneurs qu'il voulait éviter avec tant de soin ; mais à la mort de l'évêque de Myre, qui arriva peu de temps après, il fut élu pour lui succéder. Dès lors il s'appliqua à devenir le modèle de son troupeau. Il ne mangea plus qu'une fois le jour, et jamais de viande ; il faisait toujours lire à sa table quelque livre de la Sainte Écriture ; ses nuits se passaient en oraison, et la terre dure était sa couche pour le peu de repos qu'il prenait. Levé avant le jour, il réveillait ses clercs pour chanter des hymnes et des psaumes ; aussitôt le soleil paru, il allait à l'église et employait le reste du jour à ses diverses fonctions pastorales.

Sous la persécution de Dioclétien, il fut jeté dans un cachot et mis à la torture ; mais on n'osa pas le faire mourir, par peur de la vengeance de son peuple.

Peu de Saints ont opéré de plus nombreux et de plus éclatants miracles. Tantôt il apparaît à Constantin pendant la nuit, pour lui ordonner de mettre en liberté trois innocents qui doivent être exécutés le lendemain ; tantôt il se montre, en pleine tempête, à des matelots en danger qui l'ont appelé à leur secours. Est surtout légendaire entre mille, le don nocturne de trois bourses d’or à un père ruiné don qui sauve ses trois filles de la prostitution.

Comment connaît-on sa vie?

« Les deux plus anciennes versions, en grec, de l’histoire de Nicolas, en particulier la seconde compilée par Méthode, patriarche de Constantinople de 842 à 846, ont été la source de la Vie latine de Johannes Diaconus (3ème quart du IXe siècle), diacre de l’église de Naples »[34], Vie latine qui est reprise, par exemple, dans les manuscrits liturgiques chartrains ( dixit chanoine Delaporte en 1926)[35]». Au Xe siècle, des hymnes latines racontent ses miracles. Cette tradition de poésie liturgique donne naissance, vers 1150, au poème, en français, de Wace[36], qui intègre les miracles posthumes. Au XIIe siècle, Nicolas est en outre devenu un personnage de théâtre, héros de quatre ‘jeux’, qui figurent, avec d’autres drames liturgiques, dans le manuscrit de Fleury-sur-Loire[37].

Le miracle du saloir ne figure pas dans les sources anciennes de la vie de Nicolas, ni dans les sources grecques, ni dans les sources latines. Il est lié à une mauvaise interprétation d’une représentation d’un épisode de la légende, où saint Nicolas sauve la vie de trois officiers de l’empereur Constantin injustement accusés, en apparaissant en songe à l’Empereur et à son préfet. Vers 1150, le normand Wace, chanoine de Bayeux, les transforme en trois clercs, assassinés par un hôtelier voleur, que saint Nicolas ressuscite :

Trois clercs alouent a escole                                            Trois clercs allaient à l’école

-N’en ferai mie grand parole-                                          -Je n’en ferai pas de grands discours-

Li ostes par nuit les occist                                                L’aubergiste, la nuit, les tua

Les cors musçat, l’avers en prit.                                      Il cacha les corps, leur prit leur avoir.

Seint Nicholas par Deu le sout.                                       Saint Nicolas l’apprit de Dieu

Sempres fu la cum Deut plout.                                       Il fut là de suite par la grâce de Dieu.

Les clercs a l’ostes demandat                                         Il demanda les clercs à l’hôte

Nes pout celer si les mustrat                                            Qui ne pouvant le tromper, les montra.

Seint Nicholas par sa preere                                            Saint Nicolas, par sa prière,

Mit les almes el cors arere                                                Remit les âmes dans les corps.

Pur ceo qu’as clercs fit cel honur                                    Parce qu’il fit aux clercs cet honneur,

Fune li clers la feste a son jur                                          Les clercs célèbrent le jour de sa fête

De ben lire et ben chanter                                                Par bonne lecture et beaux chants,

Et des miracles reciter                                                       Qui rappellent ses miracles.

Cette version de la légende a été mise en images, dès la fin du XIIe siècle, dans un vitrail de la nef de la cathérale de Chartres (verrière 39), qui a été imité dans bien des églises et des cathédrales. Elle explique que saint Nicolas soit honoré comme le patron des écoliers, de même que le don nocturne d’argent aux jeunes filles a fait de lui l’ancêtre du père Noël, qui l’a remplacé au XXe siècle par laïcisation antichrétienne.

Un nouvel avatar de la légende transforme les trois clercs tonsurés en ‘enfants’, car les images les représentaient plus petits que le ‘grand’ saint Nicolas, procédé habituel au Moyen Age pour indiquer la situation respective, sociale ou morale, des personnages. C’est cette interprétation populaire, qui a donné naissance à la complainte des ‘trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs’, que représente le vitrail de l’église de Pacy, où, curieusement – car le chiffre est important dans la légende -, les enfants ne sont plus que deux. Toutefois, le ‘baquet de saumure’y est représenté comme un baptistère marqué d’une croix, qui indique le sens symbolique de la légende : le baptême de l’Eglise (saint Nicolas est représenté comme un évêque, avec la crosse et la mitre) fait renaître de la mort du péché, symbolisée par la ‘mort’ des trois clercs (ou des trois enfants). Le chiffre trois, récurrent dans la légende, outre qu’il renvoie à la défense de la Trinité par saint Nicolas, au concile de Nicée, contre l’hérésie arienne, est le chiffre du Dieu trinitaire, qui est le véritable agent de la résurrection baptismale. L’histoire hagiographique est conçue, au Moyen Age, comme une catéchèse populaire, et le vitrail du XVIIe s’inscrit dans cette tradition.

Le vitrail de Pacy s’inspire manifestement du vitrail de saint Nicolas de la Baie 10 à Chartres.

-En 1901, au-dessus du portail occidental de Pacy-sur-Eure, dans l’ouverture pratiquée dans le tympan, lors des travaux pour intégrer l’orgue, est placé un vitrail [Illustration 29] qui montre le portrait du donateur : le maire de Saint-Aquilin de l’époque (Saint-Aquilin était une commune distincte de Pacy-sur-Eure) avait bien voulu participer au financement des travaux, à la condition expresse de figurer sur ses vitraux. On l’y voit représenté, ceint de son écharpe de maire, dans la partie gauche, tandis que son nom est ‘modestement inscrit’ sous le Christ enseignant portant la croix (image dénuée de tout sens théologique, qui fait de la Croix l’objet d’un enseignement du Christ).

- Au milieu du XXe siècle, le chevet, percé d’un triplet, a été orné d’un vitrail par le maître verrier François Décorchemont. C’est le même artiste qui a fait les deux vitraux de la chapelle latérale sud, dédiée à la Vierge, et l’autel, lui aussi en vitrail, ce qui est exceptionnel. Il a donc joué un rôle très important dans le décor de l’église de Pacy et il convient tout d’abord de cerner sa personnalité et ses motivations.

  1. François Décorchemont  (1880 -1971) [Illustration 30]

Né à Conches en 1880, d’une longue lignée d’artistes travaillant pour l’Eglise (son père, Louis-Emile Décorchemont (1851-1920), statuaire, collaborateur de Jean-Léon Gérôme, était professeur de sculpture à l'Ecole nationale des Arts décoratifs de Paris), François Décorchemont s’oriente vers l’Ecole des Arts décoratifs paternelle, dont il sort en 1900, avec un talent reconnu de peintre qui assure l’essentiel de sa production jusqu’en 1930.

  1. L’ inventeur de techniques nouvelles

-          Le cristal et ses teintes

Mais, dès ses débuts, il s’intéresse aussi à la céramique et, en 1903, à l’occasion d’une cuisson ‘ratée’, il est mis sur le chemin de sa découverte de la pâte de verre : les grès surchauffés ont acquis une transparence proche de celle du verre : « La fabrication du verre est déjà en soi une alchimie : elle transmute par le feu la matière opaque (silice + potasse) en matière transparente à la lumière. (…) Cette transmutation « alchimique » de la silice-potasse en verre peut encore être amenée à une plus grande perfection de transparence en ajoutant à leur mélange l’élément le plus opaque qui soit ici-bas : le plomb. (…) La matière obtenue par transmutation au four est alors la plus parfaitement transparente possible : c’est le cristal. Plus il y a de plomb au départ (jusqu’à 30%), plus le cristal est pur et limpide.[38] »

Il se procure des bouts de cristal (acheté dans les ‘chutes’ des cristalleries, chez Daum notamment), qu'il pile et broie en fines particules, comme de la farine ; puis il ajoute au cristal des oxydes métalliques, pour obtenir, par une première cuisson, «  une matière qui prend un éclat proche des pierres comme l’agate, l’onyx, l’émeraude, la jade, la malachite, l’améthyste, le marbre, dont il imite les veines[39] » ; chaque coloris, à nouveau finement broyé, est rangé dans un pot. [Illustration 30]

-          Le moulage

L’artiste façonne alors un moule en terre réfractaire en suivant le carton du vitrail qu'il a préparé. Dans chaque alvéole, il verse les brisures colorées, qui vont fondre à la chaleur et prendre la forme du moule. En effet, à partir de 1909, tout en maintenant sa production de pâte de verre fine, François Décorchemont, au lieu de découper les morceaux de verre, s'est engagé dans l'expérimentation d'une nouvelle technique de moulage du verre, pour adapter au verre le procédé de coulage du bronze ‘à cire perdue’. Il lui a fallu inventer une composition spéciale réfractaire pour les moules, qu’il façonne lui-même selon les contours du carton du vitrail.

Encouragé par son père, il multiplie les essais et met ainsi au point une nouvelle composition de pâte vitrifiée assurant transparence et lumière : «  Du verre écrasé, recuit longtemps et modelé comme une céramique. Les moules sont là, on fait ses couleurs, on les emplit, on enfourne à 1 250 degrés pendant 12 heures. On fait son matériau soi-même : c’est tout », écrit-il modestement en 1925, lorsqu’il est arrivé à un résultat satisfaisant et produit des objets d’art décoratif, vases et coupes translucides. Mais encore a-t-il fallu inventer un nouveau four à pétrole capable de maintenir une température régulière pendant toute la cuisson !

Son premier vitrail est réalisé en 1932 : en 1933, à 53 ans, il est un artiste reconnu, qui semble bien avoir retrouvé le secret des maîtres verriers médiévaux, qui ont emporté avec eux leurs secrets de fabrication, pour obtenir quelque chose de «  l’extraordinaire qualité des rouges et des bleus, dits ‘de Chartres’, des verres des XIIe et XIIIe siècles[40] ».

-          Le ciment

Une fois refroidis, les morceaux de vitrail sont démoulés et mis en place, maintenus par un cadre de fer. Nouvelles innovations, les joints sont faits au ciment et non au plomb, et Décorchemont ne peint pas les détails (du visage, des mains) sur le verre, comme les verriers d’autrefois : il inscrit ces détails en relief sur les moules réfractaires, pour qu’ils apparaissent en creux dans le verre ; une fois les creux remplis de ciment, les détails apparaissent en noir dans l’image du vitrail.

  1. Les premiers vitraux : un chemin spirituel

En 1933, à 53 ans, il se lance dans la confection de son premier vitrail. Le sujet en est encore profane : une coupe de fruits, qu’il expose au Salon des décorateurs la même année. C’est un succès. Son marchand, Rouart, et son ami banquier parisien, Robert Zunz, veulent tous les deux l’acheter. En revanche, le sujet des deux vitraux qu’il réalise en 1934 est religieux : une grande Piéta et un Ave Maria, qu’il gardera pour lui-même dans son atelier, ainsi qu’un vitrail circulaire pour l’abbaye de Saint-Wandrille, qu’il expose la même année à Galliera.   Serait-il poussé par un motif religieux, dans ce choix du vitrail, et du vitrail d’église, après une œuvre exclusivement profane ?                                                                                                                              

Elevé par un père plutôt anticlérical (qui refuse les derniers sacrements à sa mort, en 1921), François Décorchemont n’a jusque-là jamais manifesté d’intérêt particulier pour la religion. Mais, après la mort de sa première épouse, également en 1921, lors de la naissance de leur fille Michelle, il se remarie en 1928 avec Marie-Antoinette Pellet, qui est une catholique fervente, et prend l’habitude de l’accompagner à la messe chaque dimanche, à l’église de Conches, où il se plaçait toujours avec sa fille devant le vitrail des litanies de la Vierge. Le chanoine Leprieur, rencontré dès les années 30, son admirateur, son confident et son ami, n’est peut-être pas étranger, non plus, à sa conversion.

L’abbé Loutil, curé de Saint-François de Sales, plus connu sous son pseudonyme littéraire de Pierre l’Ermite, qui venait d’être chargé par le cardinal Verdier de construire une nouvelle église, a le coup de foudre pour le vitrail exposé à Galliera et lui commande 3 immenses verrières (300 m2) pour son chantier de la future Sainte-Odile, à Paris, près de la Porte Champerret. Lancé en 1935, le chantier l’occupe à plein temps pendant deux ans, et l’église est ouverte au culte en 1937, par le cardinal Pacelli (futur Pie XII), alors nonce apostolique à Paris. Cette magnifique réalisation le fait connaître, et les commandes affluent : église de Tressaint en Bretagne, église d’Acquigny (1938) et de Saint-Etienne-l’Allier (1939) dans l’Eure, avant que la guerre n’interrompe ses travaux, faute de combustible pour ses fours. La famille vit donc la guerre dans la plus grande pauvreté. En 1944, les Décorchemont accueillent, à la mort de son père, Jean Zunz, qui, au contact de leur foi rayonnante, se convertit au catholicisme. François Décorchemont est son parrain lors de son baptême en 1946.

  1. Son œuvre dans l’Eure, en collaboration avec les curés des paroisses

De 1946 à sa mort en 1971, il a décoré une trentaine d'églises dans l'Eure, son département : Acquigny, Berville-la-Campagne, Beuzeville, La Bonneville-sur-Iton, Bournainville-Faverolles, Champ-Dolent, Conches-en-Ouche, Duranville, Etrépagny, Ferrières-Haut-Clocher, La Ferrière-sur-Risle, Gaillon, Hacqueville, Igoville, Lyons-la-forêt, Ménesqueville, Menneval, Mesnil-sur-l'Estrée, Muids, Nagel-Séez-Mesnil, Pacy-sur-Eure, Pont-Saint-Pierre, Rosay-sur-Lieure, Saint-Denis-d'Augerons, Saint-Étienne-l'Allier, Sainte-Marthe, Saint-Ouen-du-Tilleul, Saint-Pierre-de-Cormeilles.[carte : Illustration 30] La comparaison de ces vitraux avec ceux de Pacy est souvent éclairante.

En général, les commandes lui sont faites par les curés des paroisses, dont certains deviennent des amis, en particulier le chanoine Leprieur, qui le soutient moralement pendant les années de guerre, et qui, devenu curé de Beuzeville, lui demande de restaurer l’église Saint-Hélier, de 1953 à 1960, son chantier le plus important après Sainte-Odile. L’abbé Bretocq, également, curé de Pacy-sur-Eure pendant la guerre, l’avait sollicité pour concevoir, préalablement à la réalisation de vitraux, un devant d’autel en pâte de verre qui serait éclairé électriquement. L’abbé Bretocq fut vraisemblablement « une des sources qui alimentèrent l’esprit dans lequel Décorchemont concevait l’iconographie de ses vitraux, d’un esprit fidèlement inscrit dans la tradition multiséculaire de l’Eglise. » Il écrit à François Décorchemont en 1943, au sujet de l’autel : « Quant à moi, je tiens essentiellement à mes animaux symboliques et mystiques (les 2 paons au derrière de l’autel). Ils sont les compléments de vos panneaux et forment avec leur figuration une magnifique synthèse liturgique et iconographique. Tout cela emballe littéralement Monseigneur l’évêque et les Pères bénédictins, les professeurs du grand séminaire, etc. »

François Décorchement, enfant, avait vécu dans une chambre qui était en même temps la bibliothèque de la maison, bien garnie en livres d’art et en œuvres littéraires; enfant calme et réfléchi, il aimait la lecture, et sa culture personnelle n’était certainement pas petite. Il avait lu, entre autres, Bloy et Bernanos. Mais cette lettre permet de deviner en outre, à travers ses échanges avec l’abbé Bretocq, des contacts avec des milieux ecclésiastiques cultivés et ouverts à l’art.

Plus tard, dans une lettre non datée, le même abbé Bretocq décrit avec enthousiasme à Décorchemont, qui préparait les cartons des vitraux de l’église [Illustration 30], une photographie de l’abside de Saint-Clément-de-Rome, construite au XIIe siècle, après 1112, qu’il confond avec celle de San Apollinare in Classe, à Ravenne, dont elle est d’ailleurs étroitement inspirée, et qu’il croit du IVe siècle (on la date maintenant vers 540) [Illustration 53] : « Entre des rinceaux de feuillages, une grande croix noire se dresse. Du pied de cette croix s’échappent quatre fleuves où deux paons viennent s’abreuver. Tout au long et dans les bras de la croix, douze colombes blanches s’agrippent, tandis qu’au-dessous se présente la procession de douze agneaux vers l’Agneau nimbé central qui est le Christ ; Et vous voudriez que j’abandonne une tradition qui depuis seize siècles confirme la véracité de la croyance évangélique ! » Décorchement aurait-il exprimé des réticences à suivre l’abbé dans son élaboration iconographique à travers ces symboles empruntés à l’art du renouveau paléochrétien romain de la Réforme grégorienne ? En tous cas, l’artiste a suivi ponctuellement les directives du curé de Pacy puisqu’on voit, au dos de l’autel, les fleuves du Paradis et les paons qui s’y abreuvent. Il conservera le motif des quatre fleuves sous le Christ en croix de l’église de Gaillon, en 1955.

Décorchemont a certainement partagé la conviction pédagogique du prêtre concernant le rôle de l’art dans les églises : ce dernier écrivait, dans la même lettre à l’artiste : « A l’église, l’art doit être avant tout un enseignement pour le peuple. L’autel et les verrières de Pacy seront de magnifiques leçons de catéchisme que le prêtre pourra dévoiler aux enfants et aux fidèles ! »

Il analyse ainsi le vitrail de l’autel : « C’est l’effervescence de la vie divine dans les âmes depuis le point initial jusqu’à l’apothéose du ciel, et tout cela par le rayonnement de l’Eucharistie préfigurée et réalisée par la victoire du Christ sur le démon. »

L’autel a été réalisé après 1943 (il est en projet dans la lettre de l’abbé à Décorchemont), après sans doute la fin de la guerre, où l’artiste a cruellement manqué de combustible pour ses fours, sans doute entre 1945 et 1951 (il a été réalisé avant le vitrail du chevet).

Le vitrail du chevet fut posé en 1951, commandé par l’abbé Nauthou, curé de la paroisse, qui a repris le projet de son prédécesseur. « L’administration des Monuments historiques avait donné son accord pour l’exécution de ce projet. Or, le jour même où l’on devait mettre en place la verrière dans l’église, le curé reçut un appel téléphonique des Monuments historiques le lui interdisant ! Il passa outre à ce contrordre et la verrière resta définitivement en place. »

Les deux vitraux des litanies de la Vierge portent, en bas à droite, le cachet du maître verrier et la date de 1961.

  1. Conclusion

Voici le témoignage de son ami prêtre, Raymond Leprieur, quelques mois après sa mort en 1971, dans un numéro spécial, des Nouvelles de l’Eure : « Il vivait modestement, tissant la trame de ses jours dans l’étude, la réflexion, qui suivaient ses inspirations. En aucun moment il n’a cherché l’exploitation de son travail, bien au contraire. Il demandait des compensations selon les disponibilités qu’on pouvait lui donner, jusqu’à se démunir lui-même pour faire plaisir… et pour la gloire de Dieu. Cette bonté généreuse, il n’a fait que la démontrer toute sa vie : que de paroisses dont les moyens financiers étaient réduits, ont bénéficié de ses largesses ! Sa richesse était tout entière dans sa bonté. »

Et Jean Marchal, p.6 de son livre :  « En plein XXe siècle, comme un artisan médiéval, il fabrique son vitrail de bout en bout : il fabrique son matériau, la pâte de cristal, qu’il cuit lui-même au four et dont il a inventé la formule. Il conçoit le carton, dessin et couleur, qu’il exécute lui-même.[Illustration 30] C’est enfin lui qui pose le vitrail dans la fenêtre auquel il est destiné. Sa parenté spirituelle avec les verriers de Chartres ou de Bourges repose notamment sur une connaissance étendue de l’histoire et des Ecritures sacrées du christianisme, mise au service d’une foi profonde qui transparaît à travers toute son œuvre. »

Dans les années cinquante, lorsqu’il réalise les vitraux de Pacy, Décorchemont est en pleine possession de sa technique, mise au point depuis plus de vingt ans qu’il l’expérimente. L'originalité de cette technique lui permet d'obtenir des effets inédits dans ses morceaux de verre, dont les couleurs peuvent être mouchetées, marbrées, au gré de son inspiration, pour peu qu’il mêle plusieurs tons dans les creusets. On peut remarquer, dans le vitrail du chevet de Pacy, les stries derrière les Anges ; dans les vitraux du bas-côté sud, les nuances de bleu.

Contrairement aux maîtres-verriers du Moyen Âge qui peignaient les détails, Décorchemont ne redessine rien sur ses vitraux, pas même les traits du visage : il les obtient en opacifiant au ciment les creux qu'il a ménagés sous forme de reliefs dans son moule. Il en résulte une stylisation des personnages qui leur donne beaucoup de lisibilité.

Comme Décorchemont, par goût et par convictions personnelles, a profondément étudié le symbolisme médiéval, et qu’il est poussé dans ce sens par ses commanditaires ecclésiastiques, en particulier le curé de Pacy, l’abbé Bartocq, c’est à ce symbolisme qu’il nous faut faire appel pour déchiffrer le sens de ses vitraux de Pacy.

  1. Le vitrail du chevet [Illustration 31]

Le vitrail de l’Ascension, posé en 1951, est la deuxième œuvre réalisée par François Décorchemont dans l’église de Pacy, mais c’est la première que nous étudions puisque nous avons commencé par une étude des fenêtres de l’église : l’autel, qui est antérieur dans le temps, sera étudié ensuite.

Le thème de l’Ascension était-il déjà traité dans des vitraux anciens qu’aurait remplacés le vitrail moderne de Décorchemont ? A l’origine, au moment de la construction de l’église au XIIIe siècle, les fenêtres ouvrant le mur du fond de l’église de Pacy n’étaient sûrement pas ornées de vitraux colorés, car, normalement, les fenêtres cisterciennes étaient sans couleur et sans images, comme le montrent les vitraux d’Aubazines ou de la Bénisson-Dieu [Illustration 31].

Pour choisir le sujet de ses vitraux, Décorchemont s’est sans doute inspiré de l’exemple de la cathédrale de Chartres, où l’Ascension est justement représentée dans le vitrail axial du chœur (fenêtre 00), en haut du vitrail des Apôtres. Or on réserve cet emplacement axial au vitrail le plus important d’une église, celui qui est au-dessus du maître-autel, centre de l’édifice. [Illustration 32].

L’Ascension est également représentée sur la façade ou au tympan du porche central de plusieurs cathédrales romanes du XIIe siècle, par exemple à la cathédrale d’Angoulême (vers 1110-1125), au tympan de la cathédrale Saint-Etienne de Cahors (vers 1135), ou au sommet de la façade de Notre-Dame-la-grande à Poitiers (durant le deuxième quart du XIIesiècle).  [Illustration 33]

L’image choisie pour orner la façade d’une cathédrale révèle aussi une image importante.

Pourquoi avoir choisi de représenter l’Ascension à cette place privilégiée ?

  1. Le centre de la foi : le ‘kérygme’

Nous proclamons à propos de Jésus-Christ dans le Credo : « Le troisième jour, Il est ressuscité des morts. Il est monté aux cieux. Il est assis à la droite de Dieu, le Père tout puissant ». Les apôtres n’avaient pas de mots appropriés pour dire l’expérience inouïe de la résurrection. Notre mot de résurrection signifie, dans son étymologie latine, « se lever de nouveau, se relever », c’est-à-dire passer de la position horizontale du mort, à la position verticale du vivant. Mais cet aspect de la résurrection ne suffisait pas à dire, pour le Christ, le « phénomène résurrection» dans sa radicale singularité : il ne distingue pas, en effet, la « résurrection » d’un simple retour provisoire à la vie terrestre (comme celle de Lazare, par exemple, qui est mort de sa bonne mort, après que Jésus l’a sorti de son tombeau, en signe de ce qui allait lui arriver à Lui). Le complément indispensable au « relèvement » pour dire la résurrection du Christ, c’est la « montée aux cieux » et la gloire d’être « assis à la droite de Dieu » : Jésus vit d’une vie différente de notre vie terrestre, inconcevable jusqu’alors pour un homme, auprès de Dieu. Sa « résurrection » par le Père montre qu’il n’était pas un imposteur lorsqu’il se faisait d’un «  rang qui l’égalait à Dieu » (en pardonnant les péchés, en se proclamant « Fils de l’Homme » destiné à revenir « sur les nuées du ciel » pour juger tous les hommes à la fin des temps, en se disant « maître du sabbat », etc.) Nous le proclamons dans le Credo : « Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. » L’Ascension est une façon très parlante de dire que Jésus a retrouvé, avec son corps d’homme, sa place à part entière de Personne de la Trinité divine.

La Résurrection d’entre les morts et la glorification du Christ Jésus constituent le cœur de notre foi chrétienne, nous distingue des Juifs et des musulmans : c’est ce qu’on appelle le « kérygme », c’est-à-dire la ‘proclamation à la trompette’ sur toutes les places publiques, de ce dont les apôtres ont été les témoins : « Ce Jésus que vous avez mis à mort, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts » et Dieu atteste donc qu’Il est bien le Messie, Messie qui est Dieu lui-même venu nous visiter.

  1. Description [Illustration 34]

-Dans les images anciennes citées ci-dessus, le Christ apparaît toujours debout dans une mandorle, figure formée par deux arcs de cercle accolés qui entourent un personnage, convention iconographique pour indiquer que le personnage est dans un autre monde que le nôtre. Il porte une auréole crucifère, mettant en relation la gloire et la croix. Des anges porteurs d’encensoirs l’entourent, ainsi que quatre êtres vivants : un lion, un taureau, un homme et un aigle.

Toutefois, « depuis le VIe siècle au moins, écrit Jean Wirth, le thème de l’Ascension connaît une représentation extrêmement statique qui en fait moins le compte-rendu d’un évènement qu’une image de l’Eglise terrestre, sous la forme des apôtres entourant la Vierge, dominée depuis le ciel par la majesté du Christ[41] ».

A Pacy-sur-Eure, Décorchemont a bien conservé les éléments caractéristiques d’une Ascension : le Christ debout avec l’auréole crucifère, la mandorle et les Anges. Comme à Cahors et à Angoulême, le Christ tient à la main Le Livre, les Ecritures qui révèlent Qui Il est. Contrairement à Angoulême, où les nuées apparaissent au-dessus du Christ (il est présenté pendant son Ascension), Décorchemont a placé les nuées sous les pieds du Christ, montrant qu’Il est au-dessus d’elles, déjà aux Cieux : il place la scène au moment des Actes des Apôtres, 1, 9 : « A ces mots, sous leurs regards, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. »

-Deux parties s’opposent en effet dans le vitrail par leurs couleurs violemment contrastées : la partie haute, à fond d’azur sombre, traversé de l’or et de la flamme de la mandorle et des anges, évoque la gloire des cieux et le feu de l’Esprit ; la partie basse évoque une terre de vie intense avec le fond vert de l’herbe, une herbe qui tapisserait le sommet d’une montagne, comme le montrent les pentes ascendantes à droite et à gauche, montagne où saint Matthieu situe l’Ascension, en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous »(Mat. 28, 16), la montagne étant le lieu des théophanies où Jésus se révèle dans sa gloire (Cf la Transfiguration). La représentation de la montagne lie donc fortement la partie haute et la partie basse de l’image, comme lieu où le Ciel se révèle sur la Terre. (Cf ci-dessus, II. A. Le symbolisme de la montagne]

-Mais ce n’est pas l’encensoir que manient les Anges à Pacy; ils jouent de la trompette, [Illustration 36] évoquant Apocalypse 8,1 : « Et lorsque l'Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure 2 Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu; on leur remit sept trompettes.(…) 6 Les sept Anges aux sept trompettes s'apprêtèrent à sonner. » A chaque sonnerie de trompette, des fléaux de destruction s’abattent alors sur la terre, jusqu’à Apocalypse 11, 15 : « Et le septième Ange sonna... Alors, au ciel, des voix clamèrent: "La royauté du monde est acquise à notre Seigneur ainsi qu'à son Christ; il régnera dans les siècles des siècles." Plus que les fléaux de destruction, c’est la royauté du Christ que les Anges trompettistes du vitrail de l’Ascension de Pacy évoquent, comme en un comité d’accueil triomphal au Christ dans les cieux. Ils rappellent aussi le Psaume 46 (où l’instrument n’est pas la trompette, mais le cor) : « Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur aux éclats du cor. Sonnez pour notre Dieu, sonnez. Car Dieu est le roi de la terre : que vos musiques l’annoncent ».

Le mouvement de leurs ailes est remarquable, en particulier pour les Anges du sommet. Leur corps lumineux et leurs ailes cuivrées, leurs robes longilignes et doucement incurvées, forment une symphonie colorée avec le bleu intense du fond sur lequel ils apparaissent. Décorchemont n’a pas eu peur des couleurs vives, des oranges rehaussés de vert, ni des contrastes ! Les trompettes dont les pavillons sont dirigés dans toutes les directions donnent l’impression de sons éclatants. Sur les côtés, les anges sont plus sagement alignés, mais leurs fonctions sont plus variées : si un groupe de trois joue bien de la trompette, un autre tend les bras vers le Christ, et un autre joint les mains dans le geste de la prière, ou de l’émerveillement.

-Au sommet du vitrail, dans un cercle, la main de Dieu, [Illustration 36]au centre d’un rayonnement de lumière, désigne le Fils qui est en-dessous d’elle, de ses deux doigts tendus indiquant la double nature humaine et divine du Fils et montre que cette aventure de l’Incarnation du Fils et de la Rédemption de l’Humanité s’est faite selon sa volonté, et que la glorification du Fils vient bien aussi de Lui : les ailes de l’ange du haut enveloppent littéralement le cercle de la main divine : l’ange épouse ainsi, en bon messager, le vouloir divin.

-La main gauche du Christ reproduit le geste de la main du Père [Illustration 37]: le Fils accepte de tout son vouloir le désir du Père, il le fait totalement sien. En même temps, ce geste est celui de la bénédiction, l’ultime geste de Jésus à ses apôtres rassemblés, tel que le relate saint Luc, 24, 50-51 : « Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Et il advint, comme il les bénissait, qu’il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. »

Les rayons, jaune lumineux et ocres, de la même couleur que les vêtements de Jésus, montrent par leur disposition rayonnante, comme autour d’un soleil, qu’ils émanent de Lui. Ils rappellent le Christ de la Pentecôte du tympan de Vézelay, en même temps que les sept étoiles au bout des rayons évoquent, par leur nombre, les sept dons de l’Esprit : telle est bien la Promesse du Christ lorsqu’il annonce son départ aux apôtres, en saint Jean, 14, 12 (« Je vais vers le Père »), de ne pas les laisser orphelins, mais que : « le Paraclet, le Défenseur, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »(15,20) et en 16, 7 : « C’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » « C’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous expliquera. »(16, 15) L’ascension est en même temps une promesse de Pentecôte, annoncée également par Luc dans les ultimes paroles du Christ au verset 49 : « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut », et reprise dans les Actes 1, 8 : « Vous donc vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit-Saint qui descendra sur vous. Vous serez mes témoins … »

-Sur Terre, au centre, le groupe des apôtres est rassemblé autour de la Vierge [Illustration 38], qui en forme comme le pivot et le centre.

-Marie, les mains levées et ouvertes en posture d’orante, entourée de deux anges, à la fois prie au milieu des disciples (On voit bien comment sa présence vient du récit d’Actes 1, 13-14). Son manteau, bleu intense, est déjà aux couleurs du Ciel où règne son Fils, tandis que son auréole est l’écho coloré de Sa gloire, et que sa tunique s’harmonise à celle des ailes des anges. Elle est représentée comme en lévitation au-dessus du sol, plus haute que les apôtres : l’artiste suggère ainsi son Assomption, dans le même vitrail que l’Ascension de son Fils. Il a tenu à lier fortement leur destin commun de ‘montée au ciel’ dans une seule et même scène, ce qui est très original, et très théologique : c’est parce que Jésus est monté aux cieux dans son Ascension, qu’il a appelé aux cieux, auprès de lui, sa mère, qui avait si intensément participé à sa passion. Elle partage, dès sa mort, sa glorification, prémice du sort des saints et de tous les élus à la fin des Temps.

Par sa position, elle prolonge la verticale tracée au centre du vitrail par la main du Père et le Christ dans sa mandorle et donne envie de chanter comme l’Hymne acathiste (voir plus loin, au Vitrail de la Vierge) :

« Réjouis-toi Échelle en qui Dieu descend sur la terre

Réjouis-toi Pont qui unit la terre au ciel. »

Marie, par son Assomption, est dans une situation d’intermédiaire entre la Terre et le Ciel, comme les anges. Envoyée (tel est le sens du mot ange en grec) dans ses apparitions sur Terre, ‘médiatrice’, figure de l’Eglise.

-Les anges ne figurent dans aucune scène d’Ascension des Evangiles, mais seulement dans le récit qui ouvre les Actes des Apôtres (1, 10) : « Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés ; ils leur dirent : ‘Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela, de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » En même temps qu’ils annoncent la Parousie, ces ‘hommes vêtus de blanc’ rappellent ceux qui, chez les Synoptiques, annoncent la Résurrection aux femmes venues de bon matin au tombeau. Ils ressemblent fort à des anges et mettent l’Ascension en rapport avec la Résurrection. La « montée aux cieux » est l’élément nécessairement complémentaire du « relèvement d’entre les morts » pour faire pressentir la nature de la Résurrection du Christ. Et réciproquement, le Christ qui monte aux cieux, c’est le Ressuscité : les deux « évènements » sont intimement liés, comme deux facettes d’une même réalité.

-Aux six apôtres du panneau central s’ajoutent les cinq des deux panneaux latéraux (trois à gauche et deux à droite). Ils sont donc en fait onze. Judas Iscarioth n’est plus là et Mathias n’a pas encore été désigné, comme le montre la liste de Luc en Actes 1,13. Les médiévaux s’arrangeaient pour ne pas les représenter dans ce nombre d’incomplétude. A Chartres, au portail de l’Ascension (portail de gauche du portail Ouest, = Portail Royal), ils sont dix, nombre de l’universalité. Somme des quatre premiers nombres (1+2+3+4 = 10), il exprime le Tout et l’Un, c’est-à-dire l’unité du multiple[42]. Il y a dix commandements (le Décalogue). Ils forment ensemble, l’image de l’Eglise, sur la terre, où les empreintes du Christ sont restées gravées dans une dalle de pierre, chargés, en son absence visible, de continuer sa mission de salut divin pour l’humanité.

Dans le vitrail de Pacy, ils sont tous auréolés, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, en signe de diversité. Parmi eux, à droite, une femme voilée à genoux s’oppose nettement aux cinq autres apôtres barbus ; est-ce Marie-Madeleine    (Les Actes mentionnent quelques femmes parmi les disciples, avec Marie) ? En ce cas, on a bien dix apôtres masculins, qui, avec les ‘hommes vêtus de blanc’, reconstituent le duodénaire de la tradition, auxquels s’ajoute une femme, Marie-Madeleine étant considérée, à cause de son annonce de la Résurrection aux apôtres, comme l’apôtre des apôtres. Elle est comme le signe de la nouvelle reconnaissance des femmes dans l’Eglise et comme un signe de la reconnaissance de Décorchemont à sa deuxième épouse, qui a été le premier témoin qui l’a amené à la foi dans son histoire personnelle.

-Au-dessus de la verdeur de l’herbe terrestre, dans une zone intermédiaire entre la Terre et le Ciel, une foule semble monter à droite et à gauche, au-dessus de l’auréole des apôtres, comme en étant le prolongement. [Illustration 39]

A gauche, on peut distinguer dans cette foule, en bas un personnage couronné d’or, à manteau bleu à fleurs de lys, muni d’un sceptre en forme aussi de fleur de lys, qui est en tous cas un roi de France, et qui pourrait être saint Louis, qu’affectionnait Décorchemont et qu’il a représenté dans un vitrail de Beuzeville où son nom est inscrit [Illustration 40] ; en haut un évêque coiffé de sa mitre impose les mains à un malade étendu sur un lit. Il rappelle l’image chartraine de saint Lubin (saint évêque qui a délimité le diocèse de Chartres au VIe siècle et fondé des écoles pour son clergé), donnant les derniers sacrements à son prédécesseur sur le siège de l’épiscopat, saint Calétric, mourant. [Illustration 40] Entre eux, des personnages à faciès et coiffures très divers, allant de la coiffure inca, à la tiare, à la chéchia et au fez, évoquent la diversité des peuples du monde, auxquels les apôtres sont appelés, justement dans la mission confiée à son départ auprès du Père fêté à l’Ascension, à aller porter la bonne nouvelle et à être les témoins du Christ « jusqu’aux extrémités de la Terre »(Ac., 1, 8) : « De toutes les nations faites des disciples » (Mat 28, 19). Au centre, une femme porte la coiffe blanche caractéristique de la Normandie pour nous rappeler que nous aussi, dans cette église de Pacy, nous sommes appelés à aller proclamer la Bonne Nouvelle. L’évêque, au sommet et à la pointe de la foule qui s’avance et monte vers la mandorle du Christ, montre son rôle de dispensateur des sacrements de l’Eglise dans la progression des fidèles vers la Vie éternelle en Christ, tandis que l’ange, au-dessus, prie, les mains jointes, pour le peuple.

-En bas du vitrail, à droite, les armes de Pacy, « d’argent à la rose de gueules », (données à la ville par Philippe Auguste en 1207, pour répondre à la requête des bourgeois de la ville d’appartenir au Royaume de France, et non d’Angleterre), et celles de l’évêque d’Evreux (en fonction au moment de la création du vitrail), à gauche, rendent également la ville et le diocèse parties prenantes de la scène représentée.[Illustration 40]

-A droite, portant barbe et cheveux longs, sont évoqués des personnages de l’Ancien Testament. On reconnaît distinctement Moïse, qui porte les Tables de la Loi, et le roi David avec sa harpe[Il figure également sur un vitrail de Beuzeville : Illustration 40]. L’ange à gauche semble exprimer, de ses mains tendues vers le haut, l’attente priante d’Israël pour la venue du Messie, nouveau Moïse, et fils de David. Entre eux, Noé tient son arche, préfiguration de l’Eglise. On distingue la tête d’un petit âne, dans la verdure, sous les prophètes. Outre l’amitié de Décorchemont pour la modestie de cet animal (qui correspondait assez à la sienne), on peut voir à sa présence des raisons bibliques. L’ânesse de Balaam (Nombres, chap 22, 21-34) s’est montrée meilleur prophète que son maître : elle voit l’Ange de Dieu sur le chemin, qui barre la route à Balaam, alors que Balaam ne les voit pas, et l’Ange lui donne la parole pour avertir Balaam. Balaam est un prophète païen, qui a prophétisé à des rois païens qu’il voyait une étoile se lever en Israël. L’étoile qui, dans l’Evangile, guide les Mages jusqu’à la crèche répond à sa prophétie. Le bœuf et l’âne de la crèche, d’autre part, ne sont pas seulement une invention des Evangiles apocryphes. Toute la tradition patristique des premiers siècles a mis le détail intentionnel de Luc concernant la mangeoire pour animaux de l’étable[43] en rapport avec la première « vision (1,1)» prophétique d’Isaïe (Is 1 ; 2-3), où le prophète dénonce l’aveuglement d’Israël qui ne reconnaît pas en Yahvé un Père aimant : « Cieux écoutez, terre prête l’oreille, car le Seigneur parle : J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, mais ils se sont révoltés contre moi. Le bœuf reconnaît son bouvier, et l’âne la crèche de son maître, mais Israël ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien. »

Peu de passages des prophètes ont été plus souvent cités que ce texte d’Isaïe[44]. Car c'était précisément dans une crèche qu'était né le Sauveur des hommes ! Saint Grégoire de Naziance[45] exhorte ainsi le fidèle : " Adore cette crèche où, privé de raison jusqu'alors, tu as été nourri par la Raison même ; connais comme le Bœuf celui qui t'a racheté, c'est Isaïe qui te l'ordonne, et comme l'Ane, la crèche de ton Seigneur ». Ambroise de Milan (vers 340-397) invite à dépasser ce qu'il y a de visible dans la scène de la Nativité (l'Enfant qui vagit dans ses langes), pour prêter attention aux choses invisibles que cela signifie, et invite le fidèle à reconnaître, par la présence de ces deux animaux que le prophète avait aperçus, la Divinité cachée de Jésus, la présence du Seigneur de l’Univers lui-même, qui vient sauver l’Humanité. Là encore, l’âne a été placé par la Tradition dans la crèche car il sait y reconnaître le Fils de Dieu lui-même de façon prophétique.

C’est donc avec un certain humour que Décorchemont le place parmi les prophètes.

Enfin il est peut-être là aussi pour nous rappeler que la Rédemption atteint non seulement l’humanité mais aussi tout le cosmos, comme le dit saint Paul : « La Création toute entière aspire à la Révélation des Fils de Dieu. »

La place faite ici à l’Ancien Testament dans l’iconographie de l’Ascension serait impensable à la génération précédente ; elle est certainement le signe d’une réhabilitation de l’Ancien Testament, car elle exprime la continuité des deux Alliances et non leur opposition. On retrouve l’intuition des porches de Moissac et de Souillac, où les prophètes jouent le rôle d’atlantes, portant en quelque sorte la révélation sur leurs épaules, ou celle des porches du Portail royal de Chartres, où les statues colonnes des prophètes et des Rois de l’Ancien Testament forme le cortège qui nous invite à entrer dans le lieu dont le Christ, en son Ascension justement à la Baie de gauche, est la Porte.

Tandis que le panneau de gauche du vitrail axial de Pacy chante l’universalité de l’Eglise dans l’espace du monde et de ses différentes nations, le panneau de droite chante son universalité dans le Temps, l’Ancien Testament annonçant le Nouveau, et le Nouveau accomplissant l’Ancien. L’unité et l’immutabilité de Dieu qui règne sur le Temps (Cf L’Apocalypse  nomme Dieu :’ Il est, il était et il vient’) donne désormais sens à l’histoire universelle, toute tendue vers le retour eschatologique du Christ dans la gloire.

La place donnée dans le vitrail au ‘Peuple de Dieu’de la Nouvelle Alliance dans la partie gauche annonce une des thématiques importantes du Concile Vatican II.

-Le vitrail de l’Ascension révèle la méthode de travail de l’artiste. Il rassemble les éléments des différentes traditions de l’Ecriture pour en présenter une synthèse ; il ne se contente pas d’illustrer des éléments bruts, mais interprète leur sens théologique. La présence des anges à l’Ascension, par exemple, met en évidence, par l’image, le rapport théologique de l’Ascension et de la Résurrection. Plus que de ‘représenter’ le moment ‘historique’ de l’Ascension, le vitrail s’attache à mettre en image le rapport que le texte des Actes tisse entre l’Ascension et la Parousie : la vision qu’il nous donne est celle du Christ dans la gloire, telle qu’ont pu la pressentir les apôtres et telle qu’elle nous sera révélée à la Parousie. Le vitrail met également en lumière la portée ecclésiologique de l’évènement, telle notamment que l’exprime saint Jean : l’envoi de l’Esprit Saint, qui a « parlé par les prophètes » de l’Ancien Testament, constitue l’Eglise, qui, à travers le temps et l’espace, grandit jusqu’aux extrémités du monde. Le vitrail nous invite donc à contempler l’évènement ‘sub specie aeternitatis’, du point de vue de l’éternité, dans la perspective du projet de Dieu pour l’humanité.

  1. Les vitraux de la chapelle de la Vierge (Illustration 41).

Deux vitraux, l’un au fond de la chapelle de la Vierge, l’autre sur son côté droit, forment un ensemble : leur « champ » (ou leur fond) est, à tous deux, du même bleu profond, caractéristique des vitraux médiévaux de Chartres, [Illustration 42] dont ils reprennent le mode de représentation sur un champ uniforme et non représentatif (comme le seront paysages ou décors). François Décorchemont voue une affection filiale à Marie : c’est devant un vitrail des ‘litanies de la Vierge’ qu’il assistait avec sa femme à la messe dans sa paroisse, l’église de Conches ; c’est ce vitrail qu’il contemplait lorsque le sermon l’ennuyait, c’est avec la Vierge qu’il s’est peu à peu ‘converti’. On y retrouve, à côté des principaux motifs des vitraux de l’église de Pacy ( la tour, les fleurs de lys, le soleil et la lune), des banderoles où sont inscrites en latin les invocations des hymnes à la Vierge. Le vitrail de l’église de Conches donne la clé de lecture du vitrail de Pacy : il s’agit d’une évocation des litanies de la Vierge. François Décorchemont a également ‘écrit’ un vitrail des Litanies de la Vierge à Beuzeville, où l’on retrouve le même procédé d’évocation des litanies, sur fond bleu intense, par le soleil, la lune, l’étoile, la fleur de lys, la Porte, le miroir, la fleur à trois pétales et deux tiges …[Illustration 43]

  1. Les hymnes à la vierge

Mais ils s’écartent des vitraux chartrains du XIIe ou du XIIIe siècles en ce qu’ils ne sont pas « narratifs », qu’ils ne nous ‘racontent’ pas des épisodes des Evangiles, mais qu’ils représentent un certain nombre d’objets disparates, à première vue hétéroclites : lettres, étoiles, tour, puits, fleur de lys, etc., qui trouvent leur sens et leur cohérence dans les images métaphoriques, poétiques, décernées à la Vierge dans les hymnes, aussi bien les litanies latines à la vierge que l’hymne « acathiste » (= « qu’on chante debout ») des liturgies byzantines. Que cette hymne ait été composée par Romanos le Mélode (+ 560) ou au VllIème siècle, il semble que le texte soit lié historiquement au siège de Constantinople en 626, où la ville fut délivrée après que le patriarche Sergius l’eut consacrée à la mère de Dieu.[46]

En tous cas, la tradition mentionne très vite le chant de l'Acathiste lors de la célébration anniversaire de la victoire, le 8 août. L'hymne acathiste est un poème acrostiche alphabétique, chacune des 24 strophes commençant par l'une des lettres de l'alphabet grec. Dès le IXème siècle, l'hymne fut traduite en latin à Venise pour une célébration annuelle de la Vierge à l'instar de l’Orient. Vers 1050 à Paris, une Salutatio Sanctae Mariae reprenait en neuf strophes des éléments de l'Acathiste et tout au long du Moyen Age, l'hymne grecque ne cessa d’inspirer la composition de pièces paraliturgiques, comme la série des 150 antiennes strophiques du Psautier Marial ou le Rosarium (Rosaire) dans sa coutume de méditer la salutation de l'ange à Marie en lien avec l'histoire du Salut.

(Le texte complet des litanies latines et de l’hymne acathiste est donné en annexe).

  1. Eléments communs aux deux vitraux (Illustration 41]

- Une bordure décorative de triangles bleus dont la pointe est tournée vers le centre, devant deux points rouges, chaque motif étant inclus dans un rectangle en ciment, avec un total de 12 dans la hauteur de chaque côté, 12, le « chiffre » de l’Eglise, qui nous rappelle que Marie est la Figure de l’Eglise, qui nous montre (la flèche du triangle)le Christ en sa véritable double nature d’homme et de Dieu (les deux points), venu sauver le monde par son Incarnation et son sacrifice (la couleur rouge).

-On retrouve dans les deux vitraux comme le « monogramme » de la Vierge avec l’initiale de son nom, « », surmontée d’une étoile. Ce monogramme n’est pas sans rappeler celui dont Marie elle-même a indiqué le dessin àune novice des Filles de la Charité, sainte Catherine Labouré, à qui elle est apparue, rue du Bac, à Paris, en 1830, pour qu’elle fasse frapper une médaille, bientôt appelée « la médaille miraculeuse » par les Parisiens qui la portèrent en invoquant Marie lors de la terrible épidémie de choléra de 1832, - qui fit plus de 20.000 morts -, devant les guérisons, les protections, les conversions dont ils étaient témoins [Illustration 43] : on y voit, sur le verso, le M de Marie et douze étoiles.

-L’étoile était depuis toujours un motif associé à Marie, dès la vision de l’Apocalypse 12, 1 : « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. » Une hymne latine la nomme  Stella maris, « Etoile de la Mer » (avec un jeu de mots entre le nom Maria et maria = les mers), et les litanies de l’église latine la saluent du nom d’ « Etoile du matin », Stella matutina :

« Vous, l'étoile du matin, qui avez annoncé la venue du soleil de la grâce, priez pour nous. »

Marie annonce par son Assomption le sort promis à tous les saints, au Jour de l’avènement final de son Fils : la résurrection des morts et de la Vie éternelle en Dieu. L’hymne acathiste grec chante :              

«  Réjouis-toi, Étoile qui annonce le Lever du Soleil. »

Chacun des vitraux est comme marqué par la répétition du motif à droite et à gauche de l’axe médian, en position basse et en position haute, avec une inversion par rapport à l’axe central.

  1. Le vitrail au fond de la chapelle de la Vierge :

Dans le vitrail du fond de la chapelle, on peut reconnaître quatre motifs, qui ne se détachent du fond bleu que par leurs contours et leur ton de bleu un peu plus clair et lumineux que le champ du vitrail : une fleur de lys ; un cercle dans lequel s’inscrivent un quartier de lune et deux arcs de cercles concentriques ; un motif floral à deux tiges et trois fleurs ; un miroir.

-La fleur de lys

Dans la symbolique médiévale, elle évoque le Fils de Marie. La prophétie d’Isaïe 11 : « 1 Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. 2 Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé : 3 son inspiration est dans la crainte de Yahvé. » est ainsi interprété par la liturgie dans le répons de l’évêque Fulbert de Chartres au XIe siècle :

« La souche de Jessé a produit une tige, et la tige, une fleur,

                   Et sur cette fleur repose l’Esprit Saint.

La tige, c’est la Vierge mère de Dieu ; et la fleur, c’est son Fils.

Au milieu du XIIe siècle, le vitrail de L’Arbre de Jessé, vitrail de droite du Portail Royal (côté intérieur) à Chartres donne à cette ‘fleur’ toutes les caractéristiques de la fleur de lys, à cause du verset du Cantique des Cantiques 2,1 appliqué au Christ : « Je suis le narcisse de Saron, le lys des vallées ». [Illustration 42]

Mais la fiancée du Cantique, au verset suivant, est elle aussi comparée au lys : « Comme le lys entre les chardons, telle ma bien-aimée entre les jeunes femmes. » Le lys est aussi le symbole de la pureté virginale de Marie, « Vierge des Vierges », Virgo virginum, et « Mère très pure », Mater purissima, des litanies de la Vierge. Le sceptre de la vierge en Majesté du vitrail de L’Enfance à Chartres est une fleur de lys.[Illustration 42]]

-Le soleil

C’est probablement le soleil qui est évoqué par les deux cercles concentriques qui complètent le cercle de l’Univers créé, à côté de la lune. L’image évoque le « signe grandiose apparu dans le ciel » à Jean dans l’Apocalypse, 12, 1 : « C’est une femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous les pieds et douze étoiles couronnent sa tête ».

L’hymne grecque donne probablement la clé de cette image :

« Réjouis-toi tu es la première de la Création Nouvelle

Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’univers

Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout. »

-Les trois fleurs

Le motif floral, par ses trois fleurs évoque la Trinité, qui nous a été révélée par l’Incarnation du Fils, à la fois vrai Homme et vrai Dieu (les deux tiges suggérant la double nature). C’est à la Vierge, qui a permis l’Incarnation, que nous devons la révélation de ce mystère :

«  Réjouis-toi en qui s'illumine pour nous la Trinité d'Amour. »

-Le miroir

Le miroir du bas reprend un titre de la litanie latine : « Miroir de justice », Speculum justitiae, au sens du miroir médiéval, qui est l’objet où l’on peut voir ce qu’est vraiment la « justice », c’est-à-dire l’accomplissement parfait dans une vie humaine de la Loi divine, l’accomplissement des Vertus, de Foi, d’Espérance et de Charité.

« Réjouis-toi Reflet de la clarté de Dieu

Réjouis-toi Figure qui resplendit de la Résurrection du Seigneur. »

-L’étoile :

L’étoile à cinq branches est plus grande que celles qui surmontent le « M » de Marie : serait-elle l’évocation de l’ « astre sans déclin » qu’est le Christ ?

                « Réjouis-toi Mère de l'Astre sans déclin ».

Le soleil est clairement représenté dans ce vitrail du côté :

« Réjouis-toi Aurore du Soleil levant

Réjouis-toi Flambeau qui porte la Lumière véritable

Réjouis-toi Éclat de Celui qui illumine notre cœur. »

Dans les litanies de la Vierge de l’église latine, Marie est saluée du nom d’ « Etoile du matin », Stella matutina, celle qui annonce par son Assomption le sort promis à tous les saints, le plein Jour de l’avènement final de son Fils, de la résurrection des morts et de la Vie éternelle en Dieu.        

L’hymne grec acathiste (qu’on chante debout) chante :              

               «  Réjouis-toi Étoile qui annonce le Lever du Soleil . »

Apocalypse, 12, 1 : « C’est une femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ». L’hymne grecque donne probablement la clé de cette image :

             « Réjouis-toi tu es la première de la Création Nouvelle

           Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’univers.

Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout »

  1. Vitrail du côté :

On peut y reconnaître également quatre motifs : une étoile de plus grande taille au sommet ; une tour ; un soleil ; un puits. Le chiffre 8 est inscrit deux fois, au-dessus et en dessous du soleil.

-La tour fait écho au titre des litanies latines « Tour de David », Turris Davidica, ou « Tour d’ivoire », Turris eburnea, pour montrer son caractère de matière précieuse. David est le symbole du Roi qui veille sur Israël, le Peuple de Dieu, et l’hymne acathiste explicite l’image de la Tour de David :

« Réjouis-toi Solide Tour qui garde l’Église,

Réjouis-toi Rempart inébranlable de la Cité.

Et les litanies latines :

« Vous, qui êtes la tour de David, inaccessible à tous les ennemis, priez pour nous.

Vous, qui êtes la tour d'ivoire, dont la pureté est inviolable, priez pour nous ».

L’image de la tour avec sa porte n’est pas sans évoquer la découpe d’une clé, qui fait aussi partie des images de l’hymne grecque :

Réjouis-toi Clef du Royaume du Christ.

-Le soleil est clairement représenté dans ce vitrail du côté :

« Réjouis-toi Aurore du Soleil levant

Réjouis-toi Flambeau qui porte la Lumière véritable

Réjouis-toi Éclat de Celui qui illumine notre cœur. »

 

-Le puits n’est directement nommé ni dans les litanies latines, ni dans l’hymne grecque, mais quelques formulations appellent l’image de l’eau vive que nous donne le Christ, comme à la Samaritaine, ou comme le Rocher du désert d’où Moïse, figure du Christ, a fait jaillir l’eau pour le peuple d’Israël en passe de mourir de soif :

« Réjouis-toi Source d'une Eau jaillissant en Vie éternelle

Réjouis-toi Source intarissable d'allégresse

Réjouis-toi Rocher d'où jaillit la Source qui abreuve les assoiffés. »

Dans son commentaire d’IsaIe XII, 3 : Puteus hic altus est : Ce puits est profond,  le pape Innocent III[47] explique :

«  mais une fois qu'il aura été débarrassé des gravats, nous puiserons avec joie aux sources du Sauveur ».

Et à propos de la proclamation de l'Evangile à l'ambon,  Léon le Grand affirme[48] : « La Parole de L'évangile est la souce d'eau vive où les fidèles puisent une nourriture spirituelle et divine ».

-Le 8 est un chiffre symbolique : il va encore au-delà du 7 qui exprime la plénitude. Le Christ est ressuscité « le huitième jour », accomplissant par sa Résurrection le passage de l’Ancienne Alliance à la Nouvelle et inaugurant le monde nouveau des temps messianiques, où Il habite déjà au milieu de nous par son Eucharistie, nourriture de Vie qui inaugure en nous, dès notre aujourd’hui, le Royaume de Dieu qui trouvera son accomplissement au dernier jour. Les huit Béatitudes définissent l’esprit de l’ère nouvelle. Comme c’est par le Baptême qu’on ressuscite avec le Christ et qu’on devient citoyen du Royaume de Dieu, les baptistères ont été souvent construits sur un plan octogonal (baptistère du Latran, de Fréjus).          

La Vierge, par son Assomption, est la première à manifester pleinement ce qu’est le Temps du huitième jour inauguré par son Fils, qui est le Temps de la Résurrection et de la création nouvelle.   Elle est la « Nouvelle Eve », comme le Christ est le « Nouvel Adam ».                                    

Conclusion :

Le vitrail de Décorchemont reprend la tradition des vitraux médiévaux dont la fonction est d’être une aide à la prière contemplative. Les images ne sont pas univoques : elles peuvent signifier plusieurs choses à la fois. Par exemple le soleil, image du Christ ressuscité, est inscrit dans un cercle qui évoque la forme ronde d’une hostie. L’ensemble du vitrail pourrait alors éventuellement se lire comme la Vie en Marie, figure de l’Eglise, donnée par le baptême (l’eau du puits), nourrie par l’Eucharistie, nourriture de Résurrection, dans l’Eglise (la tour) du huitième jour, jusqu’à la Parousie, lorsque l’Etoile du matin se lèvera dans notre cœur.

La première réaction de Pierre, en présence du Christ transfiguré, est de dire: "Kalon estin": "il est beau, -il est merveilleux-, que nous soyons ici". En présence du beau, du bien, du vrai, l'âme réagit par l'émerveillement. En présence du messager divin, pour Marie, une seule attitude: "Réjouis-toi". Une connivence préexiste entre l'âme et le bien et cette connivence s'exprime par le chant qui s'élève de l'âme. Ne pas chanter, lorsque Dieu s'approche de quelque manière, serait inconvenant; la seule chose convenable est le chant: "il est juste et bon de te rendre gloire, de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu"... Là où Dieu s'est manifesté, il n'y a pas d'abord le discours, il y a d'abord le jaillissement. Avant de comprendre la merveille, -la comprendrons-nous jamais ?- il s'agit de la "prendre", mieux : de se laisser prendre par elle. L'expérience biblique est bien celle-là: lorsque Dieu crée, lorsqu'il délivre, qu'il guérit, qu'il révèle, qu'il éclaire..., l'homme juste et bon répond par le chant. La Bible raconte et chante. Tel est le langage de la foi; il n'est pas analyse et discussion, il est hymne. Avant la théologie intervient la ‘doxologie’, qui signifie ‘dire la gloire de Dieu’. Dans les passages centraux de ses épîtres, Paul n'énonce pas, il jubile: "Béni soit le Père de notre Seigneur Jésus-Christ !".

Le langage du vitrail est celui de l’hymne liturgique : comme l’hymne, il chante la merveille accomplie en Marie.

  1. L’autel [Illustration 44]

L’autel n’est pas seulement un meuble fonctionnel : On s’incline en passant devant l’autel ; pour marquer sa vénération, le prêtre se penche pour baiser l’autel au début et à la fin de la messe. Dans les célébrations solennelles, il l’encense.

Pourquoi ?

  1. Un endroit surélevé

Comme dans les religions antiques et dans l’Ancien Testament, l’autel est le haut-lieu servant de point de jonction entre Dieu et le monde. L’étymologie latine du mot français autel, altare, qui signifie « autel », est fait sur la racine altus, qui veut dire «haut, élevé ». Les montagnes et les collines étaient, pour cette raison, les lieux privilégiés où l’on construisait des sanctuaires : l’homme y monte et Dieu y descend.

L’autel est la table où l’on offre à Dieu sa nourriture, la table de l’holocauste, où la victime part toute en fumée vers Dieu : placer des aliments sur cette table de pierre revient à les mettre entre les mains de Dieu ; les faire fumer, c’est les diriger vers le ciel, pour que Dieu en respire l’agréable odeur, comme le sacrifice de Noé en Gn 8, 21. Les offrandes de victimes y « passent » dans le domaine du sacré divin. L’autel participe à la sainteté de Dieu ; c’est pourquoi il n’est pas accessible à tous : les prêtres seuls, Lévi et ses enfants, peuvent s’en approcher (Ex. 29) avec des vêtements dignes et des gestes de vénération.

A Pacy, l’autel est doublement surélevé : il faut monter deux degrés pour passer de la nef dans le chœur ; puis, à nouveau, trois degrés pour accéder au maître-autel. Le caractère d’élévation est essentiel pour signifier un lieu propre à un échange sacrificiel avec le divin.

  1. « L’autel, c’est le Christ.»

Mais, plus profondément, chez les Chrétiens, l’autel représente le Christ lui-même. Il devait être en pierre, car il signifie le Christ lui-même, rocher d’où sort l’eau vive (I Cor, 10, 4), pierre rejetée des bâtisseurs et devenue pierre d’angle (Ps 118, 22).

Les attestations touchant le Christ désigné comme notre ‘autel’ sont nombreuses dans la littérature ecclésiastique. Dans le Pontifical romain, à l’ordination des sous-diacres, dans la monition qui rappelle aux ordinands l’importance de leurs futures fonctions, l’évêque leur dit, par manière d’explication décisive : « ... En effet, l’autel de la sainte Église, c’est Jésus-Christ lui-même, selon le témoignage de saint Jean, qui, dans son Apocalypse, dit avoir vu un autel d’or devant le trône de Dieu : car en Lui et par Lui les oblations des fidèles sont offertes à Dieu le Père. »

Les Pères de l’Eglise ont vu dans l’autel, dès l’antiquité, un symbole du Christ lui-même ce qui a justifié l’adage :

« L’autel, c’est le Christ.» La liturgie le proclame : « Quand il livre son corps sur la croix, chante la cinquième Préface pascale, tous les sacrifices de l’ancienne Alliance parviennent à leur achèvement ; et quand il s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime. »

« Nous croyons que le Christ est à la fois autel, et hostie et sacrifice, et prêtre et pontife », déclare saint Paschase Radbert, abbé de Corbie (+ 865).  Au XIIe siècle, pendant le canon, le prêtre baise à nouveau l’autel « en geste de supplication respectueuse au Christ ».

Lors de la consécration de l’autel, l’onction de l’évêque avec le saint chrême des cinq croix (une au centre et les autres aux quatre coins), et de toute la surface de la table, fait de cette pierre le symbole du Christ, « qui, dit le Rituel, plus que tout autre, est Oint et est appelé ainsi, car le Père l’a oint par le Saint Esprit et a fait de lui le Souverain Prêtre, qui devait offrir sur l’autel de son corps le sacrifice de sa vie pour le salut de tous les hommes. »

L’encens que l’on fait fumer sur l’autel symbolise le sacrifice du Christ, qui s’est offert à son Père en odeur de suavité (Ep 5, 2), et aussi les prières des fidèles, inspirées par le Saint-Esprit.

L’autel est l’élément essentiel dans une église : le Christ s’y offre en sacrifice et se donne en communion : c’est pourquoi il est surélevé, en haut de marches, pour que toute l’assemblée voie bien la liturgie qui y est célébrée.

Et si l’église dessine la forme d’un corps humain, avec les « bras » étendus du transept, l’autel est à la place du cœur.

L’autel contient des reliques des saints, et particulièrement de martyrs.

Les reliques nous montrent :

L’association de l’humanité au sacrifice du Christ

L’importance du corps pour les chrétiens

L’unité du Peuple de Dieu à travers les âges

Le caractère typique du martyre pour la sainteté chrétienne

La présence des Saints à chaque célébration. L’Eglise du Ciel s’unit à celle de la terre dans le chant du Sanctus.

  1. Le décor du devant de l’autel de Pacy [Illustration 45]

Le maître autel de l’église Saint-Aubin à Pacy-sur-Eure n’est pas en pierre, mais il est composé de quatre panneaux en pâte de verre coulée dans du ciment, - matière très rare pour un autel - , qu’ on éclaire de l’intérieur pendant les célébrations. Pourquoi ce choix très original ?

- Il a été fait avant les vitraux (entre 1945 et 1951), et par le même artiste, François Décorchemont.  

-L’autel exprime, comme les vitraux de l’Ascension, la nature divine du Christ, représenté en Majesté, dans ce qu’on appelle la Majestas Domini, c'est-à-dire dans une mandorle, faisant le geste de bénédiction avec le majeur et l’index, et entouré de quatre êtres vivants : l’homme, le lion, le bœuf et l’aigle. [Illustration 46]

Le Christ, reconnaissable à son auréole crucifère, est représenté au centre, dans une mandorle, comme dans le vitrail de l’Ascension. Une « mandorle » est une figure formée par la conjonction de deux arcs de cercle, qui indique un changement de « monde » par rapport au nôtre : l’ensemble du vitrail de l’autel baigne dans un bleu véritablement « céleste » qui fait sensoriellement écho au symbole médiéval de la mandorle. Il est assis, dans la position de Celui qui trône, la main droite levée dans un geste de bénédiction, avec le majeur et l’index dressés, tandis que les autres doigts sont repliés. En haut et en bas de la mandorle, de chaque côté, apparaissent des têtes d’animaux bleues. C’est l’image du Christ en gloire, « monté aux cieux », qu’on voit au tympan de beaucoup d’églises ou de cathédrales romanes ou gothiques.

De chaque côté de la mandorle est inscrit le mot « Sanctus », début de l’hymne liturgique qui nous accorde, au début du canon de la messe, à la liturgie céleste que les Anges ne cessent de célébrer dans le Ciel, selon les paroles des visions d’Ezéchiel et d’Isaïe, reprises ensuite dans l’Apocalypse de Jean.

D’où viennent ces représentations  et quel en est le sens ?

On appelle Majestas Domini cette représentation du Christ glorifié par son père en sa Résurrection, monté aux cieux, siégeant « en gloire ». La Maiestas Domini a une longue histoire[49], depuis les décors d’abside des basiliques entre le IVe et le VIe siècles, au-dessus du maître-autel (Sainte Pudentienne de Rome [Illustration 47], Baouit en Egypte), en passant par le Pantocrator des coupoles du Mausolée de Galla Placida à Ravenne[Illustration 47] ou des églises d’Orient (Daphni, au XIe siècle), pour réapparaître sur les fresques des absides romanes (Tahull, en Catalogne, vers 1125 ; Saint Jacques des Guérets, dans le Loir et Cher, vers 1180), sur la première page des missels depuis le VIIIe siècle (Missel à l’usage de la cathédrale Saint-Nicolas, du XIIe siècle) ou pour ouvrir la Préface (Sacramentaire à l’usage de Clermont[50], vers 1170), sur la croix du Te igitur du Sacramentaire de Moulins[51], de la fin XIIe : cette image est donc liée au choeur eucharistique des églises et des missels depuis l’origine. Pourquoi ? Quelle est l’origine de cette image ? Quel est donc son lien avec l’eucharistie ?

-          Les origines scripturaires de l’image

Elle est inspirée de plusieurs « visions » de Dieu dans l’Ancien Testament.

- Tout d’abord celle d’Isaïe 6, 1-3, qui fera dire au prophète : « Malheur à moi, je suis perdu ! car (…) mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. » : « 1- Je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. 2- Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. 3- Ils criaient l’un à l’autre ces paroles : ‘Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la terre. »

-Ensuite, celle d’Ezéchiel, 1-3, beaucoup plus développée que celle d’Isaïe (trois chapitres, au lieu de trois versets), qui commence, dans le feu, par celle des quatre êtres vivants à « forme humaine », doués chacun de quatre faces : d’homme, de lion, de taureau et d’aigle, continue par celle de roues de feu, à côté des quatre vivants ; « Là où l’esprit du vivant les poussait, les roues allaient, et elle s’élevaient également, car l’esprit du vivant était dans les roues. » « Au-dessus du firmament qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l’aspect d’une pierre de saphir en forme de trône, et sur cette forme de trône, dessus, tout en haut, une forme ayant apparence humaine. » La lueur qui l’enveloppe est comme l’arc-en-ciel : « C’était quelque chose qui ressemblait à la gloire de Yahvé. » Puis, c’est la vision du livre « écrit au recto et au verso », que le prophète doit manger, pour dire fidèlement la Parole à la maison d’Israël.

- Enfin l’Apocalypse, 4-5 synthétise les éléments de ces deux visions de l’A.T. en joignant le trône et les anges d’Isaïe, qui deviennent des « myriades de myriades et des milliers de milliers », ainsi que le chant du Sanctus,  aux quatre vivants d’Ezéchiel, qui n’ont plus qu’une face d’animal chacun. Mais c’est le Christ qui y devient la clé de lecture de ces textes mystérieux de l’Ancien Testament : c’est Lui qu’annonçait la forme ayant apparence humaine au-dessus du trône d’Ezéchiel. Annoncé comme « Lion de la tribu de Juda » et « Rejeton de David », il apparaît devant le trône comme « un agneau égorgé ». Le livre roulé, écrit au recto et au verso d’Ezéchiel apparaît dans la main droite de Celui qui siège sur le trône, livre maintenant scellé de sept sceaux : « Seul est digne de le prendre et d’en ouvrir les sceaux, l’agneau immolé : ’Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, peuple, nation.’ En ouvrant les sceaux du livre, le Christ en manifeste le sens caché, qui ne pouvait être compris que par sa venue et son rôle de Salut de Dieu pour l’humanité. Les vingt-quatre vieillards d’Ezéchiel développent dans l’Apocalypse, avec les myriades d’anges, une véritable liturgie céleste en l’honneur de Celui qui trône et de l’Agneau, orchestrée par l’Univers entier. Cette vision de l’Apocalypse applique donc au Christ les visions d’Isaïe et d’Ezéchiel pour montrer qu’Il partage la gloire et l’adoration angélique de Celui qui trône dans le ciel, qu’Il est l’égal du Saint des Saints, le Messie d’Israël, le Sauveur qui nous ouvre une porte dans le ciel, première image de la vision, Celui qui « ouvre les Ecritures » prophétiques et obscures de l’ Ancien Testament et en dévoile le sens en les accomplissant.

La couleur dorée des lettres du Sanctus établit leur lien avec la gloire qui rayonne du Christ : la gloire de Dieu, c’est son absolue sainteté.

-          Les quatre Vivants

La mandorle est encadrée par les quatre Vivants de la vision d’Ezéchiel et de l’Apocalypse.

Dès le V e siècle, on représente les quatre Vivants aux quatre coins du carré dans lequel s’inscrit la coupole de Saint-Victor de Milan : cela aura une large postérité pour compléter l’image du Christ en gloire dans le décor des absides et des coupoles (par exemple à Sainte-Pudentienne, Ve siècle, ou aux quatre angles du ciel étoilé dans le mausolée de Galla Placidia à Ravenne, Ve siècle). Les décorateurs de ces bâtiments connaissaient bien le tétramorphe, nom donné par Irénée de Lyon (IIe siècle) pour qualifier l’Evangile,- qui se présente sous la forme concrète des quatre livres canoniques-, et qui rapporte ensuite ce chiffre symbolique aux quatre Chérubins qui entourent la vision de Yahvé dans le livre d’Ezéchiel (1, 6-10), qu’il associe aussi à la vision de l’Apocalypse (4, 7-8) - qui décrit les « quatre Vivants » qui entourent le trône de Dieu.

Irénée voit en eux les « activités du Fils de Dieu », qu’il met en rapport avec les quatre évangiles « qui sont aussi en accord avec ces Vivants sur lesquels siège le Christ Jésus. » (Contre les hérésies, III, 11, 9).

L’interprétation des « quatre Vivants » comme représentant les Evangélistes est reprise par Saint Jérôme (350 -420) :

-Marc est désigné par le lion, animal du désert, parce que son Evangile commence par la prédication de Jean-Baptiste au désert.

-Luc est désigné par le taureau (animal de sacrifice), parce que son premier chapitre est situé dans le Temple (lieu des sacrifices) avec l’annonce à Zacharie.

-Matthieu est désigné par l’homme parce que son Evangile commence par la généalogie du Christ.

-Jean est désigné par l’aigle parce que son Evangile commence par le vol élevé de son Prologue qui situe le Christ comme Parole éternelle de Dieu qui a présidé à la Création du monde.

Pour les théologiens des XIIe et XIIIe siècle, les quatre animaux représentent les quatre évangiles en ce qu’ils présentent quatre aspects du Christ, notamment pour Rupert de Deutz dans ses Commentaires sur les Douze  prophètes mineurs, à propos de Nahum II, 4 et de Habacuc, III, 8 : « Le quadrige d’Aminadab est les quatre Evangiles … qui proclament quatre sacrements : l’Incarnation de cet Aminadab, dont la face est d’homme, sa Passion, dont la face est celle de bœuf, sa Résurrection, dont la face est de lion, son Ascension, dont la face est d’aigle qui vole ».

Le tétramorphe est aussi, selon Emile Mâle, en plus des symboles des évangélistes, et des symboles de Jésus-Christ (homme par sa naissance, veau sacrificiel par sa mort, lion de Juda par sa résurrection, aigle par son Ascension), le symbole de l’âme chrétienne, qui doit se comporter comme un homme et non comme une bête, avoir le courage du lion et la patience du veau, et tendre, comme l’aigle, vers les réalités d’en haut.

- Fonction de l’image de la Majestas

Yves Christe, en se fondant principalement sur l’interprétation développée par les exégètes, montre que les Majestas Domini de l’époque romane permettent d’interpréter les théophanies absidiales et les anges qui les accompagnent comme une matérialisation de la présence de Dieu et des anges dans l’église au moment du sacrifice eucharistique, une présence explicitement proclamée dans la préface du canon de la messe. La préface et le canon affirment ainsi, au même titre que quantité d’autres textes médiévaux, la participation de l’Église céleste à la liturgie terrestre.

Mise en évidence dans les églises coptes et cappadociennes[52], cette thèse est aussi soutenue par Piotr Skubiszewski[53], dans un long et magistral article, qui analyse les rapports entre ce thème et la liturgie.

La Majestas Domini orne en outre le tympan Ouest des églises et des cathédrales depuis qu’on a commencé à les revêtir d’images sculptées (dès les environs de 1100 à Moissac, vers 1130 à Autun, vers 1150 à Conques et à Chartres, au XIIe aussi àSaint Pierre de Carennac (Lot) : elle y est le signe de l’entrée dans la Jérusalem céleste (signe encore plus clair lorsque la scène se transformera en jugement dernier). Vers la fin du XIIe siècle, ces Christ en gloire des tympans retrouvent leur connotation eucharistique avec la Cène représentée sur le linteau (Saint Trophime d’Arles, vers 1180-90 ; Abbaye de Saint Gilles, au Prieuré de Vizille et à Saint Julien de Jonzy, vraisemblablement à la même époque) [Illustration 48]. « C’est en fait l’eucharistie qui commande tout ce dispositif : en effet, le sacrifice se consomme à la fois sur terre et au ciel, en leur servant de lien. Le culte est une image du paradis, et le texte de la messe dit clairement qu’il est célébré par les vivants sur cette terre pour participer sous cette forme à une communion déjà réalisée au ciel par les saints. La constance de la situation de seuil semble donc bien traduire une participation anticipée au divin, une « communion » simultanément réelle et promise. »[54]

L’image liminaire des églises ou des cathédrales, au tympan de leur porche, est invite à entrer boire dès l’aujourd’hui le vin des Noces éternelles de l’Agneau, dans la Jérusalem céleste anticipée de la cathédrale et de la liturgie.

-          Fonction de la Majestas dans l’image de l’autel de Pacy

C’est en référence à cette vision des prophètes de l’Ancien Testament que sont représentés des Anges, tout bleus, avec de grandes ailes bleues, auréolés de lumière, symétriquement de part et d’autre de la mandorle : les premiers, à genoux, tenant un encensoir à deux mains, dans une attitude d’adoration ; les suivants, debout, tenant un cierge allumé, signe que Celui qui est la Lumière du monde est vraiment ressuscité d’entre les morts et Vivant ; les troisièmes, à nouveau, à genoux, tenant un calice (à gauche) et un ciboire (à droite), apportent nos offrandes terrestres de pain et de vin, que nous offrons « en mémoire » du Sacrifice de la Croix, comme le Christ nous a enseigné à le faire dans l’Institution de la veille de Son Offrande, nourriture spirituelle par laquelle il reste présent à son Eglise, tout au long des siècles de son chemin dans le monde, jusqu’à la fin des temps.

Devant les premiers anges à genoux se déploie comme un arbre à tiges bleues qui porte des feuilles bien vertes, qui ont la forme caractéristique des feuilles de vigne : il évoque l’arbre de Vie du Paradis et l’eau du baptême (la tige bleue) qui restaure pour nous la Vie paradisiaque d’avant la faute.        

Le cierge des seconds forme comme le tronc lumineux de la vigne. La vigne est une image de l’Eglise (« Je suis la Vraie Vigne (…) et vous êtes les sarments » Jn 15, 5). Le baptême qui nous fait accéder à la vie divine et l’eucharistie (évoquée par les oblats) sont les deux sacrements nés du Sacrifice de la Croix, comme l’atteste solennellement saint Jean dans son Evangile, qui a vu couler l’eau et le sang du côté du Christ ouvert par la lance du soldat, c’est-à-dire les sacrements où naît et par lesquels se nourrit la Vie de l’Eglise. C’est pour cette Vie divine donnée par la Croix que la liturgie céleste, à laquelle participe notre liturgie terrestre, crie la sainteté de Dieu sauveur dans la jubilation du Sanctus.

La composition symétrique de l’image, son rythme de personnages alternativement debout et à genoux, le mouvement processionnel des Anges qui convergent vers le centre, replacent l’action liturgique qui a lieu sur l’autel, sous nos yeux de chair, dans l’action liturgique céleste qui se déploie en même temps qu’elle.

  1. Les côtés de l’autel

La procession des anges qui arrive devant le Christ en majesté sur le devant de l’autel se prolonge sur ses deux côtés, de façon symétrique, par une procession de trois anges. [Illustration 49]: Le fond de vigne du devant de l’autel se continue sur les côtés et montre que tous ces préparatifs liturgiques sont destinés à la vie de l’Eglise. Le rythme d’alternance d’anges debout et agenouillés montre également la continuité avec la scène du devant d’autel :

- à gauche (côté sud), le premier ange porte une hostie ronde et blanche, sur laquelle on reconnaît le monogramme IHS : monogramme qui représente le nom deJésus. Son origine grecque est ΙΗΣ, les 3 premières lettres du nom de Jésus. Il peut être interprété en latin comme Iesus Hominum Salvator. Ce monogramme figure souvent sur les ornements liturgiques, en particulier sur les chasubles, et il apparaît souvent en relief sur les hosties ; le second porte une patène, sur laquelle on peut lire deux mots latins qui riment : corpus et cibus : mon corps est une nourriture ; le troisième porte un asterérisque, objet liturgique composé de deux arceaux de métal croisés, surmontés d’une croix, à laquelle pend une petite étoile, destinés à protéger le pain consacré du contact avec le linge qui le recouvrira.[55]Le transport de cet objetévoque la procession qui suit la Proscomédie(n.f.),ProthèseouPréparation: (du grecpros" à l’avance " etkomeo" préparer un repas "), Office de la Préparation des Saints Dons, c’est-à-dire le pain et le vin, pour la célébration eucharistique. [Illustration 50] Cet office se déroule au début de la Liturgie, à la table de préparation ou prothèse, dans un espace latéral du côté nord du sanctuaire. Il rappelle symboliquement la naissance du Seigneur dans la grotte de Bethléem et sa mort sacrificielle sur la Croix.

On voit un astérisque représenté dans les peintures de liturgies byzantines, comme sur l’autel de Sainte Sophie de Kiev (XIe). [Illustration 50] Cet objet était également utilisé dans les liturgies latines papales.

L’astérisque renvoie aux représentations de la liturgie céleste par l’art byzantin, que copie la liturgie terrestre, et où Les anges tiennent le rôle des diacres sur terre. Peut-être est-ce la fonction de cet objet, devenu pour nous typiquement orthodoxe, représenté sur le côté de l’autel dans la procession des anges, que de nous renvoyer à cette conception, très vivante dans l’orthodoxie, de la liturgie terrestre, reflet de la liturgie céleste, [56] comme nous y invitait déjà le mot sanctus inscrit sur le devant de l’autel. Il se réfère également à la préparation de la sainte Cène : les anges apportent les objets qui seront nécessaires à la célébration.

-à droite (côté nord), le premier porte une navette à encens qu’il tendra au célébrant pour que ce dernier mette trois cuillerées d'encens dans l'encensoir que lui aura ouvert le thuriféraire ; le deuxième à genoux, apporte sur un petit plateau deux burettes, contenant l’eau et le vin pour le calice ; et le troisième apporte un cierge allumé : les anges des côtésapportent tout ce qui sera nécessaire à la célébration représentée sur le devant de l’autel. Ils jouent le rôle de servants d’autel dans la liturgie céleste.

Les images du devant et des côtés de l’autel représentent ce qui se passe au canon de la messe, lorsque nous demandons que l’ ‘Ange du Seigneur’ prenne l’oblation (nos offrandes de pain et de vin) sur l’autel visible et la porte au plus haut des cieux sur l’autel invisible élevé devant le trône de la majesté divine, offrandes qui représentent symboliquement le seul Sacrifice vraiment digne de Dieu, celui – total - du Christ, « pour qu’elles deviennent le Corps et le Sang … »  Saint Paul, dans l’Epître aux Hébreux, explique comment le sacrifice de la Nouvelle Alliance accomplit les sacrifices de l’Ancienne Alliance dans le Temple de Jérusalem. Le couvercle de l’Arche d’Alliance, qui était dans le Saint des Saints du Temple, était appelé propitiatoire, car le Grand-Prêtre l’aspergeait avec le sang de la victime immolée pour l’expiation des péchés (Lévitique, XVI, 15-16). « Le sacrificateur, explique Paul, entre seul dans la seconde partie du Tabernacle une fois par an, non sans y porter le sang qu’il offre pour ses péchés et ceux du peuple. Cet autel caché et inaccessible est une parabole pour notre temps : il figure les sacrifices antérieurs à la Rédemption. » « Mais le Christ s’est introduit dans le Saint des Saints, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. » Et ainsi, il est le médiateur d’une Nouvelle Alliance, une Alliance éternelle au moyen de sa mort. « Il est entré dans le Tabernacle, non pas celui construit de main d’homme, mais dans le ciel même afin de comparaître devant la face de Dieu. » L’autel de Pacy nous montre notre Grand Prêtre, le Christ, élevé dans la gloire par le Père, car, comme le Grand-Prêtre de l’Ancienne Alliance au jour de la grande expiation, seul dans le Saint des Saints, il a offert à Dieu, et continue éternellement à lui offrir, le Sacrifice rédempteur de Sa Croix, le sacrifice saint, le sacrifice sans tache, le sacrifice parfait, seul digne de Dieu.

  1. L’arrière de l’autel [Illustration 45]

L’arrière de l’autel, du côté du prêtre, est décoré dans les mêmes couleurs que le devant, pour bien mettre en évidence que les deux côtés sont en rapport de significations complémentaires l’un avec l’autre.

On y voit un arbre touffu bleu, qui semble jaillir comme une source puissante, comme un geyser, de la nappe bleue horizontale du sol, ondulée comme une onde, et qui retombe ensuite des deux côtés. L’arbre s’épanouit au centre en feuilles comme des flammes bleues autour d’un chiffre de trois cercles d’or enlacés, inscrits dans un unique cercle rouge. Le cercle, parce qu’il n’a ni commencement ni fin, est, depuis le philosophe et mathématicien grec Pythagore, l’image de l’éternité. C’est pourquoi, dans le symbolisme chrétien, il a été choisi pour représenter Dieu, et ici, avec les trois cercles d’or enlacés, inscrits à l’intérieur d’un Unique cercle rouge, le Dieu unique révélé par le Christ en ses trois Personnes, toutes trois également divines. François Décorchemont a également utilisé ce symbolisme, explicitement, pour évoquer la Trinité divine sur le vitrailde la fenêtre axiale de l’église d’Etrepagny. [Illustration 51]

Ce « chiffre », qui marque la source, en fait donc le jaillissement même de la Vie divine, qui est Eau Vive, et qui est aussi l’arbre de Vie du Paradis terrestre, puisqu’on peut reconnaître Adam et Eve dans les silhouettes masculine et féminine qui encadrent le jaillissement de la source-arbre. Le long des branches horizontales du grand arbre, en forme de croix, est inscrit en lettres rouges, comme le sang versé, « Lignum vitae », c’est-à-dire à la fois l’arbre de vie et le bois de la vie (lignum a les deux sens) : l’arbre de vie du Paradis symbolise la Vie donnée à l’homme dans l’œuvre divine de la Création ; le ‘bois de la vie’ désigne l’’arbre de la croix’ qui a redonné Vie à l’homme déchu dans l’œuvre de la Rédemption. Adam et Eve sont bleus, comme l’Arbre de Vie, pour bien manifester que la Vie qui est en eux est la vie divine insufflée par le Créateur.

L’eau qui jaillit s’écoule en quatre ruisseaux, représentation, depuis les origines du christianisme, des quatre fleuves du Paradis. Par le sacrifice de la Croix, le paradis perdu est restauré pour qui vient puiser aux sources du salut.

Les paons qui s’abreuvent dans l’eau vive, symétriquement des deux côtés, sont une très ancienne image chrétienne qui signifie la vie éternelle [Illustration 52], car on croyait dans l’antiquité que la chair du paon était imputrescible. Dans les images chrétiennes, on voit souvent deux paons qui s’abreuvent dans un calice, image de la vie éternelle qui nous est donnée dans le vin eucharistique. C’est pourquoi les paons apparaissent au milieu de feuilles de vigne (Cf Illustration 13, et son explication, II, B, p.10) : ils symbolisent la vie éternelle donnée à l’Eglise dans l’Eucharistie.

Les deux images devant et derrière l’autel nous manifestent que le Christ est le Nouvel Adam, qui restaure la Création abîmée par le péché dans sa pureté originelle, comme l’enseigne Paul dans l’épître aux Romains , 5, 12-21 : « Il n’en va pas du don comme de la faute. Si, par la faute d’un seul, la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus-Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude (…) pour la vie éternelle. »

L’eau qui jaillit est l’eau du baptême dans la mort et la Résurrection du Seigneur et les paons sont le symbole de la vie divine immortelle communiquée dans l’Eucharistie.

L’abbé Bretocq avait insisté sur son désir d’utiliser ces motifs de l’art chrétien ancien dans sa lettre à François Décorchemont de 1943, au sujet de l’autel : « Quant à moi, je tiens essentiellement à mes animaux symboliques et mystiques (les 2 paons du derrière de l’autel). Ils sont les compléments de vos panneaux et forment avec leur figuration une magnifique synthèse liturgique et iconographique. » Et un peu plus tard, dans une lettre non datée, le même abbé Bretocq avait décrit avec enthousiasme à Décorchemont, qui préparait les cartons des vitraux de l’autel, une photographie de l’abside de Saint-Clément-de-Rome, construite au XIIe siècle, après 1112, qu’il confondait avec celle de San Apollinare in Classe, à Ravenne, dont elle est d’ailleurs étroitement inspirée, et qu’il croyait du IVe siècle (on la date maintenant vers 540) [Illustration 53] : « Entre des rinceaux de feuillages, une grande croix noire se dresse. Du pied de cette croix s’échappent quatre fleuves où deux paons viennent s’abreuver. Tout au long et dans les bras de la croix, douze colombes blanches s’agrippent, tandis qu’au-dessous se présente la procession de douze agneaux vers l’Agneau nimbé central qui est le Christ ; Et vous voudriez que j’abandonne une tradition qui depuis seize siècles confirme la véracité de la croyance évangélique ! »

Les fruits jaunes

 

L’arbre porte des fruits jaunes comme des citrons. C’est peut-être une allusion à la fête des Tentes juives (ou fête des Tabernacles), où avait lieu une procession avec le lulab et l’etrog.

   La première origine de la fête des Tabernacles[57] est à chercher dans le cycle des fêtes saisonnières. Elle est la fête des vendanges, comme la Pentecôte était celle de la moisson. C’est à cette fête saisonnière que se rattachent ses rites caractéristiques :

-l’habitation dans les huttes de branchages (skênai) pendant sept jours

-les libations d’eau destinées à obtenir la pluie

-la procession autour de l’autel le huitième jour, où l’on tenait d’une main le bouquet, le lulab, fait de trois espèces de rameaux, saule, myrte et palme et de l’autre un fruit de citronnier, l’etrog.

   Mais, comme pour les autres fêtes qui ont même origine, la pensée juive a inscrit le souvenir d’un évènement de son histoire dans le cadre cyclique de la fête saisonnière. (Pâques, fête des premiers épis et des pains azymes est devenue la fête des premiers-nés épargnés (passah) par l’Ange exterminateur. La Pentecôte a été associée à la communication de la Loi sur le Sinaï.)

Déjà le Lévitique explique (XXIII, 43) que la fête des Tabernacles est destinée à rappeler aux Juifs le souvenir de leur séjour dans les tentes (skênai) du désert au temps de l’Exode.

   Mais à partir des Prophètes, et surtout après l’Exil, les souvenirs du passé ne sont rappelés que pour entretenir l’espérance du peuple dans les évènements futurs où la puissance de Yahweh se manifestera de façon plus éclatante encore en faveur des siens : les évènements de l’Exode deviennent la figure des réalités eschatologiques. C’est le fondement de la typologie. La Pâque et la sortie d’Egypte apparaissent comme la figure de la délivrance eschatologique du peuple de Dieu.   De même la fête des Tabernacles prend plus que toute autre une signification eschatologique, peut-être parce qu’elle termine (teleiôsis) le cycle agraire de l’année.

Mais il y a une raison plus ancienne et plus profonde, en lien avec les espérances messianiques, lien dont les origines sont obscures. Mais il semble bien que la fête des Tabernacles soit en relation, soit avec la fête annuelle de l’instauration royale, soit plutôt avec le renouvellement de l’alliance par le roi davidique. C’est cette fête dont les débris désintégrés subsisteraient dans les trois grandes fêtes juives de Tischri, Rosh-ha-Shana, Kippur et Sukkôth (skênai). Cette fête aurait pris dans le judaïsme un caractère messianique, c’est-à-dire aurait été mise en relation avec l’attente d’un roi à venir. Il ne s’agit pas ici de l’origine première de la fête, (rites saisonniers), mais d’une transformation qu’elle aurait subie à l’époque royale et qui y aurait introduit des éléments nouveaux. - Plusieurs textes attestent l’importance prise par la fête dans le judaïsme postexilien en relation avec l’espérance messianique.

   Dans le chapitre final de Zacharie, on voit d’abord Yahweh « poser les pieds sur le Mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem du côté de l’Orient » (XIV, 5). Puis il est dit que « des eaux vives sortiront de Jérusalem » (XIV, 8). Mais surtout nous y voyons « toutes les nations monter à Jérusalem pour célébrer la fête des Tabernacles » (XIV, 16). Ainsi la fête des Tabernacles apparaît-elle comme une figure du royaume messianique. Les deux autres traits semblent s’y rapporter : l’effusion d’eaux vives est en relation avec les rites de la fête, et le Mont des Oliviers est le lieu où l’on récoltait les branches pour les huttes, comme l’atteste Néhémie, VIII, 15 : « Allez sur la montagne et emportez des branches pour faire des tabernacles. » Ce dernier point n’est pas sans intérêt quand on le rapproche de l’entrée de Jésus à Jérusalem, venant du Mont des Oliviers, entrée qu’il réfère ainsi à la fête des Tabernacles.

   Par ailleurs, le Psaume 117, qui appartient à la liturgie postexilienne de la fête,  était chanté pendant la procession solennelle, où, le huitième jour, les Juifs circulaient autour de l’autel en portant le lulab et l’étrog. C’est à cette procession que fait allusion le verset : Constituite diem solemnem in condensis usque ad cornu altaris. = « Célébrez le jour solennel avec des processions jusqu’à la corne de l’autel ». Or ce psaume désigne le Messie comme celui qui doit venir : Benedictus qui venit in nomine domini. = « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Et il appelle sa venue par le cri de l’Hosanna : O Domine, salvum me fac. = « Ô Seigneur, sauve-moi. » Le psaume contient également un autre texte messianique que le N.T. appliquera au Christ : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue pierre d’angle. » (Ps. 117, verset 22)

   Tous ces passages montrent que la fête des Tabernacles était un lieu privilégié de l’attente messianique.

Les citrons dans les branches de l’arbre de vie de l’autel de Pacy montrent que l’eucharistie est l’accomplissement des Ecritures et de l’attente de l’Ancien Testament : l’Eucharistie est la fête chrétienne ‘héritière’ de la fête juive des Tabernacles. Nous célébrons la venue du Messie et le salut qu’Il a opéré pour nous. C’est le sens du chant de l’Hosanna dans la liturgie de la messe. Avec les temps messianiques, le festin eschatologique nous est déjà ouvert. Et en même temps nous attendons sa pleine réalisation au dernier jour : « nous attendons qu’Il vienne dans la gloire ».

Outre la bénédiction, le geste de la main droite du Christ indique les deux « natures » qui s’unissent en Lui, qui est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. Sa main gauche tient le Livre ouvert, qui révèle Qui Il est, par l’accomplissement des Ecritures de l’Ancien Testament dans le Nouveau et le dévoilement de leur sens.

  1. Les objets-signes qu’on trouve toujours dans une église :

1 . La Croix 

Du côté du Christ en croix, il coule du sang et de l’eau, attestation solennelle de St Jean : la Croix est la source des sacrements, du baptême et de l’eucharistie.

La croix est l’invention de la folie de l’amour de Dieu pour demeurer en nous et au milieu de nous, par le pain et le vin, que nous mangeons et que nous buvons : « Ceci est mon corps. » ; « Ceci est mon sang ».

L’eucharistie est l’acte majeur que l’Eglise accomplit quand elle se rassemble dans ses églises, et elle a été rendue possible par le sacrifice de la Croix, où le Christ a donné la totalité de son être, jusqu’à sa dernière goutte de sang, pour chacun d’entre nous.

A Pacy, un Christ en croix en bois a été commandé à un artisan local par le Père Franck Legros, Curé du groupement paroissial, pour prendre sa place entre les deux statues anciennes en bois, de Marie et de saint Jean, qui ornaient déjà le mur du fond du chœur et rétablir ainsi l’évocation de la Passion.[Illustration 54]

Une autre Croix est suspendue à la limite de la nef et du chœur pour bien marquer le seuil que constitue ce lieu, entrée dans le mystère eucharistique célébré sur l’autel. .[Illustration 55]

  1. La croix et les pique cierge en forme de phénix de l'autel

La croix, qui marque le centre de l’autel, et les pique cierge en forme de phénix qui l’entourent [Illustration 56] sont de Josette-Hébert Coeffin.

Il y avait à l’origine six pique-cierge, trois de chaque côté de la croix, mais deux ont été volés en 2009. Sur le pied des oiseaux sont inscrites, en latin, les louanges du Gloria  :  Adoramus te, Benedicimus te et Glorificamus te : nous t’adorons, nous te bénissons, nous te glorifions.

Les flammes, représentées sur le socle sur lequel le phénix se tient debout, indiquent clairement l’identité de l’oiseau représenté : le phénix ou phœnix (du grec ancien ‘phoinix’ signifiant «rouge» et désignant le point cardinal sud), caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur, qui symbolisait ainsi dans la mythologie antique les cycles de mort et de résurrection.

Georges Cuvier (1769-1832) voyait en lui le faisan doré (Chrysolophus pictus). Il a également été identifié aux oiseaux de paradis et aux flamants roses, mais il s'agit surtout d'un oiseau fabuleux, originaire d'Éthiopie (Afrique de l'est), et rattaché au culte du Soleil, en particulier dans l’ancienne Égypte et dans l’Antiquité classique. D'après la légende, sa résurrection avait lieu, en Arabie et dans les pays alentours, comme l'Égypte, où il était vénéré. Le phénix était une sorte d’aigle, mais de taille considérable ; son plumage se parait de rouge, de bleu et d’or éclatant, et son aspect était splendide.

Il n’existait jamais qu’un seul phénix à la fois ; il vivait très longtemps : aucune tradition ne mentionne une existence inférieure à cinq cents ans. Ne pouvant se reproduire, le phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d’encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes. Des cendres de ce bûcher, surgissait un nouveau phénix ; c'est aussi pour cela qu'on le nomme oiseau de feu (ses ailes se teintaient d'un rouge flamme et se réchauffaient jusqu'à ce qu'un feu ardent en sorte, tandis que son bec pouvait, s'il le voulait, embraser une forêt avec un feu presque aussi puissant que les flammes du Soleil).

L'oiseau mythique évoque donc également le feu créateur et destructeur. Comme le Soleil, le Feu symbolise l'action fécondante. En consumant, il purifie et permet la régénération. Lucifer, le « porteur de lumière », précipité dans les flammes de l'enfer, incarne le feu qui ne consume pas et exclut de la régénération.

Le Moyen Âge a vu en lui le symbole de la résurrection du Christ, et, dans l’œuvre de Josette-Hébert Coeffin, il inscrit la résurrection au fondement de la Croix du Christ.

Au dos de la croix, J.H. Coeffin a gravé « Moyses exaltavit serpentem = Moïse éleva le serpent», en référence au serpent d’airain que façonna Moïse, sur l’ordre du Seigneur, et qu’il élèva en haut d’un mât pour sauver les Hébreux piqués par les serpents envoyés par Dieu à cause de leur manque de confiance.

Un serpent enroulé autour de la croix au centre de la phrase « Moyses exaltavit serpentem », fait référence au livre des Nombres 21-9, mais aussi à l’évangile de Jean 3,4, où Jésus se réfère au serpent d’airain élevé par Moïse pour sauver les Hébreux qui le regardent, pour annoncer la passion qui l’attend : il sera élevé en croix pour sauver, « guérir » les hommes de leurs péchés.

En même temps le serpent enroulé autour de la croix évoque le caducée d’Esculape et d’Hermès, emblème des médecins. Le serpent est un animal étroitement lié à la terre, il symbolise par ses mues la régénération et le renouvellement de la vie. Son symbolisme, au dos de la Croix, redouble celui du phénix, sur le devant.

La croix de Jésus est l’arbre de vie qui, lorsqu’on la vénère (« adoramus te » est gravé sur le socle), nous sauve de nos péchés et de nos ténèbres et nous offre la résurrection, l’immortalité et la joie éternelle.

J.H. Coeffin réussit le tour de force, à travers ces objets de culte à l’ autel, de solliciter l’imaginaire mythique universel des religions (égyptienne, gréco-romaine, juive, hindoue) , pour montrer que le Christ accomplit pour nous, dans le sacrement de l’Autel, célébré en mémorial de son sacrifice salvateur sur la croix, la guérison et le renouvellement de la vie auxquels aspirent tous les peuples. C’est une belle image, qui montre que le Christ accomplit aussi le désir ancestral humain qui s’exprime à travers l’imagination mythique. Et les pique-cierge manifestent que cette foi au Christ mort et ressuscité est lumière de nos vies.

  1. Le baptistère [Illustration 57]
  1. Les images de la Vierge et des Saints

La présence des anges au portail nous indique que, quand nous entrons dans l’église pour la messe, nous entrons dans la Jérusalem d’en-haut, nous anticipons le bonheur éternel de la vision de Dieu et de la splendeur de sa maison ; c’est pourquoi tant de beauté s’y déploie : c’est un avant-goût du Ciel.

C’est pourquoi nous y rencontrons figurée la vie du Christ, sa gloire auprès de Dieu ; la gloire de Marie ; la gloire de tous les Saints. C’est pourquoi les vitraux, - nous l’avons vu -, mais aussi les statues, représentent des Saints dans l’Eglise.

La seule Eglise dont on soit vraiment sûrs, c’est celle qui est au Ciel. Sa tête, c’est le Christ. C’est pourquoi nous voyons représentée dans l’église la vie du Christ, et en particulier le Chemin de croix rappelle jusqu’où Il nous a aimés (invention de saint François d’Assise). On voit souvent aussi sa gloire auprès de Dieu ; la gloire de Marie ; la gloire de tous les Saints. La Confrérie de Charité de Pacy, fondée lors des épidémies de peste au Moyen Age - au XIe siècle à Pacy- pour enterrer les morts, érigée en ‘charité’ au milieu du XIVe, avait quatre patrons au XVIIe : sainte Anne, saint Nicolas, saint Michel et saint Sébastien : on trouve des traces de la dévotion aux trois premiers de ces saints patrons dans l’église .

  1. a)Les statues

A l’entrée de la chapelle sud, une vierge à l'enfant attribuée à Germain Pilon, du XVIe siècle, provient de la chapelle funéraire de Diane de Poitiers à Anet [Illustration 58] et un saint Michel terrassant le dragon, est une pierre sculptée du XVIe siècle.

A l’entrée de la chapelle latérale nord, une Pietà avec Marie-Madeleine, en haut-relief, date également du XVIe siècle, de même que Sainte Anne et la vierge enfant, ancienne polychromie du XVIe siècle. [Illustration 59]

  1. b)Peintures

Dans le bas-côté nord, une grande peinture représente la Crucifixion.

Un chemin de croix (moderne), fait de plaques ornées de bas-reliefs peints, est destiné à soutenir la prière et la dévotion du vendredi saint. [Illustration 60]

  1. Autres éléments de mobilier :
  2. a)la chaire : l’église lieu de la Parole ; voir aussi l’ambon  [Illustration 61]

La chaire, avec son abat-son, permettait au prédicateur de mieux se faire entendre de toute l’assemblée quand les micros n’existaient pas.   Les chaires à prêcher se sont multipliées à la fin du Moyen Age, quand les ordres mendiants organisèrent des prédications en dehors de la messe.

Toutefois, il semble qu’à Pacy, il n’y ait eu une chaire de construite qu’en 1717, après un long combat du curé , Pierre Sahut, pour vaincre l’opposition de la Confrérie de Charité. La Parole divine mérite un traitement spécifique, sans être cependant séparée ou juxtaposée par rapport à l’eucharistie : la parole proclamée mène à la Parole sacramentellement présente. Pour marquer cette unité, le livre des Evangiles a été déposé, au début de la messe sur l’autel lui-même ; le diacre ou le prêtre ira l’y chercher au moment où il devra lire l’Evangile : le chant de l’alléluia accompagnera le mouvement qui va de l’autel à l’ambon où l’Evangile sera proclamé.

L’église de Pacy conserve également un lutrin ancien, [Illustration 61], acheté au début du XVIIIe siècle, en 1728, à la paroisse Saint-Maclou de Rouen par le curé Pierre Sahut, en même temps que « le Crucifix de dessus l’entrée du chœur ». Il est en forme d’aigle aux ailes déployées, évoquant le Prologue de saint Jean, qui embrasse toute l’histoire de l’Univers et de l’Homme d’un vaste regard, aussi élevé que celui de l’aigle en plein vol. Cette image nous rappelle donc que la parole proclamée est celle du Verbe de Dieu, présent à ses côtés dès la Création de l’Univers et de toute éternité.

b) l’orgue :

Les grandes orgues[Illustration 62] proviennent de l'église Saint-Désir de Lisieux, elles datent du XIXe siècle et ont été installées en 1900. Elles comportent deux claviers, un pédalier et vingt registres.

L’église est le lieu de la louange. Nous venons recevoir à la messe les dons de Dieu ; nous venons aussi nous y offrir nous-mêmes, et d’abord dans ce don de nous-mêmes qu’est le chant de louange, pour rendre grâce à Dieu de tous les dons que nous avons reçus.   Il est important pour nous de reconnaître les dons de Dieu. (Cf Paul : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? »)

« La liturgie veut d’abord louer Dieu pour montrer à la fois sa grandeur et son amour.  Sa fonction est, sur la terre, la même que celle des anges dans le ciel : faire l’éloge de Dieu. »    

« Dieu n’a pas besoin de notre louange, mais c’est Lui qui nous inspire de Lui rendre grâce. Nos chants n’ajoutent rien à ce qu’Il est, mais ils nous rapprochent de Lui” enseigne une collecte de la liturgie.

L’orgue : « organon », en grec = l’instrument ; au départ, sa fonction était de soutenir le chant ; peu à peu, il a pris de plus en plus d’indépendance. Ainsi commence la prière de bénédiction quand un orgue est mis en service : « Seigneur notre Dieu, beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, ta sagesse garde l’univers dans l’harmonie, ta grâce donne à la terre sa beauté. A toi la louange incessante du chœur des anges qui contemplent la splendeur de ta face. A toi le chant des étoiles dans leur course régulière à travers l’univers. A toi l’acclamation unanime des rachetés qui te chantent, Dieu saint, dans leur coeur, de leurs lèvres, par leur vie. Nous aussi nous voulons joindre nos voix à la leur. »

c)Le bénitier : à l’entrée de l’église, il rappelle à chaque fidèle son entrée dans l’Eglise par le baptême, lorsqu’il se signe, en entrant, avec un peu de cette eau bénite.

Les boiseries du chœur datent de Louis XIII

d)Les bancs à dossier du chœur sont d'époque Louis XIV. Le curé Pierre Sahut les a achetés au début du XVIIIe siècle, en 1728, à la paroisse Saint-Maclou de Rouen, ainsi que « le Crucifix de dessus l’entrée du chœur  et l’aigle qui est dans ledit chœur ». [Illustration 63]

Conclusion : l’église, lieu de la rencontre entre l’homme et Dieu 

L’église peut être le lieu de la rencontre entre l’homme et Dieu :

Si l’homme y vient, s’il se déplace de chez lui pour aller vers la maison de Dieu

Si l’homme y est actif : s’il « élève son cœur » vers Dieu par la louange et l’action de grâce,   s’il écoute de toutes ses oreilles la Parole de Dieu, s’il fait acte de foi pour recevoir les signes (les sacrements) par lesquels Dieu se donne effectivement.

Vous avez peut-être vu à la télévision le pape « dédicacer » la Basilique de la Sacrada Familia à Barcelone : la dédicace est une fête solennelle où le bâtiment construit de main d’homme est consacré à Dieu, un peu comme le baptême d’une église.

Les prières de la dédicace d’une église[58], chantées sur le ton solennel de la préface, résument très bien ce que représente ce bâtiment pour les Chrétiens  :

« Ici, Père Très Saint, que les flots de ta grâce recouvrent les fautes des hommes, afin que tes fils, morts au péché, renaissent de la vie d’en haut.

Ici, que tes fidèles, alentour de la table de l’autel, célèbrent le mémorial de la Pâque et se nourrissent au banquet de la Parole du Christ et de son Corps.

Ici, que résonne en joyeuse offrande de louange la voix des hommes unie au chœur des anges, et que monte vers toi, pour le salut du monde une incessante prière.

Ici, que les pauvres rencontrent la miséricorde, que les opprimés retrouvent la vraie liberté, que tous les hommes recouvrent la dignité de tes fils, dans l’espérance de parvenir un jour, pleins de joie, à la Jérusalem d’en haut. »

Et Préface spéciale [59]:

« Tu as fait de l’univers le temple de ta gloire, pour que ton Nom soit partout glorifié. Mais tu ne refuses pas que des lieux te soient consacrés pour la célébration de tes mystères. C’est pourquoi nous te dédions dans la joie cette maison de prière que les hommes ont bâtie.

Elle est la figure du temple véritable et l’image anticipée de la Jérusalem céleste : car le temple que tu t’es consacré, où demeure la plénitude de la divinité, c’est le corps de ton Fils, né de la Vierge bénie ; et la cité sainte que tu as édifiée, c’est l’Eglise fondée sur les apôtres et dont le Christ est la pierre angulaire. Tu ne cesses de la construire en lui adjoignant de nouvelles pierres, vivifiées par l’Esprit, assemblées par la charité, pour en faire la demeure où tu seras tout en tous. »

BIBLIOGRAPHIE 

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L’art religieux du XIIè siècle en France, Armand Colin, Paris 1898, réédité en poche en 1958.

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P. SKUBISZEWSKI, «Maiestas Domini et liturgie», Cinquante années d’histoire médiévale. À la confluence de nos disciplines, éd. Cl. Arrignon, M.-H. Debiès, Cl. Galderisi et É. Palazzo, Turnhout, 2005 (Actes du Colloque organisé à l’occasion du Cinquantenaire du CESCM, 1er-4 septembre 2003)

Jacky TESSIER : Histoire de Pacy-sur-Eure, Saint-Aubin-les Elbeuf, 1999

André VAUCHEZ, La spiritualité du Moyen Age occidental (VIIIe-XIIIe siècles), Paris, Seuil, 1994

La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge d’après les procès de canonisation et les documents hagiographiques, Rome-Paris, École françaisede Rome (coll. Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome),2 e éd., 1988

Les fonctions des saints dans le monde occidental (IIIè –XIIIè siècle) Collection de l’école française de Rome n° 149, Actes du colloque de Rome 27-29 oct. 88 

Jean WIRTH : L’image médiévale. Naissance et développement, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1989

Nouvelles de l’Eure, La vie et l’Art en Normandie. N° 1. 1959. Les Eglises du canton de Pacy-sur-Eure, par M. Baudot, Inspecteur général des Archives de France

   ANNEXES

                                               1.Textes pour le vitrail de l’Ascension

Actes 1, 6-14 : « Etant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi: "Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël?"

7 Il leur répondit: "Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. 8 Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre."

9 A ces mots, sous leurs regards, il s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux.

10 Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés; 11 ils leur dirent: Hommes" de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l'avez vu s'en aller vers le ciel."

12 Alors, du mont des Oliviers, ils s'en retournèrent à Jérusalem; la distance n'est pas grande: celle d'un chemin de sabbat. 13 Rentrés en ville, ils montèrent à la chambre haute où ils se tenaient habituellement. C'étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée et Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.14 Tous, d'un même coeur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères.

Fin de l’Evangile de Matthieu, suivant directement l’ensevelissement :

Matthieu 28, 16-20 : « Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous.

17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent; d'aucuns cependant doutèrent.

18 S'avançant, Jésus leur dit ces paroles: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. 19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde."

Fin de l’Evangile de Luc, le soir de la Résurrection :

Luc 24, 43-53 : 43 Il le prit (le morceau de poisson) et le mangea devant eux.

44 Puis il leur dit: "Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous: il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes."

45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Ecritures, 46 et il leur dit: "Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, 47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. 48 De cela vous êtes témoins.

49 "Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut."

50 Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit.

51 Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.

52 Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie,

53 et ils étaient constamment dans le Temple à louer Dieu.

Discours d’adieu de Jésus après la Cène :

Jean 14, 12-20 : «12  En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les oeuvres que je fais; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père.

13 Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils.14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.15 Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements;

16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, 17 l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous.

18 Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. 19 Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi, vous vivrez.

20 Ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous. 

2.Textes pour les vitraux de l’autel-

       La Majestas Domini : origines scripturaires 

:

L’image du Christ en gloire, de la Majestas Domini, est en effet inspirée de plusieurs « visions » de Dieu dans l’Ancien Testament :

- Tout d’abord celle d’Isaïe 6, 1-3, qui fera dire à Isaïe : « Malheur à moi, je suis perdu ! car (…) mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. » : « 1- Je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. 2- Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. 3- Ils criaient l’un à l’autre ces paroles : ‘Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la terre. »

-Ensuite, celle d’Ezéchiel, 1-3, beaucoup plus développée que celle d’Isaïe (trois chapitres, au lieu de trois versets), qui commence, dans le feu, par celle de quatre êtres vivants à « forme humaine », doués chacun de quatre faces : d’homme, de lion, de taureau et d’aigle, qui continue par celle de roues de feu, à côté des quatre vivants ; « Là où l’esprit du vivant les poussait, les roues allaient, et elle s’élevaient également, car l’esprit du vivant était dans les roues. » « Au-dessus du firmament qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l’aspect d’une pierre de saphir en forme de trône, et sur cette forme de trône, dessus, tout en haut, une forme ayant apparence humaine. »

La lueur qui l’enveloppe est comme l’arc-en-ciel : « C’était quelque chose qui ressemblait à la gloire de Yahvé. » Puis, c’est la vision du livre « écrit au recto et au verso », que le prophète doit manger, pour dire fidèlement la Parole à la maison d’Israël.

-Enfin la vision des livres 4 et 5 de l’Apocalypse  synthétise les éléments de ces deux visions de l’A.T. :

« [1] J'eus ensuite une vision. Voici : une porte était ouverte au ciel, et la voix que j'avais naguère entendu me parler comme une trompette me dit : Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite.[2] A l'instant, je tombai en extase. Voici, un trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône, Quelqu'un...[3] Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline ; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d'émeraude.

[4] 24 sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis 24 Vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d'or sur leurs têtes.[5] Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu.

[6] Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d'yeux par-devant et par-derrière.

[7] Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d'homme ; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol.

[8] Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d'yeux tout autour et en dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit : "Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, Il était, Il est et Il vient." [9] Et chaque fois que les Vivants offrent gloire, honneur et action de grâces à Celui qui siège sur le trône et qui vit dans les siècles des siècles,[10] les 24 Vieillards se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles ; ils lancent leurs couronnes devant le trône en disant :

[11] "Tu es digne, ô notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance, car c'est toi qui créas l'univers ; par ta volonté, il n'était pas et fut créé."

[Apocalypse 5] : [1] Et je vis dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux.[2] Et je vis un Ange puissant proclamant à pleine voix : "Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en briser les sceaux ?"

[3] Mais nul n'était capable, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, d'ouvrir le livre et de le lire.

[4] Et je pleurais fort de ce que nul ne s'était trouvé digne d'ouvrir le livre et de le lire.[5] L'un des Vieillards me dit alors : "Ne pleure pas. Voici : il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David ; il ouvrira donc le livre aux sept sceaux."

[6] Alors je vis, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre.[7] Il s'en vint prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône.

[8] Quand il l'eut pris, les quatre Vivants et les 24 Vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums, les prières des saints ; [9] ils chantaient un cantique nouveau : "Tu es digne de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation. »

                                                              

3.Textes pour l’autel : « L’autel, c’est le Christ. »

Pontifical romain, ordination des sous-diacres : « ... En effet, l’autel de la sainte Église, c’est Jésus-Christ lui-même, selon le témoignage de saint Jean, qui, dans son Apocalypse, dit avoir vu un autel d’or devant le trône de Dieu : car en Lui et par Lui les oblations des fidèles sont offertes à Dieu le Père. »

Cinquième Préface pascale : « Quand il livre son corps sur la croix, tous les sacrifices de l’ancienne Alliance parviennent à leur achèvement ; et quand il s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime. »

Rituel de la consécration de l’autel : l’onction de l’évêque avec le saint chrême des cinq croix (une au centre et les autres aux quatre coins), et de toute la surface de la table, fait de cette pierre le symbole du Christ, « qui, plus que tout autre, est Oint et est appelé ainsi, car le Père l’a oint par le Saint Esprit ( L'Esprit du Seigneur repose sur moi, c'est pourquoi il m'a oint. Luc IV, 18) et a fait de lui le Souverain Prêtre, qui devait offrir sur l’autel de son corps le sacrifice de sa vie pour le salut de tous les hommes.»

L’encens que l’on fait fumer sur l’autel symbolise le sacrifice du Christ, qui s’est offert à son Père en odeur de suavité (Ep 5, 2), et aussi les prières des fidèles, inspirées par le Saint-Esprit.

                                               4.Textes pour les vitraux de la chapelle de la Vierge

LITANIES DE  LA SAINTE  VIERGE.

Seigneur, ayez pitié de nous.                            Seigneur, ayez pitié de nous                             Seigneur, ayez pitié de nous

Christ, ayez pitié de nous.                                Christ, écoutez-nous.                                    Christ, exaucez-nous

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils Rédempteur du monde,  qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Saint-Esprit, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Trinité, qui êtes un  seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.

Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.

Sainte Vierge des vierges,  priez pour nous.

Mère de Jésus-Christ, priez pour nous.

Mère de l'Auteur de la grâce, priez pour nous.

Mère très-pure, priez pour nous.

Mère très-chaste, priez pour nous.

Mère d'une pureté inviolable, priez pour nous.

Mère sans tache, priez pour nous.

Mère tout aimable, priez pour nous.

Mère  tout admirable, priez pour nous.

Mère de notre Créateur, priez pour nous.

Mère de notre Sauveur, priez pour nous.

Vierge très-prudente, priez pour nous.

Vierge digne  de  tout honneur, priez pour nous.

Vierge  digne  de toute  louange, priez pour nous.

Vierge très-puissante auprès de Dieu, priez pour nous.

Vierge pleine de bonté et de clémence, priez pour nous.

Vierge toujours fidèle à Dieu, priez pour nous.

Vous, qui êtes un modèle de sainteté, priez pour nous.

Vous, qui avez servi de trône à la Sagesse divine, priez pour nous.

Vous, qui êtes la source de notre joie, priez pour nous.

Vous, qui êtes un vaisseau d'élection orné de toutes les grâces du Saint-Esprit, priez pour nous.

Vous, qui êtes le plus beau de ces vaisseaux de miséricorde que Dieu a préparés pour la gloire, priez pour nous.

Vous, qui êtes un vase précieux où Dieu a versé la plus tendre piété, priez pour nous.

Vous, qui êtes la rose mystérieuse, qui avez rempli le monde de l'odeur de votre sainteté, priez pour nous.

Vous, qui êtes la tour de David, inaccessible à tous les ennemis, priez pour nous.

Vous, qui êtes la tour d'ivoire, dont la pureté est inviolable, priez pour nous.

Vous, qui êtes le temple du vrai Salomon, tout brillant de l'or de la charité, priez pour nous.

Vous, qui êtes l'arche de la nouvelle alliance, priez pour nous.

Vous, qui êtes la porte du ciel, par laquelle le Seigneur est venu à nous, priez pour nous.

Vous, qui êtes l'étoile du matin, qui avez annoncé la venue du soleil de la grâce, priez pour nous.

Vous, qui êtes le soutien des faibles et le salut des malades, priez pour nous.

Doux refuge des pécheurs, et leur avocate auprès de Dieu, priez pour nous.

Vous, qui êtes la consolation des affligés, priez pour nous.

Vous, qui êtes la protection des chrétiens, priez pour nous.

Reine des anges, priez pour nous.

Reine des Patriarches, priez pour nous.

Reine des Prophètes, priez pour nous.

Reine des Apôtres, priez pour nous.

Reine des Martyrs, priez pour nous.

Reine des Confesseurs, priez pour nous.

Reine des Vierges, priez pour nous.

Reine de tous les Saints priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, faites-nous miséricorde, Seigneur.

HYMNE ACATHISTE

Un ange, parmi ceux qui se tiennent devant la Gloire du Seigneur, fut envoyé dire à la Mère de Dieu : " Réjouis-toi ! Il incline les cieux et descend, Celui qui vient demeurer en toi dans toute sa plénitude. Je le vois dans ton sein prendre chair à ma salutation ! " Avec allégresse, l'ange l'acclame :

Réjouis-toi en qui resplendit la joie du Salut

Réjouis-toi en qui s'éteint la sombre malédiction

Réjouis-toi en qui Adam est relevé de sa chute

Réjouis-toi en qui Ève est libérée de ses larmes

Réjouis-toi Montagne dont la hauteur dépasse la pensée des hommes

Réjouis-toi Abîme à la profondeur insondable même aux anges

Réjouis-toi tu deviens le Trône du Roi

Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout

Réjouis-toi Étoile qui annonce le Lever du Soleil

Réjouis-toi tu accueilles en ta chair ton enfant et ton Dieu

Réjouis-toi tu es la première de la Création Nouvelle

Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’univers

Réjouis-toi Épouse inépousée !

La Toute-Sainte répondit à l'ange Gabriel avec confiance : " Voilà une parole inattendue, qui paraît incompréhensible à mon âme, car tu m'annonces que je vais enfanter, moi qui suis vierge. "

Alléluia, alléluia, alléluia !

Pour comprendre ce mystère qui dépasse toute connaissance, la Vierge dit au Serviteur de Dieu : " Comment, dis-moi, me sera-t-il passible de donner naissance à un fils alors que je ne connais pas d'homme ? " Plein de respect, l'ange l'acclame :

Réjouis-toi tu nous ouvres au secret du Dessein de Dieu

Réjouis-toi tu nous mènes à la confiance dans le silence

Réjouis-toi tu es la première des merveilles du Christ Sauveur

Réjouis-toi tu récapitules la richesse de sa Parole

Réjouis-toi Échelle en qui Dieu descend sur la terre

Réjouis-toi Pont qui unit la terre au ciel

Réjouis-toi Merveille inépuisable pour les anges

Réjouis-roi Blessure inguérissable pour l’adversaire

Réjouis-toi ineffable Mère de la Lumière

Réjouis-toi tu as gardé en ton coeur le Mystère

Réjouis-toi en qui est dépassé le savoir des savants

Réjouis-toi en qui est illuminée la foi des croyants

Réjouis-toi Épouse inépousée !

La puissance du Très-Haut reposa sur l'Inépousée et comme un jardin au beau fruit, elle porta le Salut pour tous ceux qui désirent le cueillir.

Alléluia, alléluia, alléluia !

Portant le Seigneur dans son sein, Marie partit en hâte chez Élisabeth. Lorsqu'il reconnut la salutation de Marie, l’enfant se réjouit aussitôt, bondissant d’allégresse comme pour chanter à la Mère de Dieu :

Réjouis-toi Jeune pousse au Bourgeon immortel

Réjouis-toi Jardin au Fruit qui donne Vie

Réjouis-toi en qui a germé le Seigneur notre Ami

Réjouis-toi tu as conçu le Semeur de notre vie

Réjouis-toi Champ où germe la Miséricorde en abondance

Réjouis-toi Table qui offre la Réconciliation en plénitude

Réjouis-toi tu prépares l'Espérance du Peuple en marche

Réjouis-toi tu fais jaillir la Nourriture d'Éternité

Réjouis-roi Parfum d'une offrande qui plaît à Dieu

Réjouis-toi en qui tout l'univers est réconcilié

Réjouis-toi Lieu de la bienveillance de Dieu pour les pécheurs

Réjouis-toi notre assurance auprès de Dieu

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Joseph le Sage se troubla, secoué par une tempête de pensées contradictoires. Il te vit inépousée et te soupçonna d'un amour caché, toi l'Irréprochable. Mais, apprenant que ce qui avait été engendré en toi venait de l'Esprit-Saint, il s'écria :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Quand les bergers entendirent les anges chanter la venue du Christ en notre chair, ils ont couru contempler leur Pasteur reposant sur le sein de Marie en Agneau Immaculé. Ils exultèrent en chantant :

Réjouis-toi Mère de l'Agneau et du Pasteur

Réjouis-toi Maison des brebis rassemblées

Réjouis-toi Protection contre le loup qui disperse

Réjouis-toi en ta chair s’ouvre la Porte qui conduit au Père

Réjouis-toi en qui les cieux se réjouissent avec la terre

Réjouis-toi en qui la terre exulte avec les cieux

Réjouis-toi tu donnes l'assurance à la parole des Apôtres

Réjouis-toi tu donnes la force au témoignage des Martyrs

Réjouis-toi inébranlable soutien de notre foi

Réjouis-toi tu sais la splendeur de la grâce

Réjouis-toi en qui l'Enfer est dépouillé

Réjouis-toi en qui nous sommes revêtus de gloire

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Les Mages ont vu l'astre qui conduit à Dieu. Marchant à sa clarté comme on saisit un flambeau, ils ont trouvé la Lumière véritable. Tout proches de Celui que personne n'a jamais vu, ils acclament sa Mère :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Ceux qui savent lire les signes des astres ont reconnu dans les bras de la Vierge le Créateur des hommes ; dans les traits de Celui qui a pris condition d'esclave ils ont adoré leur Maître. Avec empressement ils l'honorèrent de leurs présents en chantant à la Toute-Bénie :

Réjouis-toi Mère de l'Astre sans déclin

Réjouis-toi Reflet de la clarté de Dieu

Réjouis-toi en qui s’éteint la brûlure du mensonge

Réjouis-toi en qui s'illumine pour nous la Trinité d'Amour

Réjouis-toi en qui l'inhumaine puissance est défaite

Réjouis-toi tu nous montres le Christ Seigneur Ami des hommes

Réjouis-toi en qui les idoles païennes sont renversées

Réjouis-toi tu nous donnes d’être libérés des oeuvres mauvaises

Réjouis-toi en qui s’éteint l'idolâtrie du feu païen

Réjouis-toi en qui nous sommes affranchis du feu des passions

Réjouis-toi tu conduis les croyants vers le Christ Sagesse

Réjouis-toi Allégresse de toutes les générations

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Les Mages s'en retournèrent à Babylone en témoins, porteurs de Dieu. Là ils annoncèrent la Bonne Nouvelle et accomplirent les Écritures en te proclamant devant tous comme Messie. Hérode resta seul, livré à sa sottise, incapable d'entrer dans la louange :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Ô Sauveur, tu as porté en Égypte l'éclat de la vérité et tu en as chassé les ténèbres du mensonge. Les idoles du pays de l'esclavage se sont placées sous ta puissance et ceux que tu as ainsi délivrés du péché se tournent vers la Mère de Dieu pour lui chanter :

Réjouis-toi en qui l'homme est relevé

Réjouis-toi en qui les démons sont défaits

Réjouis-toi tu foules au pied le maître du mensonge

Réjouis-toi tu démasques le piège des idoles

Réjouis-toi Mer où trouve sa perte 1e Pharaon qui se tient dans l'esclavage du péché

Réjouis-toi Rocher d'où jaillit la Source qui abreuve les assoiffés

Réjouis-toi Colonne du Feu qui illumine notre marche dans la nuit

Réjouis-toi Manteau aussi vaste que 1a Nuée pour ceux qui sont sans recours

Réjouis-toi tu portes le vrai Pain du ciel qui remplace la manne

Réjouis-toi Servante du Festin où nous avons part aux réalités du ciel

Réjouis-toi Belle terre de la foi où s'accomplit la Promesse

Réjouis-toi Pays ruisselant de lait et de miel

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Lorsque Siméon fut au seuil de la mort, Seigneur, tu lui fus présenté comme un enfant mais il reconnut en toi la perfection de la Divinité. Plein d'admiration pour ton Être qui n'a pas de fin, il chanta :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Le Créateur a fait une Oeuvre Nouvelle lorsqu'il se rendit visible à nos yeux. Il a pris chair dans le sein d'une vierge en la gardant dans son intégrité, pour qu'à la vue de cette merveille nous chantions :

Réjouis-toi Fleur de l'Être inaltérable de Dieu

Réjouis-toi Couronne de son amour virginal

Réjouis-toi Figure qui resplendit de la Résurrection du Seigneur

Réjouis-toi tu partages avec les anges la clarté du Royaume

Réjouis-toi Arbre dont le Fruit splendide nourrit les croyants

Réjouis-toi Feuillage dont l'ombre procure la fraîcheur aux multitudes

Réjouis-toi tu enfantes la rançon des captifs

Réjouis-toi tu portes dans ta chair le Guide des égarés

Réjouis-toi notre Avocate auprès du Juge juste et bon

Réjouis-roi en qui arrive le pardon pour la multitude

Réjouis-toi Tunique d'espérance pour ceux qui sont nus

Réjouis-toi Amour plus fort que tout désir

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Quand nous contemplons cet enfantement inhabituel nous devenons étrangers à notre monde habituel et notre esprit se tourne vers les réalités d'en haut. Car le Très-Haut s'est révélé aux hommes dans l'abaissement pour élever ceux qui croient en lui.

Alléluia, alléluia, alléluia !

Le Verbe que rien ne contient a pris chair dans notre condition humaine sans cesser d'être Dieu. En venant habiter le monde d'en-bas, il n'a pas quitté pour autant les réalités d'en-haut, mais il est descendu tout entier dans le sein d'une Vierge qu'il a habitée de sa divinité :

Réjouis-toi Temple du Dieu de toute immensité

Réjouis-toi Porche du Mystère enfoui depuis les siècles

Réjouis-toi incroyable nouvelle pour les incroyants

Réjouis-toi Bonne Nouvelle pour les croyants

Réjouis-toi Vaisseau choisi où vient à nous Celui qui surpasse les Chérubins

Réjouis-toi Demeure très sainte de Celui qui siège au-dessus des Séraphins

Réjouis-toi en qui les contraires sont conduits vers l'Unité

Réjouis-toi en qui se joignent la virginité et la maternité

Réjouis-toi en qui la transgression reçoit le pardon

Réjouis-toi en qui le Paradis s'ouvre à nouveau

Réjouis-toi Clef du Royaume du Christ

Réjouis-toi Espérance des biens éternels

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Tous les anges du ciel ont été frappés de stupeur devant la prodigieuse oeuvre de ton Incarnation, Seigneur, car toi le Dieu que nul n'a jamais vu, tu t'es rendu visible à tous et tu as demeuré parmi nous. Tous nous t'acclamons :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Devant toi, ô Mère de Dieu, les orateurs bavards sont muets comme des poissons, incapables de dire comment tu as pu enfanter et demeurer vierge. Remplis d'étonnement, nous contemplons en toi le Mystère de la Foi :

Réjouis-toi Trône de la sagesse éternelle

Réjouis-toi Écrin du dessein bienveillant de Dieu

Réjouis-toi tu conduis les philosophes aux limites de leur sagesse

Réjouis-toi tu mènes les savants aux frontières du raisonnement

Réjouis-toi devant qui les esprits subtils deviennent hésitants

Réjouis-toi devant qui les littérateurs perdent leurs mots

Réjouis-toi devant qui se défont les raisonnements les plus serrés

Réjouis-toi car tu montres Celui dont la Parole agit avec puissance

Réjouis-toi en qui nous sommes tirés de l'abîme de l'ignorance

Réjouis-toi en qui nous accédons à la plénitude du Mystère de Dieu

Réjouis-toi Planche de salut pour ceux qui aspirent à la pleine vie

Réjouis-toi Havre de paix pour ceux qui se débattent dans les remous de leur vie

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Dans sa volonté de sauver toute sa création, le Créateur de l'univers a choisi d'y venir lui-même. Pour refaire en nous son image à sa ressemblance divine, il est devenu l'Agneau, lui notre Dieu et notre Pasteur.

Alléluia, alléluia, alléluia !

En toi Vierge Marie, Mère de Dieu, trouvent refuge ceux qui ont fait choix de virginité et qui se tournent vers toi. Car le Créateur du ciel et de la terre t'a façonnée, ô Immaculée, en venant demeurer dans ton sein. Tous, il nous apprend à t'acclamer :

Réjouis-toi Mémorial de 1a virginité

Réjouis-toi Porte du Salut

Réjouis-toi premier fruit du Royaume Nouveau

Réjouis-toi en qui resplendit la merveille du don gratuit

Réjouis-toi en qui sont régénérés les esprits accablés

Réjouis-toi en qui sont fortifiés ceux que leur passé a blessé

Réjouis-toi car tu enfantes Celui qui nous délivre du Séducteur

Réjouis-toi car tu nous donnes la Source de la chasteté

Réjouis-toi Chambre nuptiale où Dieu épouse notre humanité

Réjouis-toi tu confies au Dieu d'amour ceux qui se donnent à lui

Réjouis-toi Nourriture du Seigneur pour ceux qui ont pris le chemin de virginité

Réjouis-toi tu conduis les croyants à l’intimité avec l'Époux

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Toutes nos hymnes de louange sont impuissantes à chanter, Seigneur, la profusion de ta miséricorde infinie. Seraient-elles aussi nombreuses que le sable de la mer, jamais elles ne parviendraient à égaler la richesse du don que tu nous as fait.

Alléluia, alléluia,, alléluia !

_

Nous contemplons dans la Vierge sainte le flambeau qui a porté la Lumière dans les ténèbres. Embrasée par la flamme du Verbe de Dieu qu'elle accueille dans sa chair, elle conduit tout homme à la connaissance de Dieu, illuminant l'intelligence de sa Splendeur. Joyeusement nous l'acclamons :

Réjouis-toi Aurore du Soleil levant

Réjouis-toi Flambeau qui porte la Lumière véritable

Réjouis-toi Éclat de Celui qui illumine notre coeur

Réjouis-toi devant toi l'Ennemi est frappé de terreur

Réjouis-toi Porte de la Lumière étincelante

Réjouis-toi Source d'une Eau jaillissant en Vie éternelle

Réjouis-toi Image vivante de la piscine du baptême

Réjouis-toi en qui nous sommes lavés de la souillure du péché

Réjouis-toi Bassin où nous est donné un esprit renouvelé

Réjouis-toi Coupe où nous puisons la Joie

Réjouis-toi en qui nous respirons le parfum du Christ

Réjouis-toi Source intarissable d'allégresse

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Il a voulu faire grâce des anciennes dettes à tous les hommes. De lui-même il est venu habiter chez les siens, parmi ceux qui vivaient loin de sa Grâce et déchirant leurs billets de créance, il entendit de toutes les bouches sortir cette acclamation :

Alléluia, alléluia, alléluia !

_

Nos voulons, ô Mère de Dieu, chanter ton enfantement, te louer comme le Temple vivant que le Seigneur a sanctifié et glorifié en demeurant dans ton sein, lui qui tient tout dans sa Main :

Réjouis-toi Tabernacle du Dieu vivant

Réjouis-toi Sanctuaire qui contient le Seul Saint

Réjouis-toi Arche de la Nouvelle Alliance dorée par l'Esprit

Réjouis-toi Trésor inépuisable de la Vie

Réjouis-toi Diadème de grand prix pour les gouvernants

Réjouis-toi Gloire vénérable des prêtres de Dieu

Réjouis-toi Solide Tour qui garde l’Église

Réjouis-toi Rempart inébranlable de la Cité

Réjouis-toi en qui surgit le Trophée de notre victoire

Réjouis-toi en qui sonne la déroute de notre Ennemi

Réjouis-toi Guérison de mon corps

Réjouis-toi Salut de mon âme

Réjouis-toi Épouse inépousée !

Ô Mère bénie entre toutes, toi qui as enfanté le Verbe de Dieu, le Seul Saint, reçois l'offrande de notre prière. Garde-nous de tout malheur et de toute menace, nous qui te chantons d'un même coeur :

Alléluia, alléluia, alléluia !

Traduction du Foyer de Charité d’Ottrott en Alsace (France) : Hymne acathiste à la Mère de Dieu

(Disque compact Jade/BMG, 1994)

Il existe un hymne acathiste simplifié dans la liturgie des fraternités de Jérusalem.

 


[1] « Les fonctions des saints dans le monde occidental (IIIè –XIIIè siècle) » Collection de l’école française de Rome n° 149, Actes du colloque de Rome 27-29 oct. 88.

[2] « Voir le monde dans la lumière de Dieu », même colloque que le précédent article.

[3] Grégoire le Grand, Dialogues, III, 15, 13 (p. 322, 323) : « cui, in quantum est possibile, ipsa puritate ac simplicitate cogitationis quasi ex quadam jam similitudine concordant »

[4]In quadraginta martyres, MIGNE, P.G. 46, col.771

[5] Contra Vigilantium, 5-6, MIGNE, P.L. 23, col. 343 -344

[6] Dialogues, IV,6: « Vita animae post corpus in sanctis pensanda est ex virtute miraculorum »

[7] Catéchèse, XVIII, 16.

[8] Homélie sur saint Babylas, MIGNE, P.G. 50, col 550-551

[9] De sanctis martyribus sermo, 2, ib., col 648

[10] Victricius Rothomagensis, MIGNE, P.L. 20, col. 454

[11] Marc Van Uytfanghe, contribution au colloque de Rome de 1988

[12] Peter Brown, “The Saint as Exemplar in Late Antiquity”, dans Representations I, 1983, (p. 103, 104)

[13]Brigitte Beaujard, Colloque de Chartres de 1994 , « Cités, évêques et martyrs en Gaule », p. 175 sq,

[14]Cf. P. BROWN, Le culte des saints, 1983, p.181

[15] Gérard de Champeaux et Sébastien Sterckx, Le monde des symboles, Zodiaque, 1972, p.206

[16] Gérard de Champeaux et Sébastien Sterckx, Le monde des symboles, Zodiaque, 1972, p.176

[17] Gérard de Champeaux et Sébastien Sterckx, Le monde des symboles, Zodiaque, 1972, p.177

[18] Gérard de Champeaux et Sébastien Sterckx, Le monde des symboles, Zodiaque, 1972, p.178

[19] Après Isaïe 41, 2, que saint Jérôme traduit, en l’appliquant au Messie : « Qui a suscité de l’Orient le Juste ? »

[20] Notre-Dame de Paris. Un manifeste chrétien (1160 -1230) Brepols, Colloque de Déc. 2003 

[21] Marie-Madeleine DAVY, Symbolique romane, p. 28 et 29 

[22] Jérôme BASCHET : L’image et son lieu : quelques remarques générales, in Cécile VOYER, Eric SPARHUBERT : L’image médiévale : fonctions dans l’espace sacré et structuration de l’espace cultuel, Brepols, Turnhout, 2011, p.191

[23]CAILLET, Architecture et décor monumental, 2001, cité par Cécile VOYER (voir ci-dessus), p.192

[24] Mitrale, PL., 213, c.20 : « Longitudo ejus longanimitas est quae patienter adversa tolerat donec ad patriam perveniat. »

[25] GUERREAU, « Le champ sémantique de l’espace dans la Vita de saint Maïeul… », 1997, p.363-419 : les deux termes les plus usités sont iter et via

[26]Cf Jean WIRTH, L’image à l’époque romane, 1999, p.100-103

[27]Cf FAVREAU, « Le thème épigraphique de la porte », 1991, p.269-70

[28] Art roman, histoire et manifestation d’un art sacré – XIe et XIIe siècles, MSM, 2009, p.22

[29] Honorius Augustodunensis, Gemma animae

[30] Marie-Madeleine DAVY, Symbolique romane, p. 28 et 29 

[31]PALAZZO, Iconographie et liturgie, 1998 et Art et liturgie au Moyen Age, 2005, p.199 

[32] Pierres ajourées garnissant des fenêtres à meneaux en leur partie supérieure, ou la partie intérieure d’une rose ou rosace

[33] Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, 1950

[34] Colette Manhes, Corpus Vitrearum, Chartres, p.123 

[35] Idem, p.262 

[36] La vie de saint Nicolas, E. Ronsjö éd., Lund, 1942

[37] ALBRECHT, O. E., Four latin plays of saint Nicholas from XIIth ct. Fleury-Playbook, text and commentary, Philadelphie,1950

YOUNG, K., The Drama in the Mediaeval Church, Oxford, 1933

[38] Janine Bloch-Dermant, Le Verre en France, Ed. de l’Amateur, citée par Jean Marchal, Les vitraux de François Décorchemont, p.11

[39] Jean Marchal, Les vitraux de François Décorchemont, p.36

[40] Jean Marchal, Les vitraux de François Décorchemont, p.35

[41] Jean WIRTH, L’image à l’époque romane, Cerf, Paris, 1999, p. 412-415.

[42] Gérard-Henry BAUDRY, Les symboles du christianisme ancien, Cerf, 2009, p.69

[43]" Peperit filium suum primogenitum, et pannis eum involvit, et reclinavit eum in praesepia » : « Elle donna naissance à son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire » Luc, 2, 7

[44]  « Agnovit bos possessorem suum et asinus praesepe domini sui »

[45] Orat 38, in Theophania, XVII

[46] C’’est ce que rapporte Georges de Pisidie dans son Bellum Avaricum.

[47]De sacro altaris mysterio,PL 217, col.826B-C

[48]Sermones, XXX, 3, PL 54, col.231B

[49] Voir Anne-Orange POILPRE, Maiestas Domini, Une image de l’Eglise en Occident, Ve-IXe siècle, Cerf-histoire, Paris, 2005

[50] BM Clermont ms 63 f°55v

[51] BM Moulins, ms 14 f°33

[52]C. JOLIVET-LEVY, Les églises byzantines de Cappadoce. Le programme iconographique de l’abside et de ses abords, Paris, 1993., principalement p. 335-340.

[53]P. SKUBISZEWSKI, «Maiestas Domini et liturgie», Cinquante années d’histoire médiévale. À la confluence de nos disciplines, éd. Cl. Arrignon,M.-H. Debiès, Cl. Galderisi et É. Palazzo, Turnhout, 2005 (Actes du Colloque organisé à l’occasion du Cinquantenaire du CESCM, 1er-4 septembre 2003), p. 309-408.

[54] Jean WIRTH : L’image médiévale. Naissance et développement, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1989, p.103

[55] http://www.pagesorthodoxes.net/ressources/lexique.htm : Astérisque(n.m.) : Instrument liturgique composé de deux lamelles de métal, recourbées en demi-cercle, croisées l’une sur l’autre, terminées par une croix, à laquelle pend une petite étoile. Elle sert à préserver les parcelles de pain du voile qui doit les couvrir.

[56] Cf. Mysterium fïdei du P. De La Taille, Elucidatio 13, De Christo ut altari aeterno, p. 271-283, en latin. Et Esquisse du Mystère de la foi, suivie de quelques éclaircissements, Paris, Beauchesne, 1924, condensé des idées essentielles du précédent, notamment, p. 79-110, la « Lettre à un théologien sur l’ange du sacrifice et le sacrifice céleste ».

[57] Jean Daniélou, Symboles chrétiens primitifs, Seuil, Points, Sagesse, Paris, 1996

[58] Jungmann, Missarum solemnia, t.II, p.52, et note 26

Le rituel chrétien de la consécration d'une église s'inspire du rituel juif. Primordiale est la consécration du Temple par le roi Salomon (1R 7, 48 - 8, 61) ainsi que la purification et la consécration du Temple par les Maccabées (1 Mac 4, 36 - 61), auxquelles se réfère encore aujourd'hui la fête juive de Chanukka. L'évêque Eusèbe de Césarée (+ 339) fut le premier à décrire la consécration d'une église à Tyr. A Jérusalem, à la fin du IVème siècle, on commémorait chaque année la consécration de la basilique.

[59] Jacques PERRIER, Visiter une église, Centurion, 1993, p. 42 et 43 : Les prières de la dédicace d’une église

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